Des migrants secourus par l'Ocean Viking sont débarqués au port de Tarente, dans le sud de l'Italie, en octobre 2019. Crédit : SOS Méditerranée
Des migrants secourus par l'Ocean Viking sont débarqués au port de Tarente, dans le sud de l'Italie, en octobre 2019. Crédit : SOS Méditerranée

Dans un décret publié mardi soir, l'Italie a annoncé que ses ports ne pouvaient plus être considérés comme sûrs en raison de l'épidémie de coronavirus qui ravage le pays. Les bateaux humanitaires ayant secouru des migrants en mer ne pourront donc plus y accoster.

C'est une première en Italie. Dans un décret publié tard dans la soirée du mardi 7 avril, les autorités ont annoncé que les ports de la péninsule étaient désormais considérés comme non-sûrs en raison du coronavirus.

"Durant toute la durée de l'urgence sanitaire, en raison de l'épidémie de coronavirus, les ports italiens ne peuvent pas remplir les conditions nécessaires afin d'être considérés comme des 'lieux sûrs' pour le débarquement de personnes secourues par des bateaux", est-il stipulé dans ce texte.

En d'autres termes, selon ce décret, les navires humanitaires transportant des migrants ne sont plus autorisés à accoster en Italie, où l'état d'urgence est en vigueur jusqu'au 31 juillet (mais cette échéance pourrait être repoussée). Selon l'Organisation maritime internationale, les bateaux qui recueillent des migrants sont en effet tenus de les débarquer en "lieu sûr". Or l'Italie est le pays qui recense le nombre le plus élevé de décès du coronavirus au monde : à la date du 8 avril, 17 127 personnes y avaient succombé et plus de 135 000 autres avaient été infectées.

En outre, le décret suggère que des cas de Covid-19 pourraient également se trouver parmi les migrants secourus en mer et arrivant sur le territoire.

Avec 150 personnes à bord, le Alan Kurdi se tourne vers l'Allemagne

Cette décision a été validée notamment par la ministre de l'Intérieur Luciana Lamorghes et le ministre de la Santé Roberto Speranza, lequel a toujours soutenu les campagnes de protection des migrants et les actions des ONG en mer.

Elle survient au lendemain d'un sauvetage au large de la Libye - le premier depuis un mois - et alors même que les prédictions de beau temps font craindre une nouvelle recrudescence des tentatives de traversées. Seul navire humanitaire encore présent en mer Méditerranée, le bateau Alan Kurdi est actuellement à la recherche d'un port où débarquer 150 migrants.

Pour l'ONG Sea-Eye, qui affrète le Alan Kurdi, les portes de l'Italie se ferment donc alors que le navire se trouve à proximité de l'île de Lampedusa. "Nous comprenons la position de l'Italie qui réagit à une urgence sanitaire qui touche par ailleurs toute l'Europe", affirme à InfoMigrants Jan Ribbeck, coordinateur chargé de la zone de sauvetage maritime pour l'ONG. "Nous reconnaissons bien sûr le problème actuel mais nous ne voulons pas faire de comparaison : pour nous, une vie en mer vaut autant qu'une vie sur terre."

La semaine dernière, Malte avait déjà réagi au départ en mer du Alan Kurdi en informant le ministre des Affaires étrangères allemand que le pays n'accepterait le débarquement d'aucun migrant sur ses côtes.

"Il y a d'autres pays, assure Jan Ribbeck. L'Allemagne, dont notre navire est originaire, peut et doit nous aider."

L'ONG avait auparavant mis en avant, dans un communiqué, les efforts déployés par Berlin pour rapatrier quelque 200 000 citoyens bloqués à l'étranger en raison du coronavirus. "Il doit être concevable et humainement possible d'envoyer un avion pour 150 personnes qui cherchent une protection", avait avancé Sea-Eye.

L'Italie, "une menace pour la santé des migrants"

La décision italienne n'a par ailleurs pas manqué de provoquer des réactions alors que Rome s'est par le passé illustrée par une politique hostile aux migrants. "En 2018, le ministre de l'Intérieur d'extrême-droite, Matteo Salvini, estimait que les migrants représentaient une menace pour la sécurité nationale. Deux ans plus tard, le gouvernement italien déclare que c'est le pays qui représente une menace pour la santé des migrants", peut-on lire dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian.

"Nous sommes très inquiets par la manière dont les autorités européennes utilisent le Covid-19 pour prendre des mesures restrictives", s'est pour sa part insurgée la plateforme téléphonique d'urgence Alarm Phone, qui évoque "un prétexte". Selon cette organisation, plus de 150 autres migrants sont actuellement en détresse après être partis de Libye dans la nuit de mardi à mercredi. "Ce genre de décision va déboucher sur des morts massives."

 

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