Crédit : capture d'écran du site Internet
Crédit : capture d'écran du site Internet

Depuis un peu plus d’un an, Action Emploi Réfugiés mise sur l’intégration des réfugiés par le travail. Après avoir tissé des liens avec une vingtaine de grands groupes français, l’association compte aujourd’hui 450 CV en ligne et a facilité l’accès à 150 emplois.

"Le travail c’est la dignité, le premier pas vers une intégration réussie". C’est en partant de ce postulat que Diane Binder accompagnée de Kavita Brahmbhatt, consultante pour le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), et de Khaled Kaka, réfugié syrien, fondent l’association Action Emploi Réfugiés au début de l’année 2016.

"Parfois ce sont de grands groupes comme Carrefour qui nous approchent"

L’idée est née quelques mois plus tôt quand Diane tombe sur cette photo qui a fait le tour du monde : celle du petit Aylan, l’enfant syrien mort sur une plage turque en septembre 2015. "Quelques semaines après l’émotion planétaire suscitée par ce cliché, plus personne n’en parlait, se souvient Diane. Je me suis alors dit : ‘peu importe les positions politiques, une fois que ces gens sont en Europe, on a le devoir de les aider à s’installer’".

Le projet est lancé. Une page Facebook voit rapidement le jour et grâce au bouche à oreille, le succès est au rendez-vous en seulement quelques semaines. "Un mois après l’ouverture, on avait déjà pourvu une cinquantaine d’emplois", précise la co-fondatrice qui, à 36 ans, travaille au sein d’un grand groupe français, en tant que responsable du développement international en Afrique et au Proche-Orient.

Forte de ces premiers résultats encourageants, l’équipe ouvre au printemps 2016 via un site Internet la première plateforme qui met en relation employeurs et réfugiés. "Le succès a été immédiat car nous sommes les seuls à se positionner uniquement sur l’intégration professionnelle des réfugiés", explique Diane Binder.

Pour s’inscrire sur le site, rien de plus simple. En un clic après avoir inséré son CV, le demandeur d’emploi est immédiatement référencé sur la plateforme. Un atelier pour rédiger son CV en ligne est également disponible. Ensuite, "l’employeur prend contact avec l’association et nous faisons le lien. Le demandeur d’emploi peut aussi consulter les offres sur notre site et contacter directement les entreprises", souligne-t-elle.

Au départ, les employeurs sont principalement des particuliers ou des PME (petites et moyennes entreprises). Pour développer son réseau, l’association noue vite un partenariat avec Jobijoba, un moteur de recherche qui regroupe toutes les offres d’emploi du web. Elle démarche également les grandes entreprises. "Maintenant, on commence à être un peu plus connus dans le milieu, donc parfois ce sont de grands groupes comme Carrefour qui nous approchent. Aujourd’hui, nous travaillons avec une vingtaine de grandes entreprises", note Diane Binder qui assure que la plateforme regroupe une grande variété de secteurs : restauration, services à la personne, communication, nouvelles technologies et même les arts… tout y passe.

150 emplois pourvus et 450 CV en ligne

Depuis sa création, Action Emploi Réfugiés a facilité l’accès à 150 emplois - la majorité en CDD - et possède une base de données de 450 CV accessibles en ligne. L’association qui compte aujourd’hui deux salariés et une douzaine de bénévoles actifs multiplie les partenariats : dernière en date avec Adecco, "l’agence d’emploi leader sur l’intérim" comme l’indique son site internet. Elle travaille également en étroite collaboration avec les différentes associations d’aide aux migrants comme France Terre d’asile, Baam ou Singa.

Néanmoins, bien que le projet soit un succès, les préjugés entourant la crise migratoire persistent. "J’entends souvent dire que les réfugiés ne veulent pas s’intégrer ou qu’ils prennent le travail et l’argent des français", avoue Diane Binder. Mais la jeune femme ne se démonte pas et expose ses arguments implacables. "Selon Pôle emploi, on dénombre 400 000 emplois non-pourvus en France et la majorité sont dans des secteurs boudés par les français", insiste Diane qui rappelle que les réfugiés sont pour beaucoup diplômés mais qu’il existe peu d’équivalences entre les pays, ce qui les oblige à accepter d’autres métiers. "Le premier exemple qui me vient en tête est celui de Mahmoud, réfugié irakien, raconte la co-fondatrice. Il parle cinq langues, était architecte d’intérieur dans son pays mais aujourd’hui il travaille sur les chantiers".

Le principal obstacle reste encore les lacunes en français mais là encore Diane a réponse à tout. "Il faut que les gens comprennent que le travail est un accélérateur d’apprentissage de la langue et des codes culturels. Le meilleur facteur d’intégration en somme", analyse Diane ajoutant qu’"un réfugié n’est pas un problème mais une opportunité pour nos pays".

 

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