Des retenus dans le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en région parisienne,  en avril 2019. Crédit : Maëva Poulet
Des retenus dans le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en région parisienne, en avril 2019. Crédit : Maëva Poulet

Une cinquantaine de détenus du centre de rétention du Mesnil-Amelot se sont révoltés contre les "mauvaises conditions sanitaires". Ils ont passé la nuit de samedi à dimanche dans la cour du bâtiment pour réclamer leur libération en raison du danger de contamination au coronavirus.

Près d'une cinquantaine d'hommes enfermés dans le centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, en région parisienne, ont passé la nuit de samedi à dimanche 12 avril dans la cour du bâtiment. Par cette action, ces retenus, enfermés depuis le début du confinement, ont voulu dénoncer "des mauvaises conditions sanitaires" dans ces lieux que les associations jugent inadaptés aux mesures de protection contre le coronavirus.

"Pourquoi ils nous gardent alors qu’il y a pas de vol [d'avions pouvant les expulser vers leur pays d'origine, NDLR] et que le Corona est dans le centre?", a interrogé l'un des retenus de ce CRA, le plus grand de France, situé à proximité de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle.

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"Ils ne peuvent pas nous renvoyer car il n'y a pas d'avions alors ils doivent nous libérer. On ne veut pas attraper le coronavirus enfermé", a pour sa part déclaré Yousri à l'AFP, assurant avoir "entamé une grève de la faim samedi". Ce jeune homme de nationalité tunisienne est sorti de la prison de Fresnes, dans le Val-de-Marne, le 7 mars et s'est vu notifier une obligation de quitter le territoire français.

Intervention de la police

Selon ces occupants en attente de leur expulsion qui se disent "en panique" et réclament leur libération, une personne a été libérée ces derniers jours à la suite d'une suspicion de Covid-19. La préfecture de Seine-et-Marne a pour sa part précisé qu'"aucun cas de Covid-19" n'avait été détecté au Mesnil-Amelot où "il y a 47 hommes retenus qui sortent de prison" et sont "en situation irrégulière".

La préfecture a par ailleurs affirmé que les protestataires avaient regagné leur bâtiment après l'intervention de la police dimanche en début d'après-midi.

Dans un communiqué commun, des sans-papiers ont eux qualifié cette intervention de musclée, affirmant avoir subi des "coups de matraque et des gaz lacrymogènes", ce que la préfecture conteste.

"Ni masques, ni gel"

Ces dernières semaines, la poursuite de l'activité des CRA a fait l'objet d'un bras de fer entre le gouvernement et les défenseurs des migrants. Ces derniers réclament la libération immédiate des personnes retenues dans ces lieux où les mesures de distanciation sociale sont difficiles à mettre en place, parlant d'"une exigence absolue, tant juridique que sanitaire".

Au Mesnil-Amelot, les retenus indiquent par ailleurs n'avoir "ni masques, ni gel hydroalcoolique" pour se protéger du virus.

Depuis un mois, les CRA se sont progressivement vidés, sous l'impulsion de décisions de remises en liberté par des juges. Mais fin mars le Conseil d'État a décidé que ces établissements pouvaient rester ouverts, jugeant que le maintien en rétention n'était pas un "facteur d'évolution de l'épidémie".

Dans le CRA de Paris-Vincennes, où 54 personnes sont toujours enfermées, un premier cas de Covid-19 a été détecté jeudi 9 avril.

 

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