Le camp de Malakasa a été mis en quarantaine début avril après un cas postitif au Covid-19 | Photo: picture-alliance/Ayhan Mehmet/AA
Le camp de Malakasa a été mis en quarantaine début avril après un cas postitif au Covid-19 | Photo: picture-alliance/Ayhan Mehmet/AA

Plusieurs centaines de personnes récemment entrées en Grèce sont bloquées sans même pouvoir demander l'asile. Les autorités assurent vouloir les renvoyer vers la Turquie dès qu'elles le pourront.

En mars dernier, la Grèce passait un décret d’urgence pour empêcher les nouveaux arrivants de déposer une demande d’asile dans le pays. Ce dispositif temporaire était alors vu comme une réponse à l’annonce de la Turquie d’"ouvrir" les portes et ses frontières vers l’Europe. Cet épisode va conduire près de 3 000 personnes à passer les frontières terrestres et maritimes pour rejoindre la Grèce en l'espace d'un mois. Ces migrants avaient automatiquement été transférés vers deux camps installés à Serres, près de la frontière avec la Turquie, et à Malakasa, au nord d’Athènes. 

Depuis, et à cause du décret controversé, ces personnes se retrouvent bloquées en Grèce sans avoir accès à la procédure d’asile. 

Les autorités prévoyaient de les expulser vers leur pays d’origine ou de les renvoyer en Turquie. Sauf que, pour le moment, aucune expulsion n'a été réalisée et les migrants — dont des femmes enceintes, des enfants en bas âge et des mineurs non accompagnés — sont toujours retenus dans  ces camps.

Des conditions précaires

Des enfants attendent dans un bus qui doit le conduire vers un nouveau centre pour migrants  Serres  Photo picture-alliance

Dans les deux camps créés à Serres et à Malakasa, des ONG et des syndicats de police représentant le personnel de sécurité pointent du doigt des condition de vie déplorables. "Nous avons des informations (de Malakasa) selon lesquelles jusqu’à 10 personnes se partagent une tente, dorment par terre, sur des matelas de gymnastique ou des sacs de couchage", a expliqué à InfoMigrants Minos Mouzourakis, qui appartient à l’organisation Refugee Support Aegean (RSA) à InfoMigrants.

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En mars et en avril, les inquiétudes ont également concerné l’approvisionnement en eau en et électricité à Malakasa, tout comme un manque d’accès aux soins de santé. "Vu les considérations sanitaires qui devraient prévaloir pour prévenir la propagation du Covid-19, il est clair que ces endroits ne sont pas du tout adaptés", constate Minos Mouzourakis.

Des camps fermés

L'organisation RSA a suivi plusieurs migrants transférés dans le camp de Malakasa. Minos Mouzourakis explique que les autorités ont émis des directives confuses et parfois contradictoires. Initialement, aucun des migrants n’avait le droit de déposer une demande d’asile. Puis, lorsque le décret d’urgence est arrivé à expiration à la fin du mois de mars, les autorités ont assuré que les personnes retenues à Serres et Malakasa seraient finalement autorisées à accéder à la procédure d’asile. Une situation d'autant plus difficile que les services d’immigration en charge des demandes d’asile n’ouvriront pas avec le 15 mai à cause de la pandémie de coronavirus.

Les résidents de ces camps ont aussi eu la garantie d'être libres de leurs mouvements, alors que le gouvernement a affirmé qu’il prévoyait de faire fonctionner les deux camps comme des lieux fermés. Jusqu’à la semaine dernière, "personne n’avait le droit d’entrer ou de sortir", explique Minos Mouzourakis. Depuis, les résidents peuvent faire des allées et venues pendant certaines périodes de la journée.

Un enfant photographi dans le camp de Seres  Photo picture-alliance

Deux mineurs non accompagnés de Syrie vivent dans le camp de Malakasa. Avec des centaines d’autres migrants, ils s’étaient d’abord retrouvés détenus dans un espace grillagé dans le port de Mytilène sur l’île de Lesbos avant d’être retenus sur un navire militaire grec.

La légalité des détentions

RSA a tenté de remettre en question la légalité de ces détentions, mais selon l’avis d’un tribunal grec, les conditions sont adaptées, même pour les deux femmes enceintes. Minos Mouzourakis explique que la cour ne s’est pas prononcée sur la justification de ces détentions. "De notre point de vue, il n’y avait vraiment aucune raison de détenir ces personnes juste parce qu’elles ont exprimé leur intention de déposer une demande d’asile. Dans le même temps, il n’y avait de toute façon aucun plan pour les renvoyer vers la Turquie."

Des migrants arrivant  Lesbos ont t dtenus sur un navire militaire grec mars 2020  Photo picture-allianceabacaD Antoine

Un futur incertain

Depuis mars, aucun renvoi vers la Turquie n’a eu lieu. Les procédures de réadmission ont été suspendues "indéfiniment" par les autorités turques, arguant qu’il s’agit d’une décision destinée à faire face au Covid-19.

Les autorités grecques affirment qu’elles vont tenter de reprendre les renvois vers la Turquie "dès que possible". Pourtant, puisque les migrants des camps de Serres et Malakasa vont pouvoir déposer une demande d'asile très prochainement, les autorités devront attendre la fin des procédures avant de pouvoir envisager des expulsions.

En attendant l’issue de ce casse-tête, les migrants retenus à Serres et Malakasa doivent être relogés dans des hébergements alternatifs. Sur ce point, le ministère grec de la Migration n’a pas répondu aux demandes d’informations d’InfoMigrants.

Tradcution : Marco Wolter


 

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