Des migrants près de la gare d’Austerlitz, le 14 juin 2015. Crédit : Mehdi Chebil
Des migrants près de la gare d’Austerlitz, le 14 juin 2015. Crédit : Mehdi Chebil

À peine un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle française, les appels pour un meilleur accueil des migrants en Europe se multiplient. Associations et intellectuels interpellent directement les candidats pour que la crise migratoire prenne place dans le débat politique.

"La question migratoire qu’on a faussement appelé crise migratoire est en fait une crise des politiques migratoires", a déclaré la présidente de la Cimade lors d’une interview à France Inter jeudi 23 mars, ajoutant que "les candidats [à la présidentielle] sont soit avec des propositions inacceptables, soit silencieux". Un avis largement partagé par d’autres associations mais aussi des intellectuels qui ont décidé de tirer la sonnette d’alarme à quelques semaines du premier tour de l’élection présidentielle.

Une politique digne

Dans un communiqué intitulé "À ceux qui aspirent à nous gouverner", l’association d’intellectuels chrétiens Confrontations soutenus par 14 organisations dont ATD Quart Monde, CCFD-Terre solidaire ou la Cimade, exhorte l’actuel et futur gouvernement à "mettre en œuvre avec humanité le cadre juridique qui organise le séjour des étrangers" et s’élève contre "le harcèlement, l’intimidation ou la répression" que subissent les migrants et "les citoyens qui leur viennent en aide".

La tribune de six intellectuels publiée mardi 28 mars dans le quotidien Le Monde va dans le même sens réclamant une "politique digne (…) à l’égard des étrangers". Les signataires dont le sociologue Éric Fassin et la spécialiste de l’immigration Catherine Withol de Wenden rappellent à ce titre que quand l’Allemagne accueille un million de migrants, la France n’en "concède [que] 30 000 et ne les reçoit pas". En effet, depuis 2015 et l’accord de répartition des migrants dans l’Union européenne, l’hexagone n’a ouvert concrètement ses portes qu’a seulement 1 500 réfugiés.

En février déjà, la présidente du Secours catholique prenait à partie les candidats à la présidentielle. Dans une courte vidéo, Véronique Fayet dénonçait le délit de solidarité et la volonté de l’État d’entraver toute action humanitaire. "Trouvez-vous normal que l’action humanitaire des associations mais aussi des citoyens soient entravés par les pouvoirs publics ?", se demandait-elle. Partout ailleurs en France, de simples citoyens portant assistance à des étrangers sont quotidiennement interpellés. C’est le cas notamment dans la vallée de la Roya (près de Nice) où l’agriculteur Cédric Herrou - le cas le plus médiatisé - a été condamné à 3 000 euros d’amende avec sursis pour avoir pris en charge des migrants sur le sol italien.  "Pour nous, la solidarité est un devoir", insiste la tribune publiée dans le Monde. "La question n’est-elle pas, à l’inverse, de pouvoir mobiliser l’ensemble de nos concitoyens autour d’une politique solidaire et partagée envers les migrants et leurs mondes ?", s’interrogent encore les intellectuels.

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L’Europe en question

L’association Confrontations et la tribune des intellectuels accusent directement l’État français de ne pas respecter ses engagements et de bafouer les droits des étrangers. "Est en jeu ici, l’attachement aux valeurs de l’hospitalité", avertit l’organisation chrétienne. Dans son rapport annuel publié mi-février, l’ONG Amnesty international s’était alarmée de l’accueil "difficile" des migrants et réfugiés en France et avait dénoncé "l'adoption de mesures et de lois qui bafouent de manière systématique et inquiétante les droits de l'Homme".

L’Europe aussi est montrée du doigt dans sa gestion de la crise migratoire : "Quand des migrants fuient la misère et la guerre, elle [l’Europe] trie les ‘bons’ des ‘mauvais’, invente des camps de rétention, détruit leurs campements comme à Calais, les expulse et les renvoie à leur misère ou à leur mort", signale la tribune. Une référence directe aux afghans, soudanais, érythréens… renvoyés dans leur pays malgré les risques pour leur sécurité.  Une référence aussi à la distinction qui est faite entre migrant économique et réfugié de guerre et également à la Hongrie, où le conservateur Viktor Orban n’en finit pas de provoquer l’Union européenne avec la construction de nouveaux murs anti-migrants. "Le légitime contrôle des frontières ne doit pas conduire à de nouveaux murs", préviennent aussi  les intellectuels chrétiens qui rappellent la nécessaire unité de l’Europe car "aucun pays ne peut gérer à lui seul cette question".

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D’autant que le continent voit se multiplier les mouvements populistes qui gagnent peu à peu du terrain. C’est le cas en Hongrie comme évoqué précédemment, en Autriche où le parti d’extrême-droite est arrivé au second tour de l’élection présidentielle, au Danemark où la ministre de l’immigration mise sur une politique ultra-répressive contre les migrants, ou encore en France où le Front national (FN) est donné favori dans les sondages...  "Il est urgent d’entendre, et de faire entendre, un autre discours - faute de quoi le sens commun xénophobe continuera de s’imposer", suggèrent les auteurs de la tribune aux candidats à la présidentielle française.
 

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