L'Ocean Viking va reprendre la mer en direction des côtes libyennes. Crédit : SOS Méditerranée
L'Ocean Viking va reprendre la mer en direction des côtes libyennes. Crédit : SOS Méditerranée

L'Ocean Viking quittera le port de Marseille samedi pour se diriger au large des côtes libyennes et porter secours à des embarcations de migrants en détresse. Le navire humanitaire de l'ONG SOS Méditerranée n'a pas effectué de mission en mer depuis trois mois en raison de la crise sanitaire.

Après trois mois d'arrêt en raison de la crise sanitaire, l'Ocean Viking va lever l'ancre du port de Marseille, dans le sud de la France, samedi 20 juin pour rejoindre la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone) au large de la Libye.

"On sait qu'on va retrouver une situation humanitaire tragique et le coronavirus n'est pas encore tout à fait derrière nous, mais il y a urgence de repartir pour mener notre mission étant donné l'ampleur des besoins humanitaires", a déclaré à l'AFP Sophie Beau, directrice générale de SOS Méditerranée, association qui affrète le navire humanitaire.

Pendant un mois, plus aucun navire d'ONG ne patrouillait en Méditerranée centrale. Les deux seuls bateaux qui bravaient le coronavirus et la fermeture des frontières avaient été saisis par les garde-côtes italiens début mai, faisant craindre des "naufrages invisibles".

Depuis le 8 juin, deux autres navires humanitaires ont repris leurs activités, d'abord le Sea Watch 3 puis le Mare Jonio. Le premier a porté secours mercredi 17 juin à plus de 100 migrants au large de la Libye.

"Un, deux, trois navires, ça ne suffira pas à couvrir la zone, il faut remettre en place une flotte étatique comme en 2013/2014 avec l'opération italienne Mare Nostrum", réclame Sophie Beau. "On a bien vu que malgré l'absence de navires humanitaires, les traversées continuaient", ajoute-t-elle.

Environ 200 morts en mer depuis le début de l'année

Selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les départs de Libye et de Tunisie ont augmenté de 151% entre début janvier et fin mai, comparé à la même époque l'an dernier (10 936 personnes contre 4 351). En avril, les départs de Libye ont même augmenté de 341%, tandis que le mois de mai a vu une explosion des départs de 751% depuis la Tunisie (1 378, contre 162 en mai 2019).

Seules 7 000 personnes environ ont atteint les côtes européennes. Que sont devenues les autres ? Rattrapées par les garde-côtes ? Disparues en mer ?

>> À (re)lire : Sea Watch : "Nous ne devrions même pas exister"

Le HCR recense 186 personnes ayant péri dans cette zone depuis le 1er janvier alors que l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) en décompte 269.

"Vu qu'il n'y avait personne en mer à un moment, c'est difficile d'avoir des chiffres fiables, c'est potentiellement beaucoup plus", reconnaît Sara Abbas, représentante de l'OIM en France.

Un naufrage documenté, dans la nuit du 4 au 5 juin au large de la Tunisie, qui a fait une soixantaine de morts juste avant la reprise des opérations humanitaires, a remis un coup de projecteur sur ces risques : "C'est ce qu'on redoutait", résume Sophie Beau. "On sait bien que quand il n'y a pas de navire, les gens risquent leur vie."

 

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