Mayaz veut devenir fleuriste et a une proposition d'apprentissage en Allemagne | Photo : privée avec l’aimable autorisation de la Blumenbinderei, Furth
Mayaz veut devenir fleuriste et a une proposition d'apprentissage en Allemagne | Photo : privée avec l’aimable autorisation de la Blumenbinderei, Furth

En Bavière, une fleuriste se bat pour pouvoir offrir un apprentissage à une adolescente syrienne de 16 ans, qui doit être renvoyée avec sa famille en Espagne.

"Vous êtes nombreux à connaître notre stagiaire syrienne Mayaz" : c’est ainsi que débute la publication sur Facebook de Manuela Grüßie, propriétaire de la Blumenbinderei, un petit magasin de fleurs dans le village de Furth, en Bavière.

Pendant le week-end de Pâques, Manuela a appris que les autorités avaient forcé la famille de Mayaz, une Syrienne de 16 ans, à changer de logement et de déménager à une trentaine de kilomètres de Furth.

"C’est horrible… et tout cela est très étrange", explique Manuela à InfoMigrants, joint par téléphone. "Quand ils ont perdu leur logement, j’ai décidé de lancer une pétition. Ces deux agents de police sont arrivés chez eux à la maison, quasiment comme la Gestapo. Ils n’ont rien expliqué, […] ils n’avaient aucun document écrit, […] la famille ne savait rien, […] c’est juste inimaginable que quelqu’un puisse agir ainsi. Et personnellement je ne pouvais rien faire non plus puisque cela s’est passé pendant les congés de Pâques et que tout était fermé."

a fleuriste Manuela Grie se bat pour que Mayaz et sa famille puissent rester en Allemagne  Photo  prive avec laimable autorisation de la Blumenbinderei FurthQuand Manuela rencontre Mayaz pour la première fois l’été dernier, la connexion est immédiate. "Pour devenir fleuriste, soit vous l’avez en vous ou vous ne l’avez pas", explique Manuela. Pour elle, Mayaz a ce talent et "fait déjà partie des meubles ici". Après un premier stage, la jeune Syrienne était revenue au magasin pour proposer ses services. "On se parle et j’apprends tellement de choses", nous confie Mayaz au téléphone, dans un mélange d’allemand et d’arabe.

Mayaz quitte la Syrie avec sa famille en 2011 pour fuir l’oppression du régime. Leur mère aurait été kidnappée pour intimider la famille, qui va d’abord passer quatre ans au Liban, avant d’intégrer un programme des Nations unies qui va les emmener en Espagne. Ne connaissant personne dans le pays et ne parlant pas un mot d’espagnol, la famille poursuit alors sa route vers l’Allemagne où elle a des contacts. Ils atterrissent dans la ville de Karlsruhe, au sud-ouest du pays. Après plusieurs transferts d’un centre pour réfugiés vers un autre, Mayaz, ses parents, son frère et ses soeurs finissent par se retrouver en Bavière.

À Furth, la vie a repris son cours

Les choses commencé alors par s’améliorer dans le petit village de Furth, près de Nuremberg. Mayaz intègre une école et toque à la porte du magasin de fleurs l’été dernier pour y effectuer un stage de découverte professionnelle.

"C’était la première fois que je rencontrais directement un réfugié", constate Manuela, qui rappelle qu’elle a toujours été en faveur de l’accueil de migrants. "Je viens d’une famille avec une forte tradition d’opposition contre tout ce qui s’apparente au nazisme", dit-elle fièrement. 

Les talents de fleuriste de Mayaz impressionnent Manuela. Elle lui propose un apprentissage, d’autant qu’il "est difficile de nos jours de trouver des apprentis. Les gens ne s’intéressent plus au métier de fleuriste." 

Jai immdiatement vu son talent affirme Manuela  Photo  prive avec laimable autorisation de la Blumenbinderei Furth

L’apprentissage est refusé

C’est en réalisant les démarches administratives pour engager Mayaz comme apprentie, que Manuela apprend que l’adolescente n’y a pas accès en Allemagne, puisqu’au nom du règlement de Dublin, sa famille est censée être renvoyée en Espagne où elle bénéficie déjà d'une protection. 

"Quand j’ai reçu cette réponse, j’ai commencé à tout lire sur le sujet", raconte Manuela. "Je ne comprends pas qu’on ne laisse pas une chance à cette famille, ils ont la possibilité de construire une nouvelle vie ici. Pourquoi renvoyer une famille qui a les moyens de subvenir à ses besoins, à qui on propose des emplois et un apprentissage, dans un pays où elle n'était pas heureuse et où elle doit tout reprendre à zéro ? Alors qu’ici ils ont un futur." Manuela a également trouvé un travail pour le père mais là aussi, le permis de travail lui a été refusé.

"Quelque chose doit changer"

"Quelque chose doit changer urgemment", lance Manuela. "Ils ne pouvaient même pas prendre des cours de langue, tout cela à cause du règlement de Dublin". La fleuriste a ainsi engagé un avocat, qu’elle paye de sa poche. Actuellement une nièce de Mayaz a une scoliose lombaire et a besoin d’être opérée. Manuela a même trouvé un médecin prêt à mener cette intervention chirurgicale en Allemagne, ce qui donnerait une raison supplémentaire à la famille de rester.

Toute lquipe de la Blumenbinderei soutient Mayaz  Photo  Photo  prive avec laimable autorisation de la Blumenbinderei FurthLes parents de Mayaz ne parlent toujours pas l’allemand, regrette Manuela, qui pointe le refus des autorités de leur donner accès à des cours de langue. La mère était couturière en Syrie, le père menuisier.  

"Mon seul espoir est qu’en rendant ces choses publiques les autorités changeront d’avis", espère Manuela, qui dit avoir été surprise par le nombre de retours négatifs qu’elle a reçu de la part d’officiels allemands jusqu’à présent.

La majorité du village soutient cependant son initiative. Manuela a été submergée de dons, de cadeaux pour les enfants, de vêtements, de nourriture. "Les gens continuent à me demander ce dont la famille aurait besoin. Nous avons une seule famille syrienne dans le village. Je ne comprends pas comment un pays riche comme l’Allemagne ne peut pas leur donner une chance quand ils sont soutenus ici."

La pétition de Manuela a rassemblé les 50 000 signatures nécessaires pour obliger les autorités à examiner les cas de Mayaz. Elle veut continuer à "mettre la pression" en mobilisant les médias.

En attendant, Mayaz et les siens ont été relogés à une trentaine de kilomètres de Furth. Mayaz n’a plus les moyens de se rendre quotidiennement au magasin de fleurs. Sa fleur préférée, dit-elle, est définitivement le jasmin. "Parce que cela me rappelle de bons souvenir et des jours heureux en Syrie avec ma grand-mère".

Traduction et adaptation : Marco Wolter

 

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