Un bébé de deux mois dans un des logements du Home Project à Athènes. Crédit : DW/F.Campana
Un bébé de deux mois dans un des logements du Home Project à Athènes. Crédit : DW/F.Campana

Dans les camps de migrants en Grèce, les femmes enceintes craignent d’être contaminées par le coronavirus si elles accouchent à l’hôpital public.

Le 29 mars dernier, une femme  a été testée positive au Covid-19 dans le camp de réfugiés de Ritsona, situé à près de 70 kilomètres au nord d’Athènes. Elle venait d’accoucher quelques jours auparavant dans un hôpital public de la ville. C’est là qu’elle aurait été contaminée au coronavirus, avant d’être obligée de retourner au camp immédiatement après la naissance.

Cinq jours plus tard, au moins 23 résidents de ce camp, qui accueille environ 2 300 personnes, sont testés positifs à leur tour au Covid-19. Le site est aussitôt fermé et mis en quarantaine pour deux semaines. Enfin, dimanche dernier, les autorités grecques annoncent la mise en quarantaine d’un autre camp en périphérie d’Athènes après un nouveau cas de coronavirus.

La Grèce a été l’un des premiers pays européens à mettre en place le confinement général de sa population malgré un faible nombre de cas confirmés. Actuellement, le pays fait état officiellement de 1.755 cas positifs au Covid-19 et de 79 décès liés au virus.


J’avais 16 ans et personne de ma famille n’était là. Les médecins ne me disaient rien
_ Aliya, migrante afghane

Mais bien avant la menace du Covid-19, être enceinte en tant que réfugiée en Grèce représentait un danger, notamment à cause des conditions de vie déplorables dans les camps, de la barrière de la langue et plus récemment, à cause d’un accès limité au système de santé public pour les demandeurs d’asile arrivés après juillet 2019.

Enceinte et seule

La douleur et la solitude sont les seules choses dont Aliya Taraneh se souvient lorsqu’elle repense à la naissance de son premier enfant, un garçon. "Je pleurais et ne savais rien sur l'accouchement. J’avais 16 ans et personne de ma famille n’était là. Le médecins ne me disaient rien", raconte la jeune réfugiée afghane, qui a fui l’Iran pour rejoindre la Grèce en 2016 suite à plusieurs années de problèmes familiaux. 

Aliya - qui est mineure et dont le prénom a été changé pour protéger son identité - se faisait peu de soucis au début de sa grossesse. Elle pensait que son mari serait à ses côtés et elle avait vu des films dans lesquels des femmes donnaient naissance en Europe. Mais lorsque l’accouchement a commencé, elle a été surprise de voir que ces normes étaient différentes en Grèce. 

"J’ai dit aux médecins : ’S’il vous plaît, laissez mon mari venir. Je veux être avec lui. Je veux qu’il m’aide’", se souvient Aliya. Mais dans les hôpitaux publics, comme celui dans lequel elle a été, les conjoints ne sont généralement pas présents dans la salle d’accouchement. "J’avais peur et j’ai cru que j'allais mourir", dit-elle.

Le camp de Ritsona a été mis en quarantaine fin mars | Photo: DW/F.CampanaMalgré cet accouchement traumatisant, Aliya, qui a aujourd’hui 17 ans, considère qu’elle a eu de la chance. Elle vit actuellement dans le centre d’Athènes avec son bébé et son mari. Ils sont logés dans une résidence gérée par le Home Project, une ONG qui aide les mineurs arrivés non accompagnés en Grèce.

L’un des aspects les plus difficiles de la grossesse et de l’accouchement pour les réfugiées et migrantes en Grèce est l’incertitude. Cela n’a pas empêché le gouvernement grec de mettre en place de nouvelles lois en matière de droit d’asile qui rend cette situation encore plus compliquée. 

"D’une part, les femmes en période postnatale ne sont plus considérées comme 'vulnérables', alors que c’était le cas auparavant", affirme  Boris Cheshirkov, porte-parole du HCR à Athènes, l’agence des Nations unies pour les réfugiés. "Ensuite, il y a le fait que même une femme enceinte, pendant sa grossesse et dans les dernières étapes de sa grossesse, n’a qu’un accès limité aux services de santé."

Cette situation est la conséquence des décisions prises par le gouvernement conservateur arrivé au pouvoir l’année dernière. En juillet 2019, les autorités ont ainsi arrêté de d’attribuer des numéros de sécurité sociale (AMKA) et supprimé l’accès au système de santé public pour les nouveaux arrivants. 

Protger les migrants du coronavirus est trs compliqu alors que la Grce tait dj avant cette crise dpasse par larrive des demandeurs dasile  Photo DWFCampanaCe n’est que le 1er avril, invoquant la peur du coronavirus, que le gouvernement grec a décidé d’autoriser à nouveau les demandeurs d’asile à accéder au système de santé public, en délivrant des numéros de sécurité sociale provisoires, appelés PAAPYA. Mais les démarches à effectuer pour l’obtenir sont encore peu claires.

Pendant ce temps, des organisations comme Amurtel Grèce, une ONG internationale qui aide les migrantes et réfugiées enceintes ainsi que les jeunes mamans, investissent toutes leurs ressources pour remplir le vide, en assurant des examens médicaux avant et après la naissance, en préparant à l’accouchement et en aidant les femmes à nourrir leur bébé.

"La période de la grossesse et les 18 ou 24 mois après la naissance font partie des périodes les plus vulnérables dans la vie", assure Didi Lee, directrice et co-fondatrice d’Amurtel. "Nous assurons un éventail de programmes  aussi large que nous le pouvons pour le soutien des femmes pendant la grossesse et jusqu’à deux ans après la naissance".

Pas d’AMKA, pas de congé parental

Tout comme Aliya Taraneh d’Afghanistan, la Camerounaise Chloe Oumadou était enceinte lorsqu’elle est arrivée dans la résidence du Home Project. Mais contrairement à Aliya, Chloe - dont le prénom a également été modifié - n’avait pas de numéro de sécurité sociale AMKA. La Camerounaise a en effet rejoint la Grèce en octobre 2019, soit après la décision du gouvernement de ne plus délivrer ces numéros aux nouveaux arrivants.

Conséquence : pendant sa grossesse, les examens médicaux et les contrôles de routine ne pouvaient pas être prodigués gratuitement. "Ils disaient que je devais obtenir l’AMKA ou bien payer tous les frais médicaux", raconte Chloe, qui s’est rendue dans plusieurs hôpitaux depuis qu’elle est à Athènes. Elle explique qu’elle est tombée enceinte après avoir été violée et qu’elle a connu des complications pendant sa grossesse à cause d’un précédent avortement mal pratiqué.


"Je ne suis pas prête"
_ Chloe, migrante camerounaise

Et voilà que désormais, Chloe se retrouve exposée à un nouveau risque : celui d’être infectée par le Covid-19 pendant l’accouchement dans un hôpital public et de rapporter ensuite le virus dans sa résidence mise en quarantaine depuis des semaines pour protéger les enfants qui y vivent. "J’essaie de me préparer pour ce qui peut arriver, mais honnêtement, je ne suis pas prête", constate-t-elle.

"Nous sommes très inquiets parce que nous avons beaucoup de personnes vulnérables", affirme Sofia Kouvelaki, directrice du Home Project. "Et bien que nous savons que le virus n’est pas aussi dangereux pour les enfants, pour ces enfants-là, il pourrait être très dangereux."

Si l’un des enfants est infecté, cela pourrait être dévastateur. "Nous n’avons pas la possibilité de les isoler, alors ils portent des masques et des gants, tout comme l’ensemble du personnel, et c’est tout ce que nous avons pour faire face au problème." 

Auteur : Fahrinisa Campana / Traduction et adaptation : Marco Wolter

Source: dw.com

 

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