Des membres de l'équipe et des artistes de l'Atelier dans leurs nouveaux locaux, rue d'Aboukir dans le 2e arrondissement de Paris (photo prise avant le confinement décrété en France). Crédit : Sara Farid
Des membres de l'équipe et des artistes de l'Atelier dans leurs nouveaux locaux, rue d'Aboukir dans le 2e arrondissement de Paris (photo prise avant le confinement décrété en France). Crédit : Sara Farid

Un confinement ultra-créatif suivi d'un déconfinement "enthousiaste et joyeux" : l'Atelier des artistes en exil occupe depuis le 11 mai de nouveaux locaux en plein coeur de Paris et compte bien "se réinventer" à l'ère post-Covid. La directrice de l'association s'est entretenue avec InfoMigrants.

InfoMigrants : Avez-vous amorcé un déconfinement ? Comment abordez-vous les prochaines semaines ?

Judith Depaule : La situation est très particulière pour nous. Juste avant l'entrée en confinement, nous avons obtenu un nouveau lieu, situé 6 rue d'Aboukir tout près de la place des Victoires, mis à disposition par la Ville de Paris. Auparavant nous étions dans des locaux trop exigus pour que les artistes puissent y travailler. Le déconfinement coïncide donc avec notre installation, c'est un nouveau départ qui tombe à point nommé car nous existons depuis trois ans. C'est la fin d'un cycle et un bon moment pour faire un premier bilan. Nous sommes assez enthousiastes et joyeux malgré le contexte sanitaire qui met un sacré coup au monde de la culture.

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Judith Depaule et Ariel Cypel fondateurs de lAtelier des Artistes en Exil Crdit  Christophe MaoutQuelques artistes sont venus nous aider pour finir les travaux cette semaine, mais nous allons rouvrir progressivement à partir de lundi prochain (le 18 mai). On a tout prévu, les gens ne se marcheront pas dessus, on a 1 000 mètres carrés de bureaux dont un énorme hall d'accueil avec un accès direct aux toilettes pour se laver les mains. Une artiste a déjà confectionné une centaine de masques et on a aussi placé du gel hydroalcoolique.

Cela dit, on ne s'attend pas à une foule dès lundi, d'autant plus que tous nos prochains événements où étaient programmés nos artistes sont annulés. Comme tous les acteurs de la culture et des arts, nous sommes soumis au même calendrier et on attend les directives pour savoir quand les événements en présence du public pourront reprendre.

IM : Quand envisagez-vous un retour à la normale ?

J.D. : Comme pour les autres acteurs du secteur de la culture, le retour à la normale ne se fera pas avant plusieurs mois. En attendant, c'est l'occasion pour nous de se réinventer. Notre grande inauguration attendra ! Pour le moment on réfléchit à faire venir les gens en petits groupes pour assister à une petite représentation ou à des rencontres avec des artistes par exemple. Nous avons également une grande cour en extérieur, on peut inventer d'autres formes, imaginer des spectacles ou des expositions aux fenêtres. Les spectateurs pourraient y assister depuis la cour extérieure en maintenant les règles de distanciation. Nos artistes fourmillent d'idées, je suis confiante.

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IM : Votre festival annuel "Visions d'exil" est-il menacé ?

J.D. : La quatrième édition est prévue pour le mois de novembre. Pour l'instant, on fait comme si ça allait se passer. On sait d'ores et déjà que ça ne sera pas dans les conditions habituelles mais on va affûter au fur et à mesure que les consignes se clarifient. Et on reportera si besoin. Nous avons déjà pas mal d'événements auxquels nos artistes participent début 2021. Au final, on se dit que 2020 risque d'être une année blanche dans la rencontre avec le public, mais pas dans la production ni la création.

IM : Comment vos artistes ont-ils vécu le confinement ?

J.D. : Il y a eu des personnes assez angoissées car le confinement remue beaucoup de choses et il les renvoyait à des situations désagréables déjà vécues comme un état de siège par exemple ou l'enfermement. Beaucoup aussi se sont retrouvés en dehors du dispositif d'aide, ce qui a renforcé la précarité. Pour d'autres encore, il a fallu un temps d'adaptation, c'est encore le cas en ce moment, pour comprendre les mesures en vigueur comme le port du masque obligatoire dans les transports. De notre côté on a essayé d'envoyer des emails d'information sur ces sujets.

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Du point de vue purement artistique, il faut souligner que l'exil en lui-même a poussé nos artistes à changer de pratique, ils sont déjà passés par là, ils ont en quelque sorte une longueur d'avance. Par exemple, quelqu'un qui avait une grosse carrière dans son pays d'origine avec un atelier ou des assistants a déjà mis tout cela derrière lui en repartant de zéro en France. Plutôt que d'essayer de reconstruire à l'identique ce qu'ils avaient perdu, ils se réinventent, se tournent parfois vers tout autre chose. Et c'est ce que l'on a vu durant ce confinement avec par exemple un artiste céramiste qui n'avait plus de matériel pour travailler et plus la possibilité d'en acheter, les magasins étant fermés. Il s'est alors tourné vers la photographie. Certains ont redoublé de créativité pour continuer de produire en s'adaptant au matériel et aux outils qu'ils avaient sous la main.

Dans l'ensemble, je dirais qu'après avoir d'abord observé une forme de sidération, les artistes exilés se sont mis à exprimer une super créativité, cela a fait mûrir des idées pour beaucoup. D'ailleurs, on a lancé une série sur les réseaux sociaux appelée "D'un confinement à l'autre" où nos artistes proposent de partager leur ressenti sur cette crise sanitaire et le confinement.

 

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