À Moria, les migrants s'inquiètent de la pandémie de coronavirus. Crédit : Getty
À Moria, les migrants s'inquiètent de la pandémie de coronavirus. Crédit : Getty

Les milliers de migrants du camp de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, s'inquiètent de la propagation du coronavirus alors que les gestes barrières ne peuvent être assurés. Une source de stress supplémentaire pour ces migrants dont le quotidien était déjà précaire. "Si le virus arrive ici, il y aura beaucoup de morts", estime un Congolais joint par InfoMigrants.

La colère gronde dans le camp de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, où s'entassent quelque 19 000 personnes, pour une capacité de près de 3 000 places. "La tension a toujours été importante dans le camp mais elle est en ce moment à son comble", signale à InfoMigrants Anna Pantelia, de Médecins sans frontières (MSF) à Lesbos.

Le confinement imposé par le gouvernement pour lutter contre l'épidémie de coronavirus complique encore plus le quotidien déjà précaire des migrants de Moria. "C'est une source de stress supplémentaire", assure encore Anna Pantelia.

Preuve d'une aggravation de la situation : dans la soirée du mercredi 22 avril, deux demandeurs d'asile ont été blessés par balle à Moria après avoir apparemment violé les règles de confinement. Les deux hommes, un Iranien et un Afghan, ont été amenés à l'hôpital local et leur état n'est pas considéré comme grave. L'origine des tirs n'a pas été précisée.

Un peu plus tôt dans la journée, plusieurs dizaines de demandeurs d'asile originaires d'Afrique ont manifesté pour réclamer de meilleures conditions de vie et leur évacuation vers le continent. "Nous sommes exposés au coronavirus", "Justice pour tout le monde", pouvait-on lire sur les banderoles.

"Les mesures barrières sont impossibles à respecter"

"On a peur du coronavirus car on sait que s'il arrive ici, il y aura beaucoup de morts", pense Daniel, un Congolais vivant à Moria depuis quatre mois, joint par InfoMigrants. "Les mesures barrières sont impossibles à respecter dans le camp", continue le jeune migrant de 22 ans.

En effet, les images des files d'attente pour accéder à de la nourriture, de l'eau, des toilettes ou des douches font craindre le pire.

"On doit parfois attendre des heures pour avoir un peu de nourriture, on est collés les uns aux autres mais nous n'avons pas le choix", raconte Daniel. "C'est la même chose pour les toilettes, les douches, le bureau pour remplir les attestations de sortie, etc."

Entre respecter la distanciation sociale et se nourrir, le choix est cornélien. "Ils sont angoissés à l'idée de tomber malades. Les migrants se sentent encore plus vulnérables que d'habitude car ils savent qu'ils n'ont aucun moyen de se protéger du coronavirus même si leur principale préoccupation reste l'accès à la nourriture", estime pour sa part Anna Pantelia.

Problèmes d'accès à l'eau

Des ONG ont bien distribué des masques mais pas suffisamment pour tout le monde et de toute façon, le manque d'hygiène dans le camp rend son utilisation inutile.

Dans certains endroits de Moria, on ne compte qu'un sanitaire pour 200 personnes; dans d'autres une douche pour 600 personnes, observe MSF. Parfois, des coupures d'eau ont lieu pendant plusieurs heures.

"On ne peut pas se laver les mains régulièrement, il y a trop de monde et parfois il n'y a pas d'eau. De plus, nous n'avons même pas de savon. Quand on peut, on se lave simplement les mains à l'eau froide mais on sait bien que ce n'est pas suffisant", souffle Daniel qui vit avec 18 autres personnes dans un conteneur.

"Crise de santé publique"

Dans un communiqué publié mercredi 22 mars, l'ONG Human Rights Watch (HRW) dit craindre "une crise de santé publique" dans les camps des îles grecques. "Alors que le gouvernement grec oeuvre pour arrêter la propagation du virus, les images des conditions sordides dans les camps d'accueil et d'enregistrement à Lesbos, Chios, Samos, Kos et Leros montrent que les critères minimum de protection contre le Covid-19 ne sont pas respectés", a déploré Belkis Wille, chercheuse sur les crises et conflits à HRW.

L'ONG internationale, tout comme MSF, demande au gouvernement grec d'identifier "rapidement" les personnes vulnérables dans les camps et de "prendre des mesures pour les protéger du Covid-19". Les deux ONG réclament également l'accélération des transferts de migrants des îles vers le continent.

"Les seules mesures prises par les autorités pour protéger les migrants du coronavirus sont de restreindre encore un peu plus leurs mouvements, constate Anna Pantelia. Si le virus se propage à Moria, on ne pourra pas y faire face et le gouvernement ne semble pas en mesure de gérer une telle situation."

 

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