Des gilets de sauvetage retrouvés au large de l'Italie après un naufrage (archives). Crédit : Reuters
Des gilets de sauvetage retrouvés au large de l'Italie après un naufrage (archives). Crédit : Reuters

Malgré l'absence de navires humanitaires en mer Méditerranée et la fermeture des ports italiens et maltais en raison de la pandémie de coronavirus, les départs de migrants vers l'Europe continuent. Les ONG redoutent des naufrages à "l'abri des regards."

La Méditerranée centrale "reste la route migratoire maritime la plus dangereuse au monde et, dans le contexte actuel, les risques que des naufrages invisibles aient lieu à l'abri des regards de la communauté internationale ont grandi", déclare l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) dans un communiqué.

L'absence de navires humanitaires au large des côtes libyennes renforce les craintes des ONG. Les deux seuls encore actifs en pleine pandémie de coronavirus, l'Alan Kurdi et l'Aita Mari, ont été contraints d'arrêter leur opérations en mer Méditerranée après avoir été saisis par les autorités italiennes début mai. L'ONG Sea-Eye et le collectif Maydayterraneo, qui affrètent ces deux navires, dénoncent une manoeuvre injustifiée destinée à "perturber leurs missions de sauvetage".

Absence de témoins

"C'est vraiment dramatique (...) et en contradiction avec le droit maritime international qui veut qu'on porte secours à toute personne en détresse le plus vite possible", estime pour sa part Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, qui affrète l'Ocean Viking. "Désormais, comme il n'y a pas de témoin, on ne connaît pas l'ampleur de la possible tragédie qui se déroule" en Méditerranée, continue-t-elle.

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Un constat partagé par l'envoyé spécial pour la Méditerranée centrale du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR). "S'il n'y a pas de secours en mer et que les pays traînent des pieds pour secourir et débarquer les personnes, on va se retrouver avec des situations humanitaires assez graves", déplore auprès de l'AFP Vincent Cochetel, qui estime à 179 le nombre de morts dans la zone depuis janvier.

Une hausse des départs de Libye de 290%

Une situation d'autant plus sensible que les départs des côtes libyennes ont augmenté de 290% entre janvier et avril comparativement à la même période de 2019, et de 156% au départ de la Tunisie, selon les chiffres du HCR.

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"Qu'il y ait des bateaux [humanitaires] ou pas en mer n'a aucune influence sur les départs. Cette période de coronavirus nous l'a amplement prouvé, alors qu'on a entendu dans les capitales européennes que c'était la présence d'ONG qui avait un effet magnétique sur les départs", poursuit Vincent Cochetel.

Fermeture des ports

La fermeture des ports italiens et maltais, en raison de la pandémie de coronavirus, complique la tâche des ONG qui portent secours aux migrants en mer.

Avant d'être saisis, l'Alan Kurdi et l'Aita Mari, qui avaient secouru à eux deux quelque 180 personnes, avaient dû attendre plusieurs jours en pleine mer avant qu'une décision soit prise sur le sort de ces migrants. Ces derniers avaient finalement été transférés sur le ferry italien Rubattino pour respecter une quarantaine de 14 jours avant de débarquer en Italie.

De con côté, Malte refuse catégoriquement le débarquement de migrants sur son sol, arguant - comme l'Italie - que ses ports ne sont pas sûrs en raison de la pandémie de Covid-19. Pour preuve, un navire commercial qui avait porté assistance, sur ordre de La Valette, à 78 migrants a finalement accosté en Sicile vendredi 8 mai après une semaine de tractations.

Le Premier ministre maltais, Robert Abela, est par ailleurs visé par une enquête concernant la mort de migrants en mer que l'armée et les autorités sont accusées de ne pas avoir secourus.  

Mécanisme de répartition

"La période est très complexe. On cumule les difficultés", reprend Sophie Beau de SOS Méditerranée. "Gestion de l'épidémie, fermetures des ports et frontières... Et en plus de ces contraintes, l'absence d'un mécanisme coordonné", résume-t-elle, en référence à l'accord de répartition entre pays européens des migrants après leur débarquement, ébauché fin 2019 à Malte mais qui tarde à se concrétiser.

Dans un courrier conjoint envoyé à la Commission européenne et que l'AFP a consulté, les ministres de l'Intérieur français, italienne, espagnol et allemand réclament l'établissement d'un "mécanisme de solidarité" pour la "recherche et le secours" en mer, expliquant notamment qu'"actuellement, une poignée d'Etats membres portent un fardeau excessif, ce qui démontre un manque de solidarité et risque de faire dysfonctionner l'ensemble du système".

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En attendant qu'un hypothétique accord européen soit trouvé, et en l'absence de navires humanitaires, ce sont sur deux navires de tourisme que 162 migrants sont actuellement bloqués en mer au large de Malte.

 

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