Des migrants marchent dans la ville de Calais, au mois d'octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil
Des migrants marchent dans la ville de Calais, au mois d'octobre 2019. Crédit : Mehdi Chebil

Une vaste opération de mise à l'abri ''sur la base du volontariat'' devrait débuter mardi dans les campements de Calais, pour lutter contre le coronavirus. Mais, sur place, beaucoup de migrants, qui se trouvent dans la région pour tenter de gagner l'Angleterre, redoutent un enfermement dans des conditions incertaines et un éloignement de la ville.

''Si on nous amène dans ces centres, on ne sait pas ce qu'il nous arrivera. Je m'enfuirai et je continuerai à essayer de grimper dans un camion pour rejoindre le Royaume-Uni''. À l'image de ce Soudanais de 16 ans, interrogé par le journal britannique The Guardian, de nombreux migrants de Calais redoutent une mise à l'abri, décidée par les autorités françaises pour lutter contre la propagation du coronavirus, qu'ils voient comme une ''source de stress''.

Cette opération devrait débuter mardi 31 mars, selon des informations de la préfecture du Pas-de-Calais communiquées aux associations la semaine dernière. Les évacuations des camps de migrants à Calais devraient s'étaler sur plusieurs jours et se faire sur ''la base du volontariat'', a appris InfoMigrants auprès d'associations.

Les migrants volontaires passeront par ''un SAS sanitaire'', dont les associations ne connaissent pas précisément les détails, avant de prendre place à bord de bus très peu remplis, pour pouvoir respecter la distanciation sociale. Ils seront ensuite conduits vers des centres d'hébergement dans le Pas-de-Calais.

Ce dispositif concerne entre 800 et 1 000 migrants à la rue à Calais, dont des centaines de mineurs isolés, selon les chiffres des associations. ''Dans les camps, nous sommes éloignés mais, dans les centres, nous serions plus proches les uns des autres donc plus à risque'', continue le Soudanais, dans les colonnes du Guardian.

Éloignement de Calais

''Certains migrants s'inquiètent. Ils nous questionnent : 'Est-ce qu'on va nous demander nos papiers ?', 'Est-ce qu'il va y avoir des OQTF et des envois en CRA ?''', appuie Antoine Nehr, de l'association Utopia 56. ''Les choses ne sont pas expliquées clairement dans les langues que parlent ces personnes. On leur dit : 'Monte dans un bus, on t'amène dans un centre'. Forcément, beaucoup vont refuser.''

À cela s'ajoute l'angoisse d'un éloignement de Calais, ville dans laquelle sont venus ces migrants dans l'espoir de passer en Angleterre. Les centres vers lesquels ils seront redirigés sont en effet dispersés dans le Pas-de-Calais.

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''Les personnes qui n'ont pas d'autres perspectives de survie accepteront peut-être d'aller dans ces centres'', confie François Guennoc, vice-président de l'association l'Auberge des migrants. Mais, pour la majorité, les zones d'ombre qui entourent cette opération pourraient bien être dissuasives, estime-t-il. ''On ne sait pas s'ils seront enfermés dans ces camps. Les personnes ne savent pas non plus comment ils pourront revenir à Calais, car il y a beaucoup moins de trains qui circulent et une forte présence policière sur les routes.'' 

Les tentatives de traversées se poursuivent 

Revenir à Calais reste pourtant une priorité. Malgré la pandémie, les tentatives de traversées de la Manche se poursuivent à un rythme soutenu. La semaine dernière, en une seule journée, 110 migrants ont été secourus par les autorités française et britannique. ''Je ne suis pas sûr que le virus fasse une différence, les départs (vers l'Angleterre) se font quand même quasiment tous les jours'', commente pour sa part Antoine Nehr.

De fait, pour cette population qui subit depuis plusieurs jours de plein fouet les mesures prises dans le cadre de la crise sanitaire, le coronavirus - qui n'a officiellement contaminé aucun migrant à Calais - semble être une préoccupation de second plan. À l'image du jeune migrant soudanais qui confie penser ''davantage à sa survie'' qu'à la pandémie.

''Ils connaissent le danger de ce virus mais ils ne peuvent pas l'éviter'', ajoute encore Antoine Nehr, en référence aux conditions de vie dans les campements où les personnes doivent se contenter de conditions hygiéniques déplorables, parfois entassées à plusieurs par tente.

Plusieurs associations ont stoppé leurs activités 

''Il y a un vrai travail de pédagogie à faire pour expliquer à tout le monde que ce virus est dangereux et qu'il faudrait qu'ils aillent se mettre à l'abri pendant un temps. Pour l'heure, ils ont beaucoup plus de questions sur le fait que certains services ne leur sont plus accessibles, comme les douches, qui ont été fermées pendant plusieurs jours'', poursuit Antoine Nehr.

Suite aux mesures de confinement, plusieurs associations d'aide aux migrants ont en effet stoppé leurs activités à Calais. Celles qui restent ont dû ''s'adapter'', réduisant drastiquement les services proposés et les effectifs présents sur place.

Près du campement de la rue des Huttes, l'enceinte de l'association La vie active, mandatée par l'Etat, n'est plus alimentée en électricité, pour éviter que les gens ne viennent s'y rassembler, selon l'association Utopia 56. Impossible donc désormais pour les migrants de venir recharger leur portable. Sans téléphone, ils ne peuvent plus se tenir informés de la situation via leurs proches et Internet, ou, pire, appeler le 15 en cas de symptômes graves du Covid-19.

''On a depuis perdu beaucoup de contacts, notamment avec les jeunes mineurs'', déplore Antoine Nehr.

 

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