Une photo de l’exposition "SW5Y - Five Years of Civil Sea Rescue" | Photo : Sea-Watch/Fabian Melber
Une photo de l’exposition "SW5Y - Five Years of Civil Sea Rescue" | Photo : Sea-Watch/Fabian Melber

L’ONG allemande Sea Watch qui mène des opérations de sauvetage en Mer Méditerranée retrace ses cinq années d’existence dans une exposition à Francfort.

DW : le Sea-Watch 3 avait été place sous quarantaine fin février, début mars. Est-ce que le navire a repris la mer depuis ?

Jelka Kretschmar : Non. Le bateau se trouvait au port quand les mesures de confinement dues au coronavirus ont été annoncées. Il n’a donc plus été possible pour nous d’être en service ou même de faire venir des équipages à cause des restrictions de voyage sur les vols en avion. Nous avons adapté notre action, parce que nous devons nous assurer que nous pouvons protéger notre équipage et les personnes secourues en cas d’opération de sauvetage. Actuellement, une équipe est en quarantaine et se prépare à être déployée. En ce moment, être activiste demande énormément de temps parce qu’il faut se mettre en quarantaine avant et probablement après chaque opération en mer.


Que pouvez-vous nous dire de la situation actuelle en mer ?

De ce que nous savons, rien n’a vraiment changé concernant les départs de Libye. Après tout, une pandémie ne va pas réduire les souffrances des gens. La situation dans les camps de torture libyens n’a pas changée non plus. 

En d’autres termes, les gens continuent à fuir, à la seule différence que l’absence de navires civils implique que nous n’avons pas de moyens pour les secourir sur le terrain. Il y a  eu beaucoup d’urgences maritimes ces dernières semaines, dont un cas pour lequel nous savons que des personnes se sont retrouvées en mer pendant au moins six jours. 

Ces personnes sont soit mortes à cause de l’inaction des autorités européennes, ou ont été rapatriées de manière cordonnée de Malte vers la Libye en violation des lois internationales. Enfin, s’ajoutent au cas spécifiques que nous avons eu connaissance, les cas qui ne sont pas rapportés.

Une opration de secours de Sea Watch en 2015  Photo  2015 Sea-Watch

Il y a cinq ans, Sea Watch lançait ses opérations de sauvetage. Quels changements l’organisation a-t-elle connue depuis ?

Nous avons toujours encore les mêmes objectifs que lorsque nous avons démarré. C’est à dire que personne ne devrait se noyer aux portes de l’Europe, que nous avons besoin d’une mission de secours de l’Etat, qu’il nous faut des routes sûres pour ceux qui ont besoin de fuir. Cela n’a pas changé. Bien sûr, beaucoup de choses ont changé sur un plan opérationnel. Nous avons démarré avec une poignée d’activistes avant de grandir rapidement. Aujourd’hui, près de 500 bénévoles sont impliqués de manière régulière. 

La pandémie de coronavirus a tout fait passer au second plan ces derniers mois. Est-ce aussi le cas concernant la perception de la situation des migrants qui se trouvent en mer ?

Il y a eu des pics d’attention, comme en 2015 et en 2016, lorsque la migration a fait du bruit, et puis en 2019, avec les événements atour de Caoral Rackete, la capitaine du Sea-Watch 3.

Malheureusement, le sujet n’est plus intéressant pour beaucoup de personnes, bien que la situation n’a pas changée. Le taux de mortalité en Méditerranée est plus élevée qu’il y a cinq ans.

Bien évidemment, il y a toujours des rayons d’espoir, comme le fait que la région allemande de Thuringe vient tout juste d’adopter un programme d’accueil. C’est un bon signe.

Néanmoins, les politiques européennes sont devenues plus rigides et la politique d’isolement a été élargie. C’est évident quand on regarde les ressources mises à disposition la soi-disante garde côtière libyenne et cela se manifester par la criminalisation des secours en mer.

Des vestes de secours schent aprs une opration de Sea Watch  Photo  Sea-Watch

Comment votre exposition au Musée des cultures du monde de Francfort peut-elle permettre au public de mieux comprendre ce qui se déroule en Méditerranée et l’importance de Sea-Watch ?

D’un coté, c’est très important de voir que si nous, en tant que civils, avons été capables d’agir aussi rapidement et professionnellement en sauvant 37.000 vies en Mer Méditerranée, alors ce n’est rien de compliqué pour les autorités européennes qui en ont la responsabilité. 

Pendant cinq ans nous avons pris en charge des tâches dont nous ne devrions même pas nous occuper. Nous ne devrions même pas exister.

Nous souhaitons que cette exposition déclenche le dialogue parce que les gens ont accès à une approche plus détaillée au delà des reportages plus habituels des médias. Ils peuvent prendre leur temps pour se confronter à une série de points précis au cours de l’exposition. 

On imagine que vous ne ciblez pas uniquement le public déjà averti…

L’exposition met en lumière nos expériences, les procédures juridiques et la manière dont on criminalise le fait de porter secours. D’un coté, nous voulons approfondir la discussion pour ceux et celles qui se confrontent déjà à ce sujet, mais nous voulons aussi ramener la discussion au sein de la société.


Jelka Kretzschmar est responsable de la recherche et des médias chez Sea-Watch et l’une des deux curatrices de l’exposition "SW5Y - Five Years of Civil Sea Rescue"  qui court jusqu’au 30 aout au Musée des cultures du monde de Francfort (Weltkulturen Museum). L’entrée est limitée à cause de la pandémie de coronavirus. 


Auteur : Torsten Landsberg

Traduction : Marco Wolter

Source : dw.com

 

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