Crédit : Jim Naughten
Crédit : Jim Naughten

Syrien, réfugié et Youtuber à succès : comment Firas Alshater a conquis l'Allemagne. 

"Je suis un réfugié syrien. Je te fais confiance. Me fais-tu confiance ? Alors viens dans mes bras". Tout a commencé avec ces mots inscrits sur une pancarte. Firas Alshater est posté à côté, les yeux bandés et les bras grands ouverts, sur la fameuse Alexanderplatz de Berlin. Au bout d’un moment, un premier curieux s’approche pour prendre un selfie avec cet inconnu à la barbe touffue. Puis, un second passant décide de se laisser prendre au jeu pour se jeter dans les bras de Firas. Puis un autre, puis un autre, puis un autre. La scène est filmée et fait aussitôt le buzz sur le web, au moment où l’Allemagne commence à accueillir les premières vagues de réfugiés du Proche et du Moyen-Orient. Nous sommes en 2015. Firas Alshater était venu à Berlin pour travailler sur un documentaire sur la répression des manifestations par le régime de Bachar Al Assad. Il finira par rester en Allemagne.

Le charme des fautes de grammaire

Depuis, Firas Alshater a lancé une chaîne Youtube où il raconte avec humour le quotidien d’un réfugié en Allemagne, avec ses questions, ses incompréhensions et ses soucis. "Salut à tous, et bien… euh… bienvenue pour ma première vidéo pour vous. Mon nom est Firas Alshater, j’habite ici à Berlin depuis deux ans et je viens de Syrie.…", entame le jeune homme en allemand. Il fait des fautes de grammaire, use de son accent pour tirer le trait, joue avec le langage familier, avec le genre d’expressions que vous ne pouvez pas connaître si vous n’avez pas séjourné assez longtemps dans le pays. Firas Alshater sait charmer son public.

© InfoMigrants

Son pays est en guerre, mais il garde le sourire. Sa chaîne Youtube s’appelle "Zukar", le sucre. Un mot que vous comprenez, que vous parlez l’allemand, l’anglais ou l’arabe. "Le sucre rappelle aussi quelque chose que l’on a tous aimé quand on était enfant", explique Firas, qui a trouvé le temps de répondre à quelques questions par téléphone. Car son agenda est chargé, entre ses activités de Youtuber et sa nouvelle carrière d’auteur. Malgré ses 26 ans, Firas Alshater a sorti sa première autobiographie "Ich komm auf Deutschland zu", que l’on peut traduire par "Je viens à la rencontre de l’Allemagne".

Un caddy à un euro

Car l’homme, derrière son large sourire et ses lunettes de hipster berlinois, a déjà beaucoup d’histoires à raconter. Certes, il a été opposant politique de la première heure en Syrie, où il participait à chaque manifestation anti-régime organisée à Damas. Certes, il a été fait prisonnier pour avoir filmé la répression. Il a dû quitter son pays, a perdu des proches. Mais Firas Alshater ne veut pas seulement regarder dans le rétroviseur. Dans son livre, il veut aussi conter ces petits détails que l’on note quand on arrive dans un pays étranger, ces petits étonnements qui font autant d’anecdotes. Il raconte par exemple comment, à ses débuts à Berlin, il hésitait à s’offrir le luxe de mettre un euro pour avoir un caddy au supermarché. Jusqu’au jour, où une amie allemande lui apprend qu’il peut récupérer sa pièce à la fin de ses courses.

Donner la parole aux réfugiés

Si Firas Alshater a beaucoup d’histoires en réserve, il voudrait aussi que l’on tende plus souvent le micro aux réfugiés, au lieu de parler à leur place. "Il y a des gens qui vous diront que leur pays leur manque, d’autres qui vous diront qu’ils ont trouvé ici une vie convenable. Les réponses seront très variées", assure-t-il.

© InfoMigrants

Dans l’une de ses dernières vidéos sur sa chaîne "Zukar", Firas explique comment il a dû expédier 500 emails pour trouver un logement. Que franchement, il n’avait pas trouvé le temps de se mettre à la Leitkultur, la fameuse culture allemande de référence que brandissent certains politiques comme base indispensable à toute intégration. "Avec l’humour on change beaucoup plus qu’on ne le pense. Être pauvre ce n'est pas manquer d'argent mais manquer d'humour". Et l'une des forces de Firas, c’est paradoxalement son statut de réfugié. D’après lui, "si les Allemands faisaient des blagues sur les réfugiés, certains ne l’accepteraient pas et d’autres les qualifieraient de Nazis. Alors que moi, tant que je parle des réfugiés j’ai le droit de le faire."

Quand à la question de l’intégration de la culture allemande de référence, il répond par une autre question : "Dois-je manger ce que mangent les Allemands ? Des hamburgers, des döners et des pizzas ?"



 

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