L'évacuation du campement de migrants de l'ancienne station-service à Calais, le 28 janvier 2020. Crédit : Human Rights Observers
L'évacuation du campement de migrants de l'ancienne station-service à Calais, le 28 janvier 2020. Crédit : Human Rights Observers

Soixante-dix migrants de Calais ont été mis à l'abri lundi dans des centres d'hébergement du département, afin d'y rester confinés pendant la crise sanitaire. Depuis vendredi, 164 personnes ont été évacuées de ces campements insalubres. À Grande-Synthe, les mises à l'abri ont également débuté ce lundi.

À Calais, 164 migrants vivant dans les campements ont été évacués depuis vendredi, a déclaré la préfecture du Pas-de-Calais lundi 6 avril, trois jours après le début d'une vaste opération de mise à l'abri dans la ville.

Vendredi, une première opération avait concerné 94 personnes. Lundi matin, 70 migrants ont pu être évacués à leur tour, "dans le calme", précise la préfecture. "Ils sont montés dans les bus sans difficultés, après un contrôle sanitaire de premier niveau."

Les migrants ont été emmenés au centre de vacances de Merlimont, au centre d'accueil et d'examen des situations (CAES) de Nédonchel et dans un hôtel situé à Fouquières-les-Béthune, tous situés dans le département du Pas-de-Calais. Trois autres centres d'hébergement situés à Liévin, Croisilles et Saint-Venant ont été réquisitionnés.

"D'autres départs seront organisés cette semaine et dans la semaine suivante", a encore annoncé la préfecture. Les migrants seront hébergés dans ces lieux "pendant la période du confinement", dont les conditions de sortie restent indéterminées.   

Ces évacuations visent à "prendre en charge, pour des raisons humanitaires, une population sans abri", dont la présence sur certains secteurs périphériques de Calais provoque "des problèmes sérieux de salubrité publique" et "des atteintes à la tranquillité publique", avaient auparavant indiqué les services de l'Etat dans un communiqué. Elles ont pour objectif en outre de "répondre à la logique nationale de confinement des personnes" pour lutter contre le coronavirus.

Si ces évacuations se font pour l'heure "sur la base du volontariat", la préfecture a annoncé qu'elle n'excluait pas de mettre en place des "mesures de contrainte", sans pour autant donner plus de détails.

400 places disponibles

Au total, les centres d'hébergement sont équipés de 400 places, un dispositif que la préfecture assure chercher à "compléter". Une "vingtaine de places dites de desserrement pour prendre en charge les personnes migrantes qui seraient infectées [par le coronavirus], en lien étroit avec la Pass (Permanence d'accès aux soins de santé)" ont par ailleurs été réservées par l'Etat.

Alors que deux cas de contamination au Covid-19 ont été détectés parmi la population migrante à Calais, ces mises à l'abri étaient attendues de pied ferme par les associations qui alertent régulièrement sur les conditions de vie déplorables de ces personnes et sur la diminution des aides qui leur sont apportées en raison de la pandémie.

Mais le dispositif est considéré comme insuffisant dans une ville où vivent entre 650, selon la préfecture, et un millier de migrants, selon les associations. "Les autorités ont recours au volontariat parce qu'elles savent qu'elles n'ont pas assez de place pour tout le monde", veut croire François Guennoc, président de l'association l'Auberge des migrants, qui estime à au moins 800 le nombre de migrants à la rue à Calais. "Nous avons peur que des personnes restent derrière."

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Alors que les conditions météorologiques sont de plus en plus favorables, certains pourraient également passer volontairement entre les mailles des mises à l'abri afin de poursuivre leurs tentatives de traversée vers l'Angleterre.

Première évacuation à Grande-Synthe lundi

À Grande-Synthe, où vivent quelque 600 migrants notamment dans des hangars abandonnés, selon les chiffres officiels, une trentaine de migrants ont également été évacués par les services de l’État lundi matin. Il s'agit de la première mise à l'abri effectuée à Grande-Synthe depuis la mise en application des mesures de confinement, selon les associations présentes sur place.

L'opération a eu lieu au campement de la Linière où se trouvent "entre 400 et 500 personnes en majorité de Kurdes irakiens", affirme Akim Toualbia, président de l'association Solidarity Border.

"Les gens concernés ne sont pas préparés et on ne sait pas où ils sont envoyés", réagit-il. "Il y a beaucoup de mineurs isolés ici. Il faut leur donner des informations."

Après l'évacuation de lundi matin, les personnes ont été acheminées vers des centres d’hébergement près de Lille, selon le journal La Voix du Nord qui affirme que la préfecture du Nord fait passer en priorité "des familles et des gens fragiles", là encore sur la base du volontariat. Un migrant atteint du coronavirus a par ailleurs été hospitalisé, toujours selon le journal.

Pour seule communication, la préfecture du Nord avait annoncé la semaine dernière le début de "maraudes organisées quotidiennement pour mettre à l'abri les migrants".

 

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