L'Allemagne procède en moyenne à 20.000 expulsions par an, la plupart dans le cadre du règlement de Dublin | Photo: picture-alliance/dpa/D. Maurer
L'Allemagne procède en moyenne à 20.000 expulsions par an, la plupart dans le cadre du règlement de Dublin | Photo: picture-alliance/dpa/D. Maurer

L’Allemagne s’est dite prête à reprendre les expulsions de migrants vers d’autres pays de l’Union européenne dans le cadre du règlement de Dublin. Ces transferts étaient suspendus depuis fin mars en raison de la pandémie de coronavirus.

Le ministre allemand de l’Intérieur, Horst Seehofera, confirmé à l’agence de presse DPA que Berlin va reprendre les transferts de demandeurs d’asile qui avaient déjà entamé une procédure d’asile dans un autre pays membre de l’Union européenne (UE).

Le règlement de Dublin oblige une personne à faire sa demande d’asile dans le pays par lequel elle est entrée dans l’UE afin d’empêcher qu’un migrant ne dépose des demandes dans plusieurs États.

Ces transferts ont été mis en pause le 23 mars à cause des restrictions de voyage liées à la pandémie de coronavirus.

"Puisque nous levons les restrictions aux frontières et les alertes aux voyageurs au sein de l’UE, nous avons à nouveau la possibilité de mener à bien les transferts Dublin", a expliqué le ministère.  

La liberté de circuler 

L’Allemagne, comme beaucoup d’autres États de l’UE, a levé lundi 15 juin les contrôles à ses frontières avec les pays voisins ainsi que certaines restrictions de voyage.

Berlin se prépare également au retour à la liberté de circulation pour les personnes et les biens dans l’ensemble de l’espace Schengen et le Royaume-Uni à partir du 21 juin, selon une déclaration à la presse du ministre allemand de l’Intérieur datant du 10 juin. 

Les "transferts Dublin" doivent débuter avec les pays voisin de l’Allemagne. Chaque expulsion devra respecter des règles sanitaires pour continuer à lutter contre la propagation du coronavirus.

Une personne montrant des symptômes de contamination devra rester en Allemagne le temps de passer un test de dépistage et d’être guérie dans le cas d’un test positif.

Davantage de transparence

Le directeur de l’ONG Pro-Asyl Günter Burkhardt estime que le gouvernement allemand n’est pas totalement transparent dans la diffusion des informations sur la reprise des transferts. Selon lui, les renvois de personnes vers l'Italie et la Grèce, deux pays par lesquels la plupart de migrants arrivent en Europe, sont irresponsables.

"En Italie, même avant le coronavirus, des problèmes attendaient ceux qui y étaient renvoyés. Beaucoup de ces personnes se retrouvent sans abri", constate Günter Burkhardt dans une interview à la DPA. Il craint que les difficultés économiques qui frappent l’Italie vont rendre la situation encore plus dure pour les migrants et demandeurs d’asile.

L’Italie et la Grèce critiquent depuis longtemps le règlement de Dublin qu’ils estiment injuste, puisqu’il fait reposer sur eux le poids des demandes d’asile en Europe.

Après des mois de crise l’été dernier - pendant lesquels des navires humanitaires se voyaient refuser l’accès aux ports italiens et maltais pour y débarquer des migrants secourus en mer Méditerranée - un accord avait été trouvé en septembre dernier avec certains États, dont l’Allemagne. 

Italie, Malte, Grèce

Le texte prévoyait la possibilité pour d’autres États d’accueillir volontairement des migrants arrivant en Italie et à Malte. Mais l’application de cet accord se fait depuis au cas par cas et au nom de la pandémie de coronavirus, Rome et La Valette ont à nouveau bloqué leurs ports.

En Grèce, le transfert de 1 600 migrants particulièrement vulnérables et de mineurs non-accompagnés avait été annoncé au printemps. Pour le moment, seule une poignée d’Etats ont commencé à accueillir ces personnes et seuls quelques centaines de migrants ont effectivement quitté la Grèce.

Le parti de gauche Die Linke a récemment milité pour l’arrêt des "transferts Dublin" et pour que l’Allemagne accueille 10 000 migrants vivant actuellement en Grèce, notamment dans des camps surpeuplés et saturés.

Mais pour Günther Burkhardt cité par le journal TAZ, c’est encore insuffisant. Il propose que l’Allemagne accueille l’ensemble des demandeurs d’asile dont le dossier est en cours d’instruction. Plus de 100 000 migrants et demandeurs d’asile se trouvent actuellement en Grèce.

D’après TAZ, la coalition gouvernementale formée par les conservateurs de la CDU-CSU et les socio-démocrates du SPD ont mis un véto à cette idée. "Les gens attendent de nous des solutions réalistes", a expliqué Lars Castellucci, porte-parole du SPD au Parlement fédéral. 

Traduction : Marco Wolter

 

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