Un migrant dans l'exploitation de la ferme du Puy Larcy à Croisille-sur-Briance. Credit : Mehdi Chebil
Un migrant dans l'exploitation de la ferme du Puy Larcy à Croisille-sur-Briance. Credit : Mehdi Chebil

Le préfet de Seine-et-Marne a fait appel aux réfugiés statutaires pour soutenir les agriculteurs du département confrontés à l'épidémie de coronavirus, assurant que la démarche reposait sur le volontariat. Elle vise à combler le manque de main d'oeuvre étrangère dans les exploitations.

"Les réfugiés en renfort !'" Dans un communiqué, le préfet de Seine-et-Marne a indiqué, lundi 30 mars, avoir fait appel à des réfugiés pour soutenir les agriculteurs du département confrontés à une pénurie de travailleur en pleine pandémie de coronavirus.

"Certains maraîchers du département ne disposent pas de la main d'oeuvre saisonnière étrangère nécessaire et peinent à recruter alors que se profile dans quelques jours le ramassage des fruits et légumes en terre (notamment des fraises et des asperges) et que les légumes qui sont récoltés en juin doivent être plantés dès maintenant. Des fruits et légumes sont indispensables pour approvisionner les marchés franciliens", est-il écrit dans ce communiqué.

Selon la préfecture, cette initiative repose sur la base du volontariat. Elle vise les réfugiés statutaires, qui bénéficient donc de la protection internationale et d'un titre de séjour en France leur permettant de travailler au même titre que tout autre étranger en situation régulière.

''Depuis une dizaine de jours, 56 réfugiés se sont portés volontaires (sur les quelque 400 personnes contactées)'', précise à InfoMigrants André Pierre-Louis, sous-préfet de Seine-et-Marne en charge de la Ville. ''Il s'agit d'Afghans, de Soudanais, d'Erythréens qui ont dans les 20-26 ans.''

Des CDD payés au smic

Ces candidats sont issus entre autres des cinq centres provisoires d'hébergement (CPH) du département, centres qui ont servi de relais pour cette demande de la préfecture.

''Nous connaissons les difficultés de ces populations à accéder au monde du travail'', poursuit André Pierre-Louis, selon qui un lien a été fait entre, d'une part, les besoins des exploitants agricoles et, d'autre part, ces personnes ''qui ont besoin de travailler, de se vêtir''. ''[Les réfugiés] ont du mal à s'insérer économiquement dans la société. Cet appel peut constituer un premier pas vers une insertion.''

La durée des contrats de travail - des CDD - sont laissées à la discrétion des exploitants. Le salaire, lui, est l'équivalent du smic.

>> À (re)lire : France : une formation en agriculture à destination des réfugiés

Pour se protéger de la propagation du coronavirus, le sous-préfet assure par ailleurs que ''les mesures de distanciation'' ainsi que ''les gestes barrières'' seront appliqués dans le cadre de ces activités ''délaissées par d'autres'', ajoute-t-il.

Manque de main d'oeuvre criant

La semaine dernière, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume avait lancé un appel aux personnes n'ayant plus d'activité compte tenu de l'épidémie à rejoindre "la grande armée de l'agriculture française" alors que la filière agricole hexagonale est en quête de quelque 200 000 travailleurs saisonniers. Jeudi dernier, 40 000 personnes s'étaient portées volontaires, selon les chiffres du gouvernement. En Seine-et-Marne, le nombre de candidats ayant été recrutés via cet appel national reste flou. ''Pôle emploi ne nous a pas communiqué de chiffres'', affirme André Pierre-Louis.

"L'idée est d'inciter les réfugiés statutaires à se porter volontaires. Cela n'a rien de nouveau", précise de son côté Didier Leschi, directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) interrogé par InfoMigrants. "Cela fait par exemple plus d'un an que nous utilisons un dispositif similaire pour les maraîchers."

Le manque de main d'oeuvre criant survient alors les milliers d'étrangers qui viennent chaque année travailler dans les champs français sont désormais dans l'incapacité de voyager en raison du confinement, décidé pour enrayer la propagation du coronavirus qui touche plus de 200 pays dans le monde, et des fermetures de frontières.

"À l'échelle nationale, nous avons d'habitude chaque année quelque 8 000 saisonniers qui viennent du Maroc, 3 000 de Tunisie et quelques centaines de Turquie", explique encore Didier Leschi. Ces salariés saisonniers hors d'Europe sont d'habitude embauchés via des "contrats Ofii".

"Aucun projet d'intégration"

L'annonce, lundi dans la soirée, de "cet encouragement à aller travailler" a en tout cas suscité un début de polémique sur les réseaux sociaux. Certains critiquent une initiative décrétée à la va-vite en temps de crise sanitaire. 

"On dit aux réfugiés de venir quand on a besoin d'eux mais il n'y a aucun projet d'intégration derrière", fustige Pauline Vialaret, présidente de l'association Terre Deux Cultures qui prône l'embauche pérenne de réfugiés voulant travailler dans le monde agricole.

"Par ailleurs, on ne sait pas quelles sont les raisons qui pousseraient ces personnes à accepter : peut-être qu'elles souffrent de stress post-traumatique et ne supportent pas le confinement ? Peut-être qu'elles ne subviennent pas à leurs besoins ?'', poursuit Pauline Vialaret. ''Il faut aussi garder en tête que ces personnes viennent de centres. Si elles attrapent le coronavirus en travaillant, elles peuvent le ramener dans ces établissements."

 

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