Des garde-côtes libyens en novembre 2019. Crédit : France 24 / InfoMigrants (archives)
Des garde-côtes libyens en novembre 2019. Crédit : France 24 / InfoMigrants (archives)

Selon l’OIM, une embarcation de migrants interceptée en mer par les gardes-côtes libyens n’a pas eu l’autorisation de débarquer les rescapés à Tripoli. Les migrants ont dû passer la nuit en mer. Les autorités de Tripoli ont expliqué leur décision par l’intensité des bombardements qui s’abattaient sur la ville, rendant le port non-sûr.

"La situation est tragique", affirme l’Organisation internationale des migrations (OIM). L’agence onusienne a rapporté jeudi 9 avril qu’une embarcation de migrants interceptée au large de la Libye par des garde-côtes a été empêchée de rejoindre le port de Tripoli. 

Les 280 rescapés "exténués par un voyage de 72 heures, vont devoir passer la nuit à bord d’un navire surchargé et dans des circonstances tendues", a dénoncé dans un communiqué Federico Soda, chef de la mission de l’OIM en Libye.

Selon l'agence onusienne, contactée vendredi matin par InfoMigrants, les migrants - parmi lesquels un grand nombre de femmes et d'enfants - se trouvent toujours à bord du navire des garde-côtes, au point de désembarquement du port de Tripoli. Les autorités libyennes maintiennent qu'ils ne seront pas débarqués à cet endroit, sans donner plus de précision. L’OIM affirme avoir distribué de l’eau et de la nourriture aux migrants.

Bombardements sur Tripoli

Selon l’organisation internationale, les autorités de Tripoli ont interdit au navire des garde-côtes de débarquer les rescapés en raison des bombardements dont la ville était la cible jeudi. Elles ont avancé que cela faisait de la capitale libyenne un port non-sûr.

L’OIM précise que le couvre-feu, actuellement en vigueur à Tripoli pour tenter d’endiguer l’épidémie de coronavirus, complique également les opérations de désembarquement des rescapés. La situation empire pour les migrants en Libye également en raison de la diminution de la moindre présence des navires humanitaires en mer, souligne l'organisation.

>> À lire : Coronavirus en Libye : forte inquiétude concernant les migrants

Le 6 avril, l'Alan Kurdi - alors seul navire humanitaire présent en Méditerranée - a porté secours à 150 personnes au cours de deux opérations de sauvetage. Il fait depuis route vers les côtes européennes pour débarquer les rescapés dans un port sûr. Mais après l'Italie, Malte a annoncé jeudi la fermeture de ses ports aux navires humanitaires en raison de la crise sanitaire liée à l'épidémie de coronavirus.

Tripoli, port non-sûr

Le port de la capitale libyenne est depuis toujours considéré comme non-sûr par les ONG et les associations d’aide aux migrants. Une fois interceptés en mer, les migrants sont envoyés dans des centres de détention sordides où ils sont régulièrement victimes de mauvais traitements et soumis à des travaux forcés.

Des milliers de migrants se trouvent dans ces centres, espérant pouvoir un jour traverser la Méditerranée et rejoindre l’Europe. Ils sont par ailleurs les victimes collatérales des affrontements qui opposent le gouvernement de Tripoli, reconnu par la communauté internationale, aux forces du maréchal Khalifa Haftar qui règne sur l’est du pays et veut reprendre Tripoli.

Les combats ont récemment redoublé d'intensité, touchant plusieurs quartiers résidentiels de la capitale. Depuis le début de l'année, les violences ont déplacé 200 000 personnes, la grande majorité dans la capitale, selon l’OIM.

 

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