Image d'illustration du terminal 1 à l'aéroport Charles-de-Gaulle dans le nord de Paris. Crédit : Pixabay
Image d'illustration du terminal 1 à l'aéroport Charles-de-Gaulle dans le nord de Paris. Crédit : Pixabay

InfoMigrants a appris qu'un premier vol avec 17 Arméniens à bord a été affrété, mardi, par les autorités arméniennes au départ de Lyon. L'Ofii dit avoir "une bonne centaine" de dossiers en attente pour des retours volontaires vers l'Arménie, la Moldavie, la Géorgie, l'Albanie et même l'Afghanistan.

Ils sont les premiers à bénéficier du retour volontaire depuis la crise sanitaire en France : un groupe de 17 migrants arméniens a quitté le sol français, mardi 2 juin en fin de matinée, à destination de leur pays d'origine, a appris InfoMigrants auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii). "Leur départ est principalement motivé par des raisons familiales, comme un proche malade resté au pays, par exemple", indique Didier Leschi, directeur de l'Ofii.

Face à la fermeture des frontières et des liaisons aériennes due à la crise sanitaire, c'est le gouvernement arménien qui a "affrété" un vol afin de rapatrier ses ressortissants, poursuit Didier Leschi. "Nous avions ces demandes de retours volontaires depuis un certain temps, mais impossible pour nous de les satisfaire, alors on a pris contact avec le gouvernement arménien qui a fait le nécessaire."

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L'Ofii dit avoir de nombreuses demandes de retours volontaires de la part de migrants arméniens se trouvant en France, mais aussi de ressortissants moldaves, géorgiens, albanais et même quelques familles afghanes. "Une bonne centaine de dossiers sont en attente. Nous sommes en discussion avec le gouvernement albanais d'une part et avec la compagnie Turkish Airlines d'autre part, car ils comptent rouvrir leurs vols sous peu et ils desservent beaucoup de destinations", explique encore Didier Leschi.

"Arméniens, Géorgiens, Albanais… on retrouve cette notion de tri entre les 'faux' et les 'vrais' réfugiés, ce discours politique qui fait la différence entre les 'bons' et les 'mauvais' demandeurs d'asile", réagit Steve Irakoze, responsable des questions d'expulsions à la Cimade, joint par InfoMigrants. "Sauf que selon la convention de Genève (relative au statut de réfugié, NDLR), la protection est accordée individuellement, et pas à des groupes de personnes en fonction de la situation sécuritaire d'un pays ou de la politique d'un gouvernement", poursuit-il expliquant que dans le cas des Albanais, par exemple, des différends familiaux ou claniques pouvaient être à l'origine d'une demande - la plupart du temps rejetée - de protection.

Une administration hostile qui "conditionne" le migrant au retour volontaire

Concernant le cas de quelques familles afghanes évoquées par l'Ofii, Steve Irakoze y voit une autre illustration du "système infernal de l'asile européen". En effet, ces dernières années, "on observe des mouvements secondaires de la part des Afghans qui sont traités très différemment en fonction du pays qui examine leur demande", assure le spécialiste. Ainsi en 2018, leur taux d'obtention de protection était de 24% en Bulgarie, 33% en Suède, 37% en Allemagne ou encore 50% en Belgique, souligne-t-il. "La France, avec 80%, est quasiment le seul pays de l'Union européenne qui applique les textes de loi en accordant la protection à une majorité d'Afghans."

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Après avoir échoué ailleurs en Europe, ces derniers viennent donc tenter leur chance dans l'Hexagone, ce qui en fait des "dublinés" qui risquent le renvoi vers le premier pays européen qu'ils ont foulé. "La plupart doit alors se cacher pendant des mois [en attendant que le règlement Dublin expire] et dormir à la rue sans aucune ressource. On retombe dans un mécanisme de non accueil. Les personnes sont alors tellement à bout qu'elles préfèrent accepter de retourner en Afghanistan plutôt que de vivre dehors sur le littoral calaisien ou dans le nord-est de Paris. Des conditions pareilles ne peuvent pas donner lieu à un véritable consentement au retour volontaire", martèle Steve Irakoze.

Selon le spécialiste, le traumatisme de la route migratoire puis le sans-abrisme, le stress des procédures d'asile accélérées ou encore le manque d'accès aux droits finissent par "conditionner" le demandeur d'asile qui, peu importe les risques encourus dans son pays d'origine, a l'impression de n'avoir d'autre choix que d’entamer une procédure de retour volontaire.

En 2019, sur les 23 746 expulsions recensées par le ministère de l'Intérieur, 2 752 personnes ont bénéficié d'un "éloignement aidé". S'ajoutent 2 515 départs volontaires aidés qui concernent des étrangers en situation irrégulière décidant de quitter le territoire sans avoir fait l’objet d’une mesure d’éloignement, tout en ayant recours à une aide. Dans cette dernière catégorie, leur nombre a été presque divisé par deux entre 2018 et 2019.

 

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