La distanciation sociale, une mission quasi impossible dans les centres d'accueil pour réfugiés / Photo: Picture-alliance/dpa/I.Fassbender
La distanciation sociale, une mission quasi impossible dans les centres d'accueil pour réfugiés / Photo: Picture-alliance/dpa/I.Fassbender

La directrice du centre d’accueil pour réfugiés Katie Griggs fait partie de celles et ceux dont le travail a été lourdement impacté par la pandémie. Elle nous raconte comment elle tente de protéger ses résidents.

Comment respecter la distanciation sociale lorsque vous vivez avec 200 personnes et devez partager une salle de bain et une cuisine commune ? Cette question hante les nuits de Katie Griggs, la directrice d’un centre d’accueil pour réfugiés à Berlin, depuis des semaines.

"C’est vraiment dur", dit-elle. "Ils ne peuvent pas s’isoler parce qu’ils se brossent les dents à coté de quelqu’un d’autre tous les matins, ils font la cuisine et mangent les uns avec les autres."

Mes rsidents me manquent Katie Griggs devant le centre daccueil quelle dirige dans le quartier de Neuklln Berlin  Photo  Bianca ReuperCertaines familles disposent de leur propre petit appartement, avec une salle bain individuelle et une cuisine. Mais au premier étage, jusqu'à 16 personnes doivent se partager les mêmes équipements et installations sanitaires. Pour le moment, la seule solution a été de minimiser les risques en distribuant des masques aux résidents et de mettre en place une rotation avec des horaires pour les cuisines et salles de bains.

"La cohabitation pouvait déjà être une source de stress au quotidien, mais désormais vous dépendez du niveau de vigilance de votre voisin", confie Katie Griggs. "Certaines personnes partagent des chambres avec des personnes qu’elles ne connaissent pas, donc même si vous restez assis dans votre chambre toute la journée, vous vous retrouvez tout ce même avec quelqu’un en face de vous qui pourrait ne pas prendre autant de précautions que vous."

Une communauté vulnérable

Alors que beaucoup de résidents sont plutôt indépendants et payent leur propre loyer, d’autres sont "schutzbedürftig" - c’est à dire qu’ils sont particulièrement vulnérables. Certaines personnes présentent des maladies ou des handicaps physiques ou mentaux, d’autres souffrent de stress post-traumatique causé par les expériences douloureuses vécues avant d’arriver en Allemagne.

"Je sens un énorme responsabilité de devoir protéger ces personnes vulnérables", affirme Katie Griggs. "On passe notre temps à essayer de trouver des idées pour réduire les risques. Chaque semaine je me dis : 'Voilà ce que j’ai préparé, nous avons identifié les personnes à risque, nous avons tenté de les reloger dans un endroit plus sûr. Ensuite nous avons débarrassé la pièce de jeux des enfants que, de toute façon, nous ne pouvons pas utiliser actuellement, ce qui nous permet d’y loger une famille avec une femme enceinte.'"

Le cauchemar serait évidemment de constater un cas positif de Covid-19 dans le centre. Katie Griggs s’est préparée à cette situation en ayant fait rénover des chambres vides et en mettant en place un espace de quarantaine dans lequel une partie serait destinée aux cas suspects, l’autre aux cas confirmés.

Dans le cas d’une contamination, elle espère pouvoir convaincre les autorités de ne pas mettre tout le bâtiment sous quarantaine. Cela signifierait aussi qu’elle est son équipe de travailleurs sociaux, qui opèrent dans le bâtiment, seraient renvoyés chez eux et qu’une nouvelle équipe prendrait le relais. Jusqu'à présent, la résidence n’a connu qu’un seul cas suspect. "Le test est revenu négatif", se souvient-elle. "Alors nous avons tous explosé de joie."

Se préparer

Dans le même temps, Katie Griggs relève ce défi en étant elle-même dans une situation particulière. Son propre état de santé fait d’elle une personne à risque. Mais comme son travail est considéré comme essentiel, elle gère son équipe en télétravail depuis la maison.

Le hashtag "Ne laissons personne sur le bord de la route" a fait le tour des réseaux sociaux en Allemagne pour appeler à l’évacuation des camps de migrants surpeuplés en Grèce | Photo: Picture-alliance/ZUMAPRESS/S.BabbarL’une des clés a été de tenir tous les résidents informés des mesures mises en place et des décisions prises par la ville de Berlin en matière de confinement. Une mission d’autant plus complexe que les personnes vivant dans le centre parlent différentes langues et sont originaires de 25 pays différents du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Europe de l’Est.

Au-delà de l’affichage général des informations, Katia Griggs a écrit une lettre à chaque résident pour leur conseiller de prendre des précautions dans le cas d’une mise sous quarantaine complète du site, comme d’acheter des provisions, des médicaments et des produits d’hygiène.

"J’ai même dit aux fumeurs de penser à acheter d’avantage de cigarettes, parce que je ne veux pas avoir 50 jeunes hommes bloqués à l’intérieur obligés d’arrêter de fumer parce qu’ils ne peuvent pas aller faire les courses", explique-t-elle.

En attendant, une partie des résidents doit gérer le manque d’activité. Ceux qui ont trouvé un emploi peuvent encore travailler si l’entreprise est toujours active, mais les cours d’allemand, auxquels beaucoup assistaient, ont par exemple été suspendus.

Alors chacun essaie de se trouver de nouvelles occupations : l’un des résidents a commencé à confectionner des masques de protection, un autre a lancé une opération de nettoyage de la cour extérieure, un autre encore a décidé de repeindre et décorer les murs.

"Heureusement, mes résidents sont tous adorables, ils me manquent beaucoup", conclut Katie Griggs. "La plupart ont traversé des situations horribles, des guerres, des traversées de la mer. Ce sont des personnes très fortes."

Auteur : Ben Knight

Source: dw.com

Traduction : Marco Wolter

 

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