Environ 800 Tunisiens sont bloqués à Melilla depuis plusieurs mois. Crédit : FTDES
Environ 800 Tunisiens sont bloqués à Melilla depuis plusieurs mois. Crédit : FTDES

Environ 800 Tunisiens sont bloqués depuis plusieurs mois dans l'enclave espagnole de Melilla, au nord du Maroc. Les autorités espagnoles refusent leur transfert sur le continent car, selon les associations, elles espèrent signer rapidement un accord de rapatriement avec la Tunisie.

"La situation est catastrophique. Ce qu'il se passe à Melilla est inacceptable". Romdhane Ben Amor du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) ne cache pas sa lassitude. Avec d'autres associations, il tente depuis de longs mois de trouver une solution pour les quelque 800 Tunisiens bloqués à Melilla, l'enclave espagnole située au nord du Maroc.

"Les autorités empêchent les transferts vers l'Espagne continentale de tous les Tunisiens présents à Melilla", affirme Romdhane Ben Amor, joint par InfoMigrants. "Certains sont là depuis plusieurs mois, d'autres presque un an", continue-t-il.

"Ils sont comme en prison", déclare à InfoMigrants Imed Soltani, président de l'association tunisienne la Terre pour tous, également très active dans ce dossier. 

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Le Ceti de Melilla, le centre où ces migrants sont hébergés, est en réalité un "hotspot" : les migrants arrivés dans l'enclave espagnole y déposent leurs empreintes, demandent l'asile puis sont transférés après un mois sur le continent en attendant l'examen de leur dossier. "Avant, c'était la même chose pour tout le monde. Mais depuis juin 2019, l'Espagne agit différemment avec les Tunisiens qu'avec les autres nationalités", note Romdhane Ben Amor.

Augmentation des arrivées de Tunisiens à Melilla

Les autorités espagnoles tentent ainsi de contenir le flux de migrants tunisiens, toujours plus nombreux, qui débarquent dans l'enclave. En 2018, environ 550 Tunisiens sont arrivés en Espagne, contre plus de 1 200 en 2019 - 90% d'entre eux sont entrés dans le pays via Melilla.

Cette augmentation des arrivées s'explique par le contrôle renforcé des côtes tunisiennes et par les renvois quasi systématiques des Tunisiens qui débarquaient jusque-là majoritairement sur l'île italienne de Lampedusa. Un accord signé entre Rome et Tunis permet en effet à l'Italie de renvoyer quotidiennement 80 ressortissants tunisiens dans leur pays. "Les migrants tunisiens ont changé de route car ils savent qu'en Italie, ils seront rapidement expulsés", précise Romdhane Ben Amor.

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Selon les associations, l'Espagne cherche à signer le même type d'accord que celui passé entre l'Italie et la Tunisie. En attendant cette signature, Madrid retient les Tunisiens.

Le ministre espagnol de l'Intérieur a par ailleurs déclaré lundi 27 avril que son pays souhaitait expulser "dans les meilleurs délais" 600 migrants tunisiens de Melilla. Le ministre a assuré être en pourparlers avec les autorités tunisiennes afin de rapatrier au plus vite ces migrants dont le dossier d'expulsion est "complet".

Mais les associations s'interrogent sur la légalité de ces renvois. "Les migrants qui déposent l'asile à Melilla n'ont droit à aucune assistance juridique et ne peuvent faire de recours", explique Romdhane Ben Amor. "De plus, certains sont maintenus à Melilla alors qu'ils ont obtenu l'asile", ajoute-t-il.

"Ce n'est pas digne d'un pays démocratique", souffle Imed Soltani.

Surpopulation dans le centre de Melilla

De plus, les conditions de vie dans le Ceti sont préoccupantes. Le centre accueille en ce moment 1 600 personnes, pour une capacité de 780 places.

"La promiscuité en temps de coronavirus inquiète encore plus les migrants", signale Romdhane Ben Amor. "Le moindre symptôme crée de la panique et des rumeurs".

D'autant que les mesures barrières sont difficiles à respecter dans le centre. Les migrants, qui dorment à plusieurs dans des grandes tentes, n'ont reçu ni masques, ni produits d'hygiène pour se protéger du Covid-19. Aucun test n'est réalisé sur des personnes qui présenteraient des signes de la maladie, selon les associations.

Les deux humanitaires s'inquiètent de l'état psychologique de leurs concitoyens. "Si l'Espagne trouve un accord, comment vont-ils les expulser ? Les migrants vont résister. Je crains des violences et même des suicides", s'alarme Romdhane Ben Amor.

En attendant, les familles restées au pays s'inquiètent. Certaines vendent leur effets personnels pour envoyer de l'argent à leurs proches bloqués à Melilla "afin qu'ils mangent correctement", d'autres ont des complications médicales. "Ma tension artérielle est très élevée et ma femme a développé du diabète. Toute la famille est très perturbée car l'état mental de mon fils décline", expliquait déjà en janvier à InfoMigrants le père d'un migrant retenu à Melilla depuis plusieurs mois.

 

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