Ce migrant bloqué en Bosnie affirme avoir été marqué à l'aide d'une bombe de peinture par les forces de l'ordre croates. Crédit : DR
Ce migrant bloqué en Bosnie affirme avoir été marqué à l'aide d'une bombe de peinture par les forces de l'ordre croates. Crédit : DR

Selon plusieurs sources, des migrants ont été marqués à l'aide de bombes de peinture par les forces de l'ordre croates, entre le 6 et le 8 mai, alors qu'ils tentaient de pénétrer illégalement dans le pays, avant d'être refoulés en Bosnie. Ce geste est perçu par les migrants comme une humiliation. Pour Zagreb, ces accusations sont "complètement absurdes".

À la frontière entre la Bosnie et la Croatie, ces dernières semaines, des migrants ayant tenté la traversée vers la Croatie ont été contraints de revenir sur leurs pas, le crâne peint d'une croix orange. Ces marques ont, selon eux, été tracées à l'aide de bombes de peinture par les forces de l'ordre croates, dans ce qu'ils estiment être une tactique d'humiliation et une manière d'empêcher leur entrée illégale dans le pays.

Des photos obtenues par InfoMigrants et par le journal britannique The Guardian montrent ainsi les chevelures de migrants barrées de plusieurs traits de peinture épais. "On a été confrontés à trois groupes de migrants qui présentaient des croix peintes sur le crâne et des blessures", explique à InfoMigrants Peter Van Der Auweraert, responsable de l’Organisation internationale des migrations (OIM) en Bosnie. Au total, 18 hommes seuls se sont présentés dans différents centres pour migrants affublés de ces marques de peinture après avoir tenté, en vain, de pénétrer en Croatie, selon le représentant de cette organisation.

Selon les migrants, ces croix sont une tactique d'humiliation de la part des forces de l'ordre croates. Crédit : DR"Il y a d'abord eu un groupe de neuf personnes, la tête peinte, qui sont venues au camp de Miral, dans la ville de Vledika Kladusa (nord de la Bosnie, NDLR) le 7 mai. Un second groupe de sept personnes présentant des caractéristiques similaires est ensuite arrivé le même jour au camp Lipa à Bihac (nord-ouest de la Bosnie, NDLR). Puis, le 8 mai, deux personnes supplémentaires sont également arrivées dans le même état à Bihac", poursuit Peter Van Der Auweraert, qui précise que les personnes blessées ont depuis été soignées. 

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Selon des sources citées par le journal The Guardian, un autre groupe de migrants - avec lequel était en contact l'ONG No Name Kitchen, active en Bosnie - avait déjà été repéré le 6 mai après avoir été refoulé à la frontière, dépouillé de leur téléphone ainsi que de leur argent, et aspergé de peinture orange.

"Les migrants pensent qu'il s'agit de croix chrétiennes"

La signification probable de ces actes apparaît sujette à interprétation. "Les migrants à qui cela est arrivé et que nous avons rencontrés pensent qu'il s'agit de croix chrétiennes. Ces migrants sont majoritairement musulmans et, selon eux, ces croix ont été peintes sur leur crâne pour les humilier", explique Peter Van Der Auweraert, en ajoutant qu'il incombe désormais aux autorités croates de "mener des investigations pour vérifier ces allégations et saisir la justice si besoin".

Jack Sapoch, membre de l'ONG No Name Kitchen, cité dans les colonnes du Guardian, évoque quant à lui la possibilité que ces marquages servent à "repérer ceux qui ont tenté de traverser la frontière". Une manière discutable, donc, de gérer le flux de personnes alors qu'environ 6 000 migrants sont actuellement bloqués en Bosnie dans l'espoir de réussir à passer en Croatie, et ainsi dans l’Union européenne.

Le ministère croate de l'Intérieur a répondu mercredi dans un communiqué à l'article du Guardian en jugeant qu'il relaie des accusations "complètement absurdes, voire dangereuses s'il on prend en compte le fait qu'elles sont portées pendant l'époque du ramadan". Il assure que ''la police croate n'a mené aucune action contre des migrants près de la frontière avec la Bosnie-Herzégovine" aux dates indiquées par les témoins. 

Longue série d'accusations contre la police croate

Ces nouvelles allégations s'ajoutent en tout cas à une longue série d'accusations pesant déjà contre les forces de l'ordre croates alors que les migrants dénoncent régulièrement des violences systématiques à leur encontre. Depuis 2016, plusieurs ONG alertent sur des cas d'abus de la part des policiers, certains ayant engendré des fractures, aux frontières de la Croatie. La police croate renvoie par ailleurs ces candidats à l’exil sans même leur permettre de demander l’asile en Europe. 

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"Nous recevons depuis assez longtemps des informations concernant des renvois illégaux, des problèmes de prises en compte de demandes d'asile, une utilisation excessive de la force, etc (...) nous sommes très inquiets", affirme pour sa part Zoran Stevanovic, représentant du Haut-commissariat pour les réfugiés (HCR) pour l'Europe centrale. Il ajoute avoir eu vent de ces cas de migrants marqués à la bombe de peinture. "Une gestion effective des frontières n'est pas incompatible avec le respect des droits des demandeurs d'asile. Nous avons demandé au gouvernement croate d'enquêter sur toutes ces accusations de violences et d'abus."

 

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