Une manifestation contre le racisme à Berlin | Photo: Reuters/C.Mang
Une manifestation contre le racisme à Berlin | Photo: Reuters/C.Mang

Selon un nouvelle étude, la discrimination raciale a fortement augmenté en Allemagne, que ce soit sur le lieu de travail, dans la recherche d’un logement, ou dans les activités du quotidien.

Comme ailleurs dans le monde, la mort de l’Afro-Américain George Floyd lors de son interpellation par la police à Minneapolis a déclenché un vaste mouvement de protestation en Allemagne.

Des dizaines de milliers de personnes sont allées manifester contre le racisme dans les grandes métropoles allemandes le week-end dernier, malgré les restrictions de rassemblements liées à la pandémie de coronavirus.

De nouvelles statistiques démontrent une progression du racisme dans le pays, et ce de manière significative.

Près de 1.200 plaintes

L’Agence anti-discrimination allemande (ADS) affirme avoir reçu 1.176 plaintes pour discrimination raciale, que ce soit sur le lieu de travail ou encore dans la recherche d’un logement. Cela représente une augmentaient de 10 % par rapport à l’année précédente. Le nombre de cas de racisme signalés a ainsi plus que doublé depuis 2015 et représente un tiers des plaintes reçues par l’ADS pour discrimination.

L’Allemagne a un "problème chronique avec la discrimination raciale et n’offre pas suffisamment de soutien juridique aux victimes", a expliqué Bernhard Franke, le directeur de l’agence, lors de la présentation du nouveau rapport de l’ADS.

Le sentiment d’être abandonné et seul face à l’injustice a "de graves conséquences sur le long terme qui mettent la cohésion sociale en danger", met en garde Bernhard Franke, ajoutant que "la discrimination épuise les gens".

Des manifestations en soutien au mouvement Black Lives Matter ont eu lieu dans toute lAllemagne  Photo  Getty ImagesMHitijProfondément ancré dans la société

Le préambule du rapport note que 2019 a été une année pendant laquelle "la haine et l’hostilité contre des groupes particuliers ont laissé des traces profondes et douloureuses", allant de l’assassinat par des sympathisants d’extrême droite de Walter Lübke, un homme politique conservateur favorable à l’accueil de réfugiés, à l’attaque terroriste contre une synagogue à Halle. De même, de nombreux petits incidents et la discrimination au quotidien ont également laissé des marques.

Le rapport cite un certain nombre de plaintes, pour mieux illustrer ce racisme ordinaire. 

Il y a par exemple cette coiffeuse qui raconte le cas d’une cliente, qui lance dans le salon "où est mon nègre, c’est lui que je préfère pour me masser le crâne!". Dans un autre incident, une autre personne raconte comment "un enfant à l’école a insulté mon frère parce qu’il a la peau noire. L’enfant l’a frappé. Le professeur a tout vu mais n’est pas intervenu."

Dans un autre exemple cité, un Syrien explique que "deux collègues d’un autre département m’ont approché, en riant, et m’ont demandé si j’étais celui qui fait café dans l’entreprise. Je suis un ingénieur de Syrie et employé comme ingénieur. Quand je leur ai dis ça, ils ont même commencé à rire encore plus fort et m’ont demandé si je travaillais en respectant les standards allemands ou syriens."

La partie émergente de l’iceberg

D’après le document, les personnes touchées ont le sentiment que la situation générale ne s’est pas améliorée ces dernières années. Même si des agressions ont choqué la société, "les inquiétudes, les peurs et les moments d’exclusion vécues par les personnes d’origine immigrée n’ont au final pas été pris au sérieux".

La violence, la haine et les campagnes de dénigrement ne sont que la partie émergente de l’iceberg des attitudes racistes et du ressentiment, qui devient apparente dans les actes de discrimination de tous les jours. Le rapport cite des petites annonces immobilières qui stipulent "pas d’étrangers", une discothèque dans laquelle certains se font interpeller par "des gens comme vous" ne causent que des problèmes, ou encore un patron qui minimise une blague raciste, expliquant que son employé "ne ne le pensait pas vraiment".

Par ailleurs, une personne sur trois ayant des origines étrangères affirme avoir connu ces dix dernières années une situation de discrimination en cherchant un logement. Dans le même temps, 41%  des personnes interrogées par l’ADS concèdent avoir de sérieuses réserves à louer un appartement à un immigré.

Des candidatures anonymes

En principe, la loi allemande interdit ce genre de discrimination, mais la protection juridique contre la discrimination raciale sur le marché immobilier est "caractérisée par certaines exceptions", selon l’étude, qui estime que la directive européenne contre le racisme n’a pas été suffisamment implémentée en Allemagne

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Sur le plan politique, la xénophobie et le racisme sont discutés au sein d’une commission spéciale du gouvernement, a expliqué la cheffe du parti CDU Annegret Kramp-Karrenbauer à la DW. Il sera notamment question de la possibilité d’introduire les "candidatures anonymes pour le logement et l’emploi". 

De son côté, le Land de Berlin vient de faire passer une loi anti-discrimnation audacieuse et inédite en Allemagne contre la discrimination, qui permet aux victimes de porter plainte et de réclamer des dommages et intérêts en cas de discriminations raciales, religieuses, sexuelles ou encore liées au handicap, perpétré par un membre des forces de l’ordre ou encore à l’école publique. 

L’un des points les plus controversés de cette nouvelle loi est qu’en cas de plainte contre un policier, ce n’est plus à la victime de prouver les faits mais au policier de prouver qu’il n’a pas commis les agissements qui lui sont reprochés

Le racisme parmi d’autres formes de discrimination

Enfin, le rapport de l’ADS affirme que c’est sur le lieu de travail ou lors de la recherche d’emploi que la discrimination est la plus présente. Arrivent ensuite les recherches de logement, la discrimination au quotidien dans les magasins, dans les bars et les restaurants, ou encore lors de démarches concernant les assurance et la banque.

S’ajoutent à cette discrimination basée sur l’origine ethnique, celles touchant au genre (29 %), au handicap (26 %), à l’âge (12 %), à la religion (7 %), à l’orientation sexuelle (4 %) et à l’idéologie (2 %).


Auteur : Ralf Bosen

Traduction et adaptation : Marco Wolter

Source: dw.com

 

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