La police des frontières allemande affirme avoir refusé l'entrée à 123.000 personnes depuis la mi-mars | Photo: epd/O.Dietze
La police des frontières allemande affirme avoir refusé l'entrée à 123.000 personnes depuis la mi-mars | Photo: epd/O.Dietze

Le parti anti-immigration AfD tente de politiser la question des contrôles aux frontières mis en place pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

Bien qu'assouplis à partir de ce samedi 16 mai, l'Allemagne maintient ses contrôles à la frontière et les restrictions de circulation jusqu'au 15 juin avec ses pays voisin, à l'exception du Luxembourg.

Depuis plusieurs semaines, les voix s'élèvent dans le pays pour réclamer un retour à la normale. Depuis le 16 mars, seuls les travailleurs frontaliers ou les transports de nourriture étaient autorisés à passer.

Prenant la balle au bond, Jörg Meuthen, le porte-parole et l'un des leaders de l'AfD (Alternative für Deutschland – Alternative pour l'Allemagne) au Parlement allemand s'est lancé dans la bataille inverse pour se féliciter du retour des contrôles aux frontières en Europe.

Car c'est une mesure que l'AfD réclame depuis "des années", a écrit Jörg Meuthen sur Twitter et Facebook cette semaine. Il ajoute que selon lui la chancelière allemande Angela Merkel a toujours affirmé qu'il était impossible de protéger les frontières dans une Europe ouverte. "Mais regardez, d'un coup, c'est possible", conclut-il.



Dans un long post sur Facebook, il reprend des statistiques de la police fédérale publiées dans l'hebdomadaire Welt Am Sonntag du week-end dernier. Ces chiffres, affirme-t-il, ont montré que la police était parvenue à empêcher davantage de cas de "d'immigration illégale" aux frontières depuis le 16 mars.

Selon Welt am Sonntag, la police affirme avoir refusé l'entrée à 123.000 personnes qui avaient tenté de traverser la frontière depuis le 16 mars sans en avoir l'autorisation. La police des frontières assure avoir également réussi à interpeller près de 1.900 personnes qui étaient recherchées. Enfin, l'immigration illégale et les crimes transnationaux auraient baissé depuis les mesures de confinement.

Maintenir les contrôles

Jörg Meuthen s'en est également vivement pris au parti des Verts qui est favorable à une ouverture des frontières et à une politique migratoire bien plus souple.

Il a enfin profité de sa sortie sur les réseaux sociaux pour s'en prendre à ceux qui voudraient venir en Allemagne, les nommant des "touristes de l'asile" et des "migrants clandestins". Il explique que pour se rendre en Allemagne "ils ont traversé bon nombre d'Etats sûrs pour arriver dans le paradis de la protection sociale qu'est l'Allemagne"  

"Eradiquer l'immigration illégale"

Le leader de l'AfD accuse ainsi les Verts de vouloir relancer l'immigration illégale en militant pour la réouverture des frontières, alors que selon lui le système de santé et de protection sociale, qui sont déjà "sévèrement sous pression  à cause du coronavirus" vont être dépassé par les événements.

Le parti AfD a perdu en visibilité et a du mal à exister médiatiquement depuis le début de la pandémie, dans laquelle le monde politique allemand préfère se présenter avec un front uni pour ne pas être accusé de politiser une telle crise.

Ainsi, Jörg Meuthen cherche à ouvrir la brèche de la controverse sur une question qui sera selon lui tranchée dans les urnes, bien que les prochaines élections régionales d'importance ne se déroulent qu'au printemps prochain (dans le Bade-Wurtemberg). Les restrictions aux frontières permettraient "d'éradiquer l'immigration illégale" et de protéger l'économie de l'Allemagne ainsi que son héritage social et culturel.

Les prochaines élections

D'après les derniers chiffres, le parti AfD a perdu du terrain dans les sondages et est crédité de 9 à 12% d'intentions de vote, alors que les partis de la coalition au pouvoir, dont la CDU de la chancelière, profitent d'une vague d'approbation pour leur gestion de la pandémie. Les Verts pointent à près de 18% et seraient la deuxième force politique du pays si les Allemands votaient demain pour les députés du parlement fédéral, le Bundestag.

Traduction et adaptation : Marco Wolter

 

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