Le 01 42 50 09 00 est le numéro de la plateforme téléphonique de l'Ofii à composer obligatoirement pour les futurs demandeurs d'asile à Paris et dans sa région. Crédit : InfoMigrants
Le 01 42 50 09 00 est le numéro de la plateforme téléphonique de l'Ofii à composer obligatoirement pour les futurs demandeurs d'asile à Paris et dans sa région. Crédit : InfoMigrants

Depuis plusieurs jours, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fermé temporairement sa plateforme téléphonique qui délivre les rendez-vous pour déposer une demande d'asile en Île-de-France. Sept associations ont saisi la justice, mercredi, dénonçant une atteinte "grave et illégale" au droit d'asile.

L'impact de la pandémie de coronavirus continue de se faire sentir sur la population de demandeurs d'asile et de migrants en France. Il n'est actuellement plus possible de déposer une demande d'asile en région parisienne : l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) a fermé la plateforme téléphonique permettant d'obtenir le rendez-vous obligatoire pour déposer son dossier. Aux guichets des préfectures, on trouve également portes closes.

"En fermant l’accès à la demande d’asile, le gouvernement abolit de fait le droit d’asile pourtant consacré par les textes internationaux et la Constitution française", dénoncent sept associations, dont la Ligue des droits de l'Homme, le Gisti et Utopia 56, dans un communiqué diffusé mercredi 15 avril. Elles estiment que la "fermeture de l’accès à la procédure d’asile constitue une atteinte grave et manifestement illégale au droit d’asile."

Sur le terrain, cette situation se traduit par une plus grande précarité des candidats à l'asile ainsi que des personnes en situation irrégulière, selon ces mêmes associations. "Nous avons rencontré ces derniers jours des personnes arrivées récemment sur le territoire français et qui, sans accès à la demande d’asile, sont contraintes de vivre dans la rue, privées des conditions matérielles d’accueil (CMA) attachées théoriquement au statut de demandeur d’asile : hébergement, accès aux soins, allocation, etc.", rapportent-elles dans le communiqué.

"Un problème théorique avec peu d'incidence pratique", dit l'Ofii

Conscient du problème, Didier Leschi, le directeur de l'Ofii joint par InfoMigrants, rétorque qu'il ne s'agit que de "quelques personnes dont la situation est réglée au cas par cas". "C'est un problème théorique avec peu d'incidence pratique", assure-t-il encore, expliquant que les trois principaux flux de demandeurs d'asile en France s'étaient naturellement taris au fur et à mesure que les mesures de confinement ont été mises en place pour lutter contre le coronavirus.

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"Le premier flux de demandeurs d'asile en France est celui des Afghans. Il s'agit principalement de personnes déboutées par d'autres pays européens. Les frontières étant fermées à cause de la pandémie, plus grand monde ne passe", précise Didier Leschi. Et de poursuivre : "le second gros flux est celui des Albanais et des Géorgiens qui ont comme porte d'accès principale l'aéroport de Beauvais. Celui-ci a été l'un des premiers à fermer car il s'agissait de l'un des premiers clusters de l'épidémie".

Enfin le troisième flux, celui des Maghrébins et des Africains subsahariens, a également, selon le directeur de l'Ofii, vu ses principales voies d'accès se fermer. "Pour ceux qui passent par l'Italie, le Nord du pays est totalement fermé, il n'y a plus de passages à la frontière. Il reste quelques débarquements en Sicile, mais les migrants n'arrivent pas jusqu'au continent", affirme Didier Leschi. Il fait le même constat pour ceux passant par le Maroc : "Les pays maghrébins ont même été les premiers à fermer leurs frontières pour empêcher les déplacements depuis et vers l'Europe mais aussi depuis et vers le reste du continent africain".

Malgré cette forte baisse des flux migratoires, Didier Leschi rappelle que l'Ofii reste ouvert à travers ses directions territoriales dans toute la France. "On continue de recevoir chaque jour un petit nombre de personnes par exemple pour régler des problèmes de carte ADA", souligne-t-il. Les personnes qui se trouvent en situation irrégulière en région parisienne car elles n'avaient pas encore réussi à joindre la plateforme téléphonique pour pouvoir déposer leur demande d'asile sont invitées à se signaler auprès des directions territoriales de l'Ofii ou bien directement auprès des associations d'aide aux migrants. Ces dernières se chargent ensuite de remonter les dossiers pour être traités au cas par cas par l'Ofii, indique le directeur.

Les associations ont saisi la justice en urgence

Des dispositions jugées insuffisantes par les associations qui estiment que "malgré un contexte d’urgence sanitaire, aucune mesure visant à garantir de manière effective le droit d’asile en Île-de-France n’a été mise en place alors même qu’au début du confinement, le gouvernement affirmait que le droit d’asile devait être préservé au titre des services publics indispensables". Pour cette raison, les associations ont saisi en urgence le tribunal administratif de Paris exigeant que toutes les demandes d'asile puissent être enregistrées, mais aussi que l’Ofii rouvre immédiatement les droits aux CMA et que toutes les personnes en attente de protection puissent être hébergées de manière individuelle.

Sur ce dernier point, l'Ofii argue que 6 000 places d'hébergement ont été créées et de nombreux bons alimentaires distribués. "Nous avons fait un travail d'orientation pour les demandeurs que nous avons repérés dans la rue. Ainsi entre le 16 mars et le 9 avril, près de 2 200 personnes ont été mises à l'abri", affirme Didier Leschi qui note, non sans ironie, que les associations qui exigent aujourd'hui la réouverture de la plateforme téléphonique de rendez-vous pour demander l'asile sont les mêmes qui ces derniers mois ont intenté des recours pour la faire fermer. Un groupe de migrants soutenu par une douzaine d’associations avaient ainsi dénoncé “les défaillances” de cette plateforme téléphonique presque constamment injoignable. Chaque mois, des milliers d’appels n’aboutissaient jamais et les migrants risquaient ainsi de se retrouver, malgré eux, dans l’irrégularité, ne pouvant pas obtenir de rendez-vous pour déposer l'asile. Le tribunal administratif de Paris leur a donné raison fin novembre.

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Le directeur de l'Ofii affirme ne pas avoir de visibilité quant au rétablissement de la plateforme téléphonique mais assure être en lien étroit avec le ministère de l'Intérieur, avec comme objectif le 11 mai, date présumée du début du déconfinement en France.

 

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