À bord de ces navires, les conditions de vie des migrants se seraient détériorées. Crédit : Picture alliance
À bord de ces navires, les conditions de vie des migrants se seraient détériorées. Crédit : Picture alliance

Depuis fin avril, Malte retient systématiquement sur des navires touristiques positionnés au large de ses côtes tous les migrants secourus en mer dans ses eaux territoriales. On compte désormais plus de 400 personnes retenues à bord de quatre ferries sans avoir eu accès à des avocats, des interprètes ou des agents du HCR.

Malgré les appels répétés de l'ONU et des ONG à mettre fin à la détention de centaines de migrants retenus au large de Malte, La Valette fait la sourde oreille et continue, au contraire, de maintenir en pleine mer de nouveaux naufragés.

Les autorités ont même affrété un quatrième bateau touristique, le Jade de l'opérateur Supreme Cruise, pour les 75 personnes secourues mercredi 27 mai dans ses eaux territoriales, portant à 425 le nombre de migrants retenus à bord de navires privés.

Fermeture des ports

Depuis début avril, Malte refuse tout débarquement de migrants sur son sol, arguant que ses ports ne peuvent être considérés comme sûrs en raison de la pandémie de coronavirus. Les autorités mettent également en avant un manque de places suffisantes pour accueillir de nouveaux arrivants dans les centres pour migrants du pays, en pleine crise sanitaire.

Ainsi, dès le 30 avril, les premiers naufragés secourus par un bateau de pêche au large de Malte n'ont pas été autorisés à débarquer dans un port maltais. Les 57 naufragés ont été transférés sur un ferry touristique, l'Europa II, appartenant à la société Captain Morgan Cruises Ltd.

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Quelques jours plus tard, le 7 mai, le même scénario s'est reproduit avec le transfert de 105 migrants secourus dans les eaux maltaises à bord d'un autre bateau touristique, l'Atlantis, appartenant à la même compagnie. Dix-huit femmes et enfants ont par ailleurs été amenés sur la terre ferme.

Le vendredi 22 mai, ce sont 121 personnes secourues par les autorités maltaises qui sont orientées vers le ferry Bahari, toujours de la compagnie Captain Morgan Cruises Ltd. Dix-neuf personnes vulnérables ont, quant à elles, été prises en charge sur l'île.

Les derniers naufragés à prendre place à bord d'un des trois navires de l'entreprise Captain Morgan sont les 63 migrants secourus dans la même zone mardi 26 mai.

"Nous sommes dans un état déplorable"

Les informations sur les conditions de vie à bord de ces navires de croisières sont peu nombreuses, les Maltais refusant aux journalistes et aux associations de rencontrer les prisonniers. Seule la Croix-Rouge a pu monter à bord écrit le quotidien Times of Malta.

Selon Alarm Phone, la plateforme d'aide aux migrants en mer, qui cite le témoignage d'un migrant retenu, des tentatives de suicide et des grèves de la faim ont été signalées. "L'anxiété, le désespoir et la dépression ont augmenté (...). Nous sommes dans un état déplorable. Nous n'avons aucun moyen de communication pour montrer notre (condition) au monde extérieur", a déclaré un prisonnier à l'organisation.

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En réponse à ces affirmations, des vidéos et des photos ont été diffusées sur les réseaux sociaux, montrant des migrants à bord de ces navires chanter et danser. Cependant, les ONG s'interrogent sur la date d'enregistrement de ces vidéos, qui aurait pu être tournées au moment de leur arrivée sur le bateau touristique.  

"Les personnes à bord sont gravement traumatisées par les abus dont elles ont été victimes dans les camps de torture libyens. N'utilisez pas leur soulagement momentané pour justifier des violations cruelles des droits de l'homme", a ainsi réagi Alarm Phone.

"Violation du droit international et européen"

Dans une lettre envoyée jeudi 28 mai au Premier ministre maltais, Amnesty International rappelle que "rien ne peut justifier de détenir des personnes pendant des jours sans base légale et dans des conditions inadéquates". Selon les ONG, les naufragés n'ont pas pu avoir accès à des avocats, à des interprètes ou à des agents du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).

"La privation de liberté sans base légale est une détention illégale et arbitraire en violation du droit international et européen", averti de son côté Human Right Watch dans un communiqué.

En agissant de la sorte, les autorités maltaises entendent faire pression sur les États membres de l'Union européenne (UE) afin qu'ils prennent "leur responsabilité". Malte plaide depuis des mois pour la mise en place d'un mécanisme de répartition pérenne au sein de l'UE.

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Le HCR demandait déjà le 22 mai à Malte et aux États européens de s’entendre sur un accord de répartition de ces migrants, afin de les “mettre en sécurité sur la terre ferme".

"Le traitement (des migrants) et la violation de leurs droits (ne sont pas) dignes du peuple de Malte ou de toute autre pays de l'UE", estime HRW, qui appelle les États membres à respecter "leurs engagements". 

 

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