Des tentes en février dans le camp de migrants d'Aubervilliers, depuis démantelé. Photo : InfoMigrants
Des tentes en février dans le camp de migrants d'Aubervilliers, depuis démantelé. Photo : InfoMigrants

Plus d'une semaine après une vaste opération de mise à l'abri dans le nord de Paris, des migrants restent toujours à la rue. Une dizaine de personnes sont par ailleurs parties d'elles-mêmes des lieux réquisitionnés par les autorités, selon la préfecture de Seine-Saint-Denis.

Face au coronavirus, des mises à l'abri ont été effectuées en Ile-de-France ces derniers jours. Hommes seuls issus du campement d'Aubervilliers, familles à la rue, population des squats : ils ont pour beaucoup été redirigés vers des hôtels réquisitionnés pour l'occasion et, pour d'autres, envoyés dans des gymnases, faute de mieux pour l'instant. "Ces 15 derniers jours, plus de 1 200 personnes ont été mises à l'abri en Seine-Saint-Denis, dont plus de 1 000 dans des hôtels", a affirmé Anne-Claire Mialot, préfète déléguée pour l'égalité des chances auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis, lors d'une audio-conférence de presse mercredi 1er avril.

Mais des lieux de vie sauvages, tels des bidonvilles et des squats, perdurent toutefois dans le nord de Paris et en banlieue proche. "Quarante-cinq personnes vivant soit dans des campements, soit dans des squats à Montreuil ont été mises à l'abri ces derniers jours", indique Anne-Claire Mialot.

Pour ceux qui restent, un accès à l'eau et une aide alimentaire sont mis en place, assure la préfecture. "L'association Alteralia va faire appel à des foyers de jeunes travailleurs pour qu'ils participent à la distribution de l'aide alimentaire" dans les campements et bidonvilles, poursuit Anne-Claire Mialot, sans préciser le nombre de personnes présentes dans ces lieux.

"Entre 100 et 200 personnes vers Porte d'Aubervilliers"

"Malgré les mises à l'abri, de nombreuses personnes sont encore à la rue", confirme Florent Boyer, membre d'Utopia 56. Entre 100 et 200 "personnes exilées" se trouveraient toujours vers Porte d'Aubervilliers dans le nord de Paris, selon une estimation de cette association, qui a lancé une cagnotte en ligne pour récolter des fonds dans le but de poursuivre les maraudes.

>> À lire : Où trouver des distributions alimentaires à Paris pendant le confinement ? 

"Ces gens sont éparpillés et essaient de se cacher au mieux'" pour se protéger de l'épidémie, commente pour sa part Julie Lavayssiere, coordinatrice de l'association à Paris, expliquant que certains de ces individus sont arrivés trop tard sur la zone du campement d'Aubervilliers le jour de l'évacuation pour être pris en charge.

Des migrants à la rue affirment par ailleurs dormir encore dehors alors même qu'ils faisaient partie du mécanisme de mise à l'abri. Dès le lendemain de l'évacuation du campement d'Aubervilliers, un migrant avait assuré à InfoMigrants avoir été refoulé par le personnel de l'hôtel dans lequel il devait être hébergé, sans en préciser la raison. Cet homme seul originaire de Libye était alors retourné dormir près des rives du canal Saint-Denis, à Aubervilliers.

"Plusieurs personnes nous ont dit avoir été remises à la rue ces derniers jours", abonde pour sa part Julie Lavayssiere.

"Une dizaine de personnes parties d'elles-mêmes"

La préfecture de Seine-Saint-Denis assure quant à elle qu'"une dizaine de personnes sont parties d'elles-mêmes" des lieux réquisitionnés dans le cadre des mises à l'abri. Cette situation concernerait autant les gymnases que les hôtels.

"Il est parfois difficile de faire respecter les règles aux personnes qui sont confinées", indique Anne-Claire Mialot. "Il arrive que certains essaient de rejoindre d'autres personnes" en dépit des mesures de confinement et de distanciation sociale en vigueur.

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Plusieurs migrants contactés par InfoMigrants se plaignent par ailleurs de la promiscuité dans les gymnases, où certains craignent une propagation du virus. "Je ne veux pas retourner à la rue, mais il y a beaucoup de monde ici", dit Bineta Diallo, une Sénégalaise dont la voix se détache au milieu d'un brouhaha et de cris d'enfants. "Si je suis envoyée dans un hôtel ce sera mieux."

 

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