Hassan Akkad s'est engagé comme agent de nettoyage à l'hôpital Whipps Cross de Londres. Crédits : picture-alliance/dpa
Hassan Akkad s'est engagé comme agent de nettoyage à l'hôpital Whipps Cross de Londres. Crédits : picture-alliance/dpa

Réfugié à Londres depuis 5 ans, le Syrien Hassan Akkad s’est porté volontaire pour être agent de nettoyage dans un hôpital de Londres. Sur Twitter, ce réalisateur raconte la bataille contre le coronavirus et défend ardemment les droits des personnels soignants.

Il est devenu l’un des héros que les Britanniques applaudissent tous les jeudis soirs pour leur engagement dans la lutte contre le Covid-19, dans ce pays où le nombre de décès liés à la pandémie a franchi la barre des 41 000 morts.

Depuis le 7 avril, Hassan Akkad, un réfugié syrien de 32 ans, est homme de ménage dans un hôpital de l’est de Londres, où sont soignés les patients atteints du coronavirus. Professeur d'anglais en Syrie et documentariste au Royaume-Uni, où il a obtenu l'asile, il n'avait jamais travaillé dans un hôpital auparavant. Jusqu’ici, Hassan Akkad avait surtout fait parler de lui après avoir remporté le prestigieux prix Bafta pour la réalisation d’un documentaire retraçant le périple de son exil de Damas à Londres, où il est arrivé en 2015.

Mais depuis plus d’un mois, cinq jours par semaine, dès 7 heures du matin, son quotidien a changé. Il désinfecte minutieusement les chambres des patients et le sol de l'hôpital Whipps Cross de Londres pour empêcher la propagation de la maladie.

"J'ai senti qu'il fallait que je fasse quelque chose", a-t-il déclaré à The Independent. "Quand j'étais dans des situations similaires auparavant, j'ai fait quelque chose. J'ai agi".

“Je ne veux pas perdre une autre maison”

Originaire de Damas en Syrie, Hassan a participé au mouvement de révolte pacifique contre la dictature de Bachar al-Assad en 2011. Caméra au poing, il a documenté les protestations, portant la voix des manifestants à travers le monde entier. "Mon activisme m'a conduit à être détenu et torturé - deux fois - et j'ai finalement dû partir", raconte-t-il au média anglais.

Au vu des épreuves vécues en Syrie, il n’a pas hésité une seconde à proposer son aide, lorsqu’il a saisi l’ampleur de la crise sanitaire causée par le Covid-19. “Pour moi, la Grande-Bretagne est maintenant mon pays et j'ai déjà perdu ma maison en Syrie. Je ne veux pas perdre une autre maison”, confie-t-il.

Comme d’autres, Hassan Akkad s’est inscrit au programme de bénévolat du National Health Service (NHS), le service public de santé britannique. Formé dans l’urgence, il a atterri dans l’hôpital de son quartier qui manquait de personnel de nettoyage.

Depuis, il partage chaque jour un peu de son quotidien sur Twitter. Dans son tout premier post, il pose en tenue de combat avec une visière, un masque, une blouse et des gants. “Londres est ma maison depuis que j'ai quitté la Syrie, et le moins que je puisse faire est de m'assurer que mes voisins et l'incroyable personnel du NHS sont en sécurité et en bonne santé”, écrit-il. Très vite, son message devient viral.

Des soignants immigrés en première ligne dans les hôpitaux

Au fil des jours, Hassan Akkad, qui n’a rien perdu de sa fibre documentaire, dresse le portrait de ses collègues aide-soignants, agents de nettoyage et infirmiers. Ceux qui travaillent en première ligne, ceux qu’il appelle “les héros”, posent pour lui la mine fatiguée. 

Il y a Perlita, infirmière depuis plus de trente ans, mère de deux jeunes filles et d’un fils étudiant infirmier qu’elle a fait venir travailler en renfort dans le service. Il y a aussi Giby, venue d’Inde, qui soigne les patients tout en gardant un œil sur son pays natal, où elle s’inquiète en permanence pour la santé de ses parents en pleine pandémie.

Enfin, il y a Albert, 50 ans, dont quinze passés à nettoyer le sol de l’hôpital de l'est de Londres. C’est lui qui a formé Hassan. “J'ai demandé à Albert, lorsque je l'ai photographié pendant sa pause, 'Pourquoi risques-tu ta vie en venant ici tous les jours pendant cette pandémie ?' Il a souri et m'a dit : ‘Hassan, je dois nettoyer et je dois nourrir mes filles’", raconte le réfugié syrien dans un tweet consacré à son collègue.

Au Royaume-Uni, 13% du personnel hospitalier n’est pas britannique. “Dans mon service à l’hôpital, on est 99 % d’immigrés, venus de Syrie, du Ghana, d’Italie, de Pologne ou d’ailleurs”, fait valoir Hassan dans une interview accordée à Libération. “Sans ces immigrés qui, tous, ont quitté leurs familles, ce pays ne fonctionnerait pas.”

Pression de l'opinion publique sur Boris Johnson

Dans ses déclarations, Hassan dit soutenir le gouvernement britannique “qui tente de mener une politique sensée en matière de migration". Mais il est aussi partisan d’“un débat national”. “Si nous devons tirer une leçon de cette pandémie, c’est que lorsque nous ouvrons les bras aux migrants et aux réfugiés, ils savent rendre la monnaie de la pièce", argumente-t-il.

Pourtant, ces derniers jours, les espoirs du réfugié syrien ont été sévèrement douchés par les annonces du gouvernement britannique, qui a décidé d’exclure les agents de nettoyage des hôpitaux du “programme de deuil” mis en place pendant la pandémie. En vertu de ce programme, si un employé d’hôpital décède des suites du Covid-19, les personnes à sa charge bénéficient automatiquement d'un permis de séjour permanent en Angleterre et du droit d’y étudier et d’y travailler.

Dans une vidéo postée le 20 mai, Hassan s’exprime cette fois la voix chevrotante. Déçu, il interpelle Boris Johnson : “Je me sens trahi, poignardé dans le dos, choqué d’apprendre que votre gouvernement a décidé de nous exclure mes collègues et moi (...) . Si je meurs du Covid-19, ma compagne n’aura pas le droit d’être aidée ? C’est ainsi que vous nous remerciez pour ce qu’on a fait ? Le moins que vous puissiez faire, si nous mourrons, c’est de permettre à nos familles de rester ici”.

Sa vidéo et la mobilisation générale feront finalement plier le gouvernement, qui renonce dès le lendemain à exclure les agents de nettoyage de ce “programme de deuil” spécifique au Covid-19. 

Une autre mesure très symbolique sera abolie elle aussi : le Premier ministre Boris Johnson avait annoncé l’augmentation de la taxe annuelle destinée à financer le service public de santé dont doit s'acquitter le personnel issu de pays non membres de l’Union européenne. Cette taxe devait grimper à 624 livres (696 euros) en octobre, au lieu de 400 livres (446 euros) actuellement. Il a décidé de faire marche arrière sous la pression des députés de son propre camp et, sans doute, de l’opinion publique.

Dans une dernière vidéo, publiée jeudi 21 mai, Hassan a retrouvé le sourire. Face caméra, comme à chaque fois, il remercie les Britanniques d'avoir fait changer d'avis leur Premier ministre et il se confie, encore un peu ému par la nouvelle : "J'avais perdu espoir, j'ai retrouvé foi dans ce pays (...) Si la Grande-Bretagne est un grand pays, c'est bien grâce à vous".

 

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