Un travailleur agricole africain, devant son abri, à Nijar, dans le sud de l'Espagne, le 29 avril 2020. Crédit : REUTERS/Juan Medina
Un travailleur agricole africain, devant son abri, à Nijar, dans le sud de l'Espagne, le 29 avril 2020. Crédit : REUTERS/Juan Medina

Dans le sud de l’Espagne, le confinement est un drame pour les travailleurs migrants employés dans l'agriculture. Vivant dans des abris sans eau courante, ni électricité, ils manquent aujourd'hui d'eau et de nourriture et n’ont aucune protection face au Covid-19.

Ils nourrissent l’Europe entière et sont à la base d’un système commercial qui génère des centaines de millions d’euros. Mais, en cette période de confinement, les travailleurs migrants employés dans les champs du sud de l’Espagne vivent dans des conditions dramatiques.

Isolés des villes, ils n’ont pas accès à l’eau courante, ni à l’électricité et manquent de nourriture et de produits d’hygiène. La plupart de ces travailleurs, originaires du Maroc ou d’Afrique subsaharienne, ne gagnent qu’une trentaine d’euros par mois. Pas assez pour louer un logement décent. Ils vivent alors dans des abris de fortune faits de panneaux de bois et recouverts de bâches plastiques.

Le 7 février dernier, Philip Alston, le rapporteur des Nations unies chargé de l’extrême pauvreté et des droits de l’Homme, a rendu un rapport après une visite de deux semaines en Espagne.

Manque d'eau et de nourriture

"J'ai visité des régions que de nombreux Espagnols ne reconnaîtraient pas comme faisant partie de leur pays. Un bidonville où les conditions de vie sont bien pires que celles d’un camp de réfugiés, sans eau courante, sans électricité, ni sanitaires, où les travailleurs migrants vivent depuis des années sans aucune amélioration de leur situation", a-t-il dénoncé.

Les conditions de vie de ces travailleurs se sont aggravées depuis l’instauration du confinement en Espagne. Ils manquent aujourd’hui d’eau et de nourriture.

Selon une membre de l’association britannique Ethical Consumer qui soutient les travailleurs étrangers, citée par le Guardian, les migrants "ont reçu la visite de l'armée espagnole le 18 mars et on leur a dit de ne pas bouger, même si dans certains endroits l'eau courante est à plusieurs kilomètres". "Maintenant, avec les craintes liées au Covid, un camion d'eau vient deux fois par semaine. Si vous êtes au travail et que vous le manquez, vous devez marcher plusieurs kilomètres pour trouver de l'eau après une dure journée", détaille la militante.

Effets dévastateurs de l'épidémie

L’épidémie de coronavirus met encore plus en danger ces migrants, dépourvus de toute protection.

Le 16 avril dernier, 27 ONG de défense des migrants avaient lancé un appel à la régularisation des travailleurs sans-papiers employés dans l'agriculture. "Des milliers de travailleurs agricoles migrants - ressortissants de l'UE ou non - vivent dans des cabanes et des campements insalubres, où il est impossible d'observer une distance physique et où la pandémie pourrait avoir des effets dévastateurs. Dans les champs et dans de nombreuses usines de transformation des aliments, les ouvriers travaillent à proximité les uns des autres sans aucun équipement de protection", a dénoncé Caritas, l’une des ONG signataires.

Le 7 avril, le gouvernement espagnol a autorisé le recrutement temporaire de dizaines de milliers de migrants et de chômeurs pour faire face à la pénurie d’ouvriers agricoles saisonniers provoquée par le coronavirus. Mais aucune annonce n’a été faite sur les mesures prises pour protéger ces travailleurs précaires.

 

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