Le navire marchand El Hiblu I à la Valette. Photo : Reuters
Le navire marchand El Hiblu I à la Valette. Photo : Reuters

Un collectif d'associations a réclamé vendredi que le procès qui vise trois jeunes migrants accusés de terrorisme à Malte soit abandonné. En 2019, ils avaient protesté pour que le navire marchand qui venait de les secourir en mer ne les ramène pas en Libye.

Un an après les faits, le sort des trois jeunes hommes accusés d'avoir détourné vers Malte un bateau qui les ramenait en Libye n'est toujours pas fixé. Originaires de Guinée et de Côte d'Ivoire, ces migrants âgés de 16 ans, 17 ans et 20 ans ont été libérés sous caution en novembre dernier à la Valette après sept mois derrière les barreaux. Soupçonnés de terrorisme et d'actes terroristes, ils sont depuis dans l'attente de leur procès.

"Ils sont très frustrés, ils considèrent qu'ils sont victimes de toute cette situation. Leur vie est en suspens, ils ne peuvent pas avancer", indique à InfoMigrants Jelka Kretzschmar, membre de l'ONG allemande Sea-Watch qui est régulièrement en contact avec eux. Cette dernière précise que, pour l'heure, aucun chef d'accusation officiel n'a été établi à l'encontre des trois hommes. "Mais si les différentes accusations qui les visent deviennent toutes des chefs d'accusation, alors ils encourront des peines de prison à vie", ajoute-t-elle.

Vendredi 27 mars, plusieurs associations et militants des droits de l'Homme, dont la plateforme téléphonique d'urgence Alarm Phone, Sea-Watch et l'ONG Mediterranea ont réclamé que les accusations qui pèsent sur ces jeunes hommes soient abandonnées. "Ils devraient être vus comme des héros, ils ont empêché que 108 survivants ne soient renvoyés vers des conditions inhumaines en Libye", a pour sa part affirmé Maurice Stierl, membre d'Alarm Phone, dans un communiqué.

"Premier acte de piraterie perpétré par des migrants en haute mer"

Le 28 mars 2019, l'équipage du pétrolier-ravitailleur turc El Hiblu 1 avait porté secours à une embarcation en détresse en Méditerranée avec 108 personnes à son bord - dont des enfants et au moins une femme enceinte - parties de Libye. Une fois le sauvetage effectué, le navire avait continué sa route vers Tripoli où il avait reçu l'ordre de ramener les migrants.

Le groupe de rescapés, à la tête duquel se trouvaient notamment les trois jeunes accusés, avait alors protesté pour ne pas retourner dans ce pays où ils assurent avoir été victimes de multiples violences. L'équipage avait finalement changé de cap et débarqué les personnes dans le port de la Valette, à Malte. À leur descente, les trois jeunes avaient immédiatement été arrêtés par les autorités maltaises.

Les faits avaient été qualifiés de "détournement" de navire par les autorités italiennes et maltaises. Matteo Salvini, alors ministre italien de l'Intérieur, avait estimé qu'il s'agissait là du "premier acte de piraterie perpétré par des migrants en haute mer".

Pour le collectif d'ONG qui défendent les migrants, les actions de ces personnes relèvent davantage du désespoir que de la piraterie. "Pendant la protestation [à bord], personne n'a été blessé et rien n'a été endommagé. En public, [ces individus] ont été décrits comme 'des pirates' et 'des terroristes' mais quand les militaires maltais ont pris possession du vaisseau, ils ont simplement vu des êtres humains qui avaient besoin de protection", a affirmé ce collectif d'associations, dans le même communiqué.

"Ils sont innocents, comme chacun d'entre nous"

Désormais à Malte, certains rescapés du El Hiblu 1, qui ont déposé une demande d'asile, affirment devoir leur salut à ce mouvement de protestation sur le bateau. Recueillis par les ONG, leurs témoignages évoquent tous les atrocités subies en Libye.

"Il y avait souvent des coups. La nuit, les arabes (sic) venaient prendre deux ou trois de nos amies et les violaient", raconte une femme.

"Si on était retournés à Tripoli, on aurait été renvoyés en prison et ce qu'ils nous font la-bas, c'est pire que la mort", affirme un autre. "Quand on apprend que nos trois frères sont accusés d'un délit de terrorisme ou bien de prise d'otage je ne sais même pas quoi dire, ça me fait mal au coeur (...) Ils sont innocents, comme chacun d'entre nous."

>> À (re)lire : Près de 600 migrants portés disparus en Libye, alerte l'OIM 

Outre l'annulation du procès, les ONG réclament la fin des renvois en Libye de migrants interceptés en mer Méditerranée.  

Selon un accord entre l'Italie et les garde-côtes libyens, la coordination des sauvetages au large de la Libye est assumée par Tripoli et les migrants secourus dans les eaux internationales doivent par conséquent être ramenés vers la Libye. Selon l'organisation maritime internationale, les bateaux qui recueillent des migrants sont pourtant tenus de débarquer ces derniers en "lieu sûr".

 

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