Des coupes claires ont été constatées sur la montagne Plješivica, une région forestière protégée, à la frontière entre la Croatie et la Bosnie. Crédit : Google Street View
Des coupes claires ont été constatées sur la montagne Plješivica, une région forestière protégée, à la frontière entre la Croatie et la Bosnie. Crédit : Google Street View

Le gouvernement croate a reconnu, fin mai, qu'il procédait à des coupes claires dans les forêts situées le long de sa frontière avec la Bosnie-Herzégovine, afin de "dégager le terrain" et ainsi mieux contrôler les flux de migrants clandestins voulant entrer en Croatie.

La méthode est plutôt radicale et à l'image de la politique de gestion des frontières menée par la Croatie depuis des années : une campagne de déforestation a eu lieu ces dernières semaines afin de "dégager le terrain" et "d'améliorer la visibilité" des zones frontalières situées sur la montagne Plješivica, dans l'est du pays, aux abords d'un ancien aéroport militaire. Le but affiché par le ministère croate de l'Intérieur est de "prévenir l'entrée de migrants clandestins en Croatie", rapporte l'hebdomadaire local Novosti.

Déjà l'année dernière, des coupes forestières avaient été signalées près de la ville de Hravtska Kostajnica, plus au nord-est de cette même frontière entre la Croatie et la Bosnie longue de plus de 930 kilomètres. Depuis 2013 et l'adhésion de la Croatie à l'Union européenne, sa frontière avec la Bosnie est devenue une porte d'entrée sur l'Europe pour des milliers de migrants qui empruntent la route migratoire des Balkans, en provenance principalement d'Asie et du Moyen-Orient. Depuis 2016, de nombreuses ONG, dont Human Rights Watch, alertent toutefois sur la pratique des "push-backs" selon laquelle les policiers croates refoulent, parfois violemment, les migrants qui passent la frontière, sans leur permettre d'exercer leur droit de demander d'asile.

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"Cette campagne de déforestation menée par les autorités illustre la politique 'de main de fer' menée par la Croatie aux portes de l'Europe : en plus des violations flagrantes des droits de l'Homme [avec les push-backs], elle nuit aussi désormais à la protection de l'environnement", a réagi Tea Vidović de l'ONG Center for Peace Studies, pour Novosti.

"Il est inacceptable de détruire la forêt dans le but de briser les droits de l'Homme"  

L'association écologiste Zelena Akcija a indiqué, quant à elle, qu'elle avait officiellement signalé ces coupes claires auprès de l’Inspection nationale, afin que celle-ci puisse déterminer si le cadre réglementaire de gestion forestière de la région était respecté. "Il est inacceptable de détruire la forêt dans le but de briser les droits de l'Homme", a commenté l'association sur sa page Facebook.

Selon le Conseil danois pour les réfugiés, une ONG d'aide aux migrants basée en Bosnie, la crise sanitaire a vu une diminution de flux de migrants tentant de passer en Croatie. L'organisme a dénombré 754 refoulements par la police croate en janvier, puis 1 765 en février avant de chuter à 396 en mars. Mais avec la levée progressive des mesures de confinement à travers l'Europe ainsi que le retour des beaux jours, les associations s'attendent à une reprise du flux et craignent une recrudescence des violences policières envers les migrants.

Saisie par trois Syriens affirmant avoir été refoulés violemment vers la Bosnie depuis la Croatie sans pouvoir exercer leur droit d'asile, la Cour européenne des droits de l'Homme a récemment demandé à Zagreb des explications sur la pratique des push-backs. C'est la première fois que le gouvernement croate doit répondre de ces actes devant la plus haute instance judiciaire européenne.

 

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