Image d'illustration du camp de Samos, en Grèce. Crédit : Reuters
Image d'illustration du camp de Samos, en Grèce. Crédit : Reuters

Alors qu'il joue au foot à Abidjan, Moussa est approché par un homme d'une trentaine d'années. Ce dernier, lui aussi Ivoirien, lui propose de l'aider à vivre du football en le rejoignant en Turquie, son pays d'adoption. Mais arrivé à Istanbul, Moussa comprend que cet homme est en fait un escroc. Témoignage.

"Je m'appelle Moussa*, j'ai 16 ans et je suis originaire de Côte d'Ivoire.

Un jour, alors que je jouais au football à Abidjan, un homme d'une trentaine d'années est venu me proposer d'intégrer un club en Turquie. Il a payé mon billet d'avion et j'ai débarqué à Istanbul en fin d'année 2019.

"J'ai travaillé de force en Turquie"

L'homme, lui aussi Ivoirien, m'a alors confisqué mon passeport. Il m'a dit qu'il me le rendrait quand je lui aurais donné 20 000 dollars, il a dit que c'était le prix du billet.

Il m'a fait travailler de force dans une usine de vêtements pour le rembourser. Je travaillais tous les jours pendant plus de 10 heures, et le soir je dormais chez lui. Mon salaire était directement remis à cet homme.

>> À (re)lire : Migrer grâce au football : la dure réalité d'un rêve

J'ai compris qu'il m'avait escroqué et qu'il ne m'aiderait jamais à jouer au foot. Après deux mois à trimer pour lui, j'ai réussi à m'enfuir avec l'aide d'un Togolais avec qui je travaillais à l'usine.

On a pris le bus ensemble pour se rendre à Bodrum (ville balnéaire turque, NDLR). Il m'a mis en contact avec des Syriens et est retourné à Istanbul. Moi, j'ai pris un petit canot avec d'autres migrants.

On a été secourus en mer par Frontex (l'agence européenne de protection des frontières, NDLR) et déposés fin janvier à Kos.

"La vie est trop dure ici"

Arrivé sur l'île grecque, j'ai dit aux officiers que j'étais mineur mais ils m'ont dit que je mentais et ont écrit sur mon document d'entrée que j'avais 19 ans.

Une fois que j'ai rechargé mon téléphone, je leur ai montré mes documents d'identité que j'avais pris en photo, avant que l'Ivoirien ne me confisque mon passeport.

>> À (re)lire : Italie : intégrer les mineurs étrangers par le football

Depuis deux mois, j'attends les résultats de mes tests osseux qui prouveront ma minorité.

Je veux quitter ce camp, c'est une prison. Je n'ai rien à faire là. Je suis seul, sans famille, sans amis. 

La vie est trop dure ici. Je n'ai jamais voulu quitter mon pays, je n'y ai jamais pensé avant de rencontrer cet homme. Je voulais simplement jouer au foot."

*Le prénom a été modifié.

 

Et aussi