Image d'archives de migrants en mer Méditerranée. Crédit : Reuters
Image d'archives de migrants en mer Méditerranée. Crédit : Reuters

Le Premier ministre maltais a déclaré vendredi être visé par une enquête après la mort de plusieurs migrants au large de Malte la semaine dernière, faute d'opération de sauvetage. Robert Abela, serein, dit avoir "la conscience tranquille".

Après plusieurs jours d'accusations publiques, le Premier ministre maltais Robert Abela a annoncé vendredi 17 avril être visé par une enquête sur la mort de migrants en mer.

Des ONG accusent en effet les autorités maltaises de ne pas avoir secouru des migrants à la dérive, y compris dans leurs eaux territoriales, ce que dément La Valette, qui a fermé ses ports aux migrants à cause de la pandémie de coronavirus.

N'étant pas parvenu à atteindre les côtes européennes, une embarcation de migrants a été récupérée en mer par les garde-côtes libyens mercredi 15 avril et renvoyée à Tripoli, alors même que ce canot était au large de Malte. Selon des ONG qui imputent la responsabilité aux autorités maltaises, cinq passagers sont morts et sept autres sont portés disparus.

Le Premier ministre a "la conscience tranquille"

Lors d'une allocution vendredi soir, Robert Abela a expliqué qu'un député de l'opposition et l'ONG Repubblika avaient porté plainte "contre tout l'équipage d'un bateau de la marine" maltaise, un officier supérieur et lui-même.

Les plaignants "affirment que l'armée de notre pays a commis en mer un homicide (...) de plusieurs migrants irréguliers en ne les secourant pas", a déclaré le Premier ministre.

Outre les militaires, les plaignants ont demandé à la police "d'enquêter sur une autre personne". "Cette autre personne, c'est moi", a encore précisé le chef du gouvernement.

"J'ai été informé qu'en raison de la nature des accusations, la police a demandé à un juge d'instruction de lancer une enquête sur les responsables militaires et moi-même", a-t-il ajouté, affirmant avoir "la conscience tranquille".

Un procès ne se tiendra que si ce magistrat recueille des éléments de preuve suffisants, selon une source judiciaire.

Malte a "du sang sur les mains"

Robert Abela a également défendu la décision de son gouvernement de fermer ses ports aux navires de sauvetage pendant la pandémie de coronavirus, comme l'a aussi fait l'Italie.

Pendant cette crise, "nous ne pouvons pas garantir le sauvetage en mer des immigrants irréguliers, parce que nos moyens sont concentrés" sur la lutte contre la pandémie, a-t-il insisté.

"Des zones grises demeurent sur ce qui s'est passé exactement, mais à coup sûr des vies auraient pu être sauvées. Le sauvetage n'aurait pas dû être retardé, ceux qui ont été secourus n'auraient pas dû être renvoyés en Libye et ils doivent désormais être protégés de risques graves pour leur vie", a tweeté vendredi le représentant du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Vincent Cochetel.

Dans un éditorial, le quotidien national Times of Malta est allé encore plus loin, estimant que Malte "a du sang sur les mains". "Les autorités maltaises se sont volontairement retenues de déployer un bateau de patrouille malgré le fait que des cadavres étaient à bord et que les migrants atteignaient" les côtes maltaises, estime le journal.

 

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