Des drapeaux européens devant le siège de la Commission européenne, à Bruxelles. Crédit : REUTERS/Yves Herman
Des drapeaux européens devant le siège de la Commission européenne, à Bruxelles. Crédit : REUTERS/Yves Herman

Les militants de la Fondation pour la défense des droits des Érythréens ont saisi la justice mercredi pour faire cesser le versement d'une aide européenne accordée à l’Érythrée. Ils affirment que celle-ci sert à financer un projet d'infrastructures exploitant des travailleurs "réduits en esclavage".

L'Union européenne (UE) participe-t-elle indirectement à l'exploitation de centaines d’Érythréens ? C'est ce qu'affirme la Fondation pour la Défense des droits des Érythréens (FHRE) qui a saisi, mercredi 13 mai, la justice aux Pays-Bas où elle est basée. La plainte déposée auprès du tribunal du district d'Amsterdam accuse précisément l'UE de financer à hauteur de 80 millions d'euros un vaste projet de rénovation routière en Érythrée assuré par des travailleurs "réduits en esclavage".

Selon la Fondation, une grande partie de ces travailleurs sont issus des rangs du Service national érythréen, une forme de service militaire obligatoire à durée indéterminée et régulièrement apparenté à une forme d'esclavagisme par les ONG de défense des droits de l'Homme. Dès 2015, une enquête de la Commission des Droits de l'Homme de l'ONU évoquait un "crime contre l'Humanité" et décrivait "des milliers de conscrits sujets au travail forcé les réduisant en esclavage pendant des années". Des milliers de jeunes Érythréens disent fuir le Service national chaque année, notamment à destination de l'Europe.

En avril 2019, la Fondation a adressé une convocation judiciaire à l'UE lui demandant de mettre fin à sa participation au projet portant sur la réhabilitation des routes reliant l’Érythrée et l'Éthiopie après que les deux pays ont signé un accord de paix en 2018. "Cependant, l'UE a refusé de faire arrêter le projet [...] et a même annoncé fin 2019 qu'elle fournirait plus de financement", note Kennedy Van der Laan, la firme d'avocats qui représente la Fondation.

"Une campagne de diabolisation", dénonce un ministre érythréen

L'UE, quant à elle, argue qu'elle n'est pas directement responsable des travailleurs puisqu'elle ne "paie pas les emplois concernés par ce projet", affirme la Commission européenne qui précisait en janvier 2020 au New York Times que "ne sont couverts par les fonds européens que les achats de matériel et d'équipement pour soutenir la réhabilitation desdites routes".

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De côté du gouvernement érythréen, le ministre de l'Information, Yemane Ghebremeskel, s'est contenté de remettre en question la crédibilité de la Fondation pour la Défense des droits des Erythréens, déclarant que la plainte déposée mercredi à Amsterdam faisait partie des "campagnes de diabolisation" typiquement menées par l'ONG. "Les accusations émanent d'un groupe très restreint mais dont la voix porte. Il s'agit principalement d'étrangers qui veulent que l’Érythrée change de régime", a ajouté le ministre dans un email adressé à la Fondation Thomson Reuters.

Selon les avocats de la firme Kennedy Van der Laan, le Parlement européen pourrait se prononcer à partir de jeudi sur une motion visant à geler les dépenses de développement de l'UE en Érythrée.

 

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