Des migrants sur l’île de Lesbos sur le point de prendre un bateau à destination de la Grèce métropolitaine, 20 mars 2020 | Photo: Reuters/Elias Marcou
Des migrants sur l’île de Lesbos sur le point de prendre un bateau à destination de la Grèce métropolitaine, 20 mars 2020 | Photo: Reuters/Elias Marcou

Nous avons lancé un appel sur Facebook pour recueillir des témoignages de migrants touchés par les mesures de confinement et de restrictions à travers l’Europe. Voici leurs réponses.

Italie

Lucky A. est demandeur d’asile dans la région de Lazio en Italie. Il dit qu’il est "durement affecté" par les confinement obligatoire. La nourriture est sa principale source d’inquiétude. Il vit seul et n’a pas d’argent pour s’acheter à manger. "En ce moment nous ne pouvons par sortir pour faire la manche… à cause des restrictions de mouvement imposées par le gouvernement". Il a l’impression que "plus personne ne s’occupe de nous en ce moment". D’autres migrants en Italie nous ont aussi affirmé que ne pas pouvoir quitter leur logement les privait actuellement de nourriture.

Pas de travail, pas de courses 

Bob K. , migrant à Florence, dit que le confinement commence à représenter une menace existentielle pour lui. "Ma vie est vraiment dure avec la propagation du coronavirus. Avant le confinement je travaillais mais je n’avais pas de contrat. J’étais payé à la semaine", nous a raconté Bob. Mais désormais il explique ne "plus rien avoir pour payer le loyer du mois prochain". Il dit avoir demandé de l’aide à ses voisins mais n’a pas reçu de réponse.

Alieu D. de Gambie a répondu : "Je ne jette la responsabilité sur personne pour cette maladie mais s’ils disent aux gens de rester chez eux, il leur faut prendre en compte les sans-abris et les pauvres."

Personne à qui s’adresser

Ronaldo B. dit que déjà avant la crise du coronavirus, la vie était souvent difficile pour les migrants en Italie, victimes de "discrimination raciale, de marginalisation, de déshumanisation et du traitement sans pitié des autorités", tout comme de "manque d’argent et de nourriture".  Pour lui, les choses ont continué à se détériorer avec la pandémie. "L’aspect le plus malheureux de notre vie ici est que nous n’avons personne à qui adresser nos problèmes et pour être entendus."

Christopher A. de son côté affirme qu’il a "très peur du Covid-19". Il vit à Salerno dans la région de Campanie près de Naples. "Ma demande d’asile a été rejetée pour la deuxième fois en février et maintenant je suis sans domicile. Début mars je me suis rendu à mon centre d’accueil pour m’y réfugier à cause de la propagation du coronavirus et on m’a jeté dehors. Maintenant je dors dans un bâtiment en construction et dois me cacher pour réussir à marcher au moins 15 minutes vers le camp pour manger". Christopher dit "avoir vraiment très peur parce que je ne veux pas attraper le Covid-19."

Grèce

Les camps de réfugiés surpeuplés dans lesquels sont entassés des milliers de migrants sont particulièrement dangereux dans le cas d’une contamination au Covid-19.

Le camp de Moria sur l’île de Lesbos est l’un des principaux lieux de refuge pour les migrants. 

Si le coronavirus arrive ici, tous les 20.000 réfugiés seront contaminés en un jour
_ Mohammad A.

Mohammad A. y  vit et il nous a décrit la situation suivante : "C’est impossible de vivre ici parce que notre environnement est très sale. Il y a des déchets, une mauvaise odeur et nous n’avons pas d’eau, ni d’électricité, ni assez d’espace pour dormir." Il explique qu’il faut se partager une petite tente à cinq personnes. Les femmes enceintes, les enfants et les personnes vulnérables vivent tous ensemble. "Si le coronavirus arrive ici, tous les 20.000 réfugiés seront contaminés en un seul jour parce que nous utilisons les mêmes toilettes, la même douche et faisons la file pour avoir à manger. Le gouvernement grec n’a toujours pas de solution pour cette situation", nous a confié Mohammad.

Abrar H. du Pakistan vit actuellement dans le camp de Corinthe près d’Athènes. Il affirme qu’à cause de la promiscuité personne ne peut respecter les règles de distanciation sociale. "Nous sommes 15 personnes dans une petite chambre. Il y a 40 autres chambres qui abritent la même quantité de personnes sans aucune autorisation." Selon lui les officiels de l’ONU devraient être informés de la dangerosité de la situation. 

Qeys S. de Somalie écrit : "J’ai aussi peur du Covid-19 parce que les équipes médicales grecques ne sont pas aussi fortes qu’en Allemagne, aux Etats-Unis ou même en Italie".


Serbie

Haroon* vient d’Afghanistan et affirme que le problème principal n’est pas le confinement mais le manque de nourriture et d’installations sanitaires dans le centre de transit de Obrenovac où il se trouve actuellement. "Nous étions 500 hommes dans un camp de réfugiés avant mais maintenant nous sommes plus de 2.000 et l’endroit est seulement prévu pour 400 à 500 personnes… Nous avons beaucoup de problèmes ici. Le confinement n’est pas le problème. Je sais que c’est pour notre santé à cause du coronavirus. Mais le problème est la nourriture, les toilettes, les douches, les médecins. Nous avons uniquement quatre toilettes et quatre douches pour les 2.000 hommes."

Allemagne

Atiqullah H.N. affirme que sa mise en quarantaine avec sa famille dans son centre pour demandeurs d’asile est très difficile parce que beaucoup de familles vivent les unes sur les autres. Il demande aux autorités "d’accorder une attention particulièrement aux personnes qui se retrouvent dans des centres d’accueil et d’en s’en occuper". 

Awo, un migrant nigérian, dit être déçu par les autorités. Même pendant la crise du coronavirus et le confinement "ils envoient encore des lettres de rejet de demande d’asile".

Une chance de travailler ?

Avec des frontières fermées en Europe, les déplacements pour les travailleurs saisonniers sont devenus impossibles. En Allemagne, comme dans d’autres pays européens, certains secteurs comme l’agriculture craignent de ne pas avoir assez de main d’ouvre pour les récoltes. Cela pourrait ouvrir la porte à des demandeurs d’asile qui n’ont normalement pas le droit de travailler d’obtenir un emploi.

Cela a déjà été le cas pour Adewale, un demandeur d’asile du Nigéria : "Cela n’a pas été facile pour mois personnellement parce que je n’ai rien fait pendant plusieurs années puisque je n’avais pas le droit de travailler", nous a-t-il confié. Adewale raconte avoir obtenu d’un coup un permis de travail. "Maintenant on nous donne l’opportunité et nous pouvons aussi rendre au pays ce qu’il nous a donné à travers des impôts et contribuer à la communauté. Je prie pour que le monde soit uni pour combattre ce virus!"

France

Un migrant pakistanais vivant à Paris dit être inquiet pour ceux dont le statut légal n’est pas très clair. Il explique que ceux qui n’ont pas le doit de travailler ne peuvent pas gagner d’argent et beaucoup ne perçoivent pas d’aides de l’Etat. 

Ces personnes sont souvent dépendantes des ONG et d’associations d’aide aux migrants mais certaines de ces aides ont est suspendues à cause des mesures de confinement. "Là en ce moment, les conditions de vie sont tellement difficiles — comment font-ils pour survivre sans rien avoir ? Je reçois beaucoup de messages, certains n’ont rien à manger". Il estime qu’il est primordial que les associations et le gouvernement français leur propose de l’aide."

*le nom a été changé

Traduction : Marco Wolter

 

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