Des demandeurs d'asile faisant la queue à Chypre. Crédit : Reuters
Des demandeurs d'asile faisant la queue à Chypre. Crédit : Reuters

Procédures d'asile accélérées, moins de délai pour faire appel, plus de rigueur pour les visas étudiants… Chypre a annoncé, jeudi, une série de mesures pour commencer à réformer son système d'asile complètement saturé. Il faut en moyenne trois à cinq ans actuellement pour qu'une demande soit instruite.

Pour faire face à l'explosion ces dernières années du nombre de demandes de protection déposées à Chypre, Nicosie durcit sa politique migratoire. La première priorité du gouvernement chypriote est de réduire le temps d'instruction des dossiers d'asile qui tourne actuellement autour des trois à cinq ans. Le ministre de l'Intérieur, Nicos Nouris, a annoncé jeudi 18 juin qu'il prévoyait de faire passer ce délai à 50 jours maximum, tandis que près de 20 000 demandes sont actuellement en attente dans le pays, rapport l'agence de presse AP.

Pour alléger le traitement des dossiers, le ministre a prévenu que les demandes déposées par des ressortissants de 21 pays considérés comme sûrs, dont l'Égypte, le Nigeria, la Bosnie, les Philippines ou encore le Vietnam, seront immédiatement considérées comme "sans fondement" et donc rejetées. À moins que les demandeurs ne puissent prouver que leur vie est menacée en cas de retour dans le pays d'origine.

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Le projet de loi, qui doit être approuvé le mois prochain, modifie également la Constitution afin de réduire le délai de contestation possible pour un débouté. Celui-ci n'aura plus que 15 jours pour faire appel d'une décision négative contre 75 jours actuellement.

Une demande d'asile sur deux à Chypre est "infondée"

Le ministre Nicos Nouris a, en outre, indiqué que les conditions d'obtention des visas étudiants seraient elles aussi musclées, notamment pour dissuader les demandeurs d'asile de convoiter ce type de documents à défaut de réussir à avoir l'asile. 

“Actuellement, 50% des migrants à Chypre demandent l’asile sans fondement, c’est à dire qu’il utilisent les lenteurs administratives pour pouvoir rester trois à cinq ans sur le territoire en attendant une décision qui, ils le savent, sera négative. C’est le cas de beaucoup d’Indiens, de Bangladais ou encore de Sri Lankais”, expliquait l'année dernière à InfoMigrants Katja Saha, représentante à Chypre du Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR). Selon elle, ces demandeurs d’asile "infondés" arrivent généralement en tant qu’étudiants ou travailleurs domestiques et lorsque leur visa expire, ils restent à Chypre.

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En vertu de la nouvelle politique migratoire à Chypre, les étudiants étrangers inscrits dans des établissements chypriotes devront désormais fournir des documents bancaires attestant qu'ils sont en mesure de payer au moins leur première année de scolarité, indique Nicos Nouris. Le ministre précise que ces mêmes étudiants devront également signer une déclaration selon laquelle ils ne sont pas en danger en leur pays d'origine pour prouver qu'ils ne sont pas des demandeurs d'asile déguisés. "Ceux qui trompent le système et restent à Chypre sans faire face à un réel danger dans leur pays privent de l'asile ceux qui ont vraiment besoin d'une protection", a commenté le ministre.

Un accord "impératif" de répartition des migrants dans l'UE

Nicos Nouris en appelle aussi à la solidarité de l'Union européenne (UE) et réclame une politique migratoire commune aux Vingt-sept afin de répartir les demandeurs d'asile proportionnellement aux capacités du pays d'accueil. Il souhaiterait que ceux qui refusent de jouer le jeu soient privés d'une partie des financements alloués par Bruxelles en la matière. Il est, selon lui, "impératif" que les pays membres de l'UE parviennent à un accord de répartition solide lorsque les ministres de l'Intérieur de l'Union s'attaqueront au problème le mois prochain lors d'une réunion.

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Au delà de la question de la répartition des migrants, le ministre chypriote exhorte aussi l'UE à négocier des accords diplomatiques avec des pays comme l'Afghanistan, le Népal, le Pakistan et l'Inde afin de faciliter les renvois de ces ressortissants dont la demande d'asile a été rejetée. Nicos Nouris se dit prêt à passer ces accords seul, si les Vingt-sept ne parviennent pas à s'entendre à ce sujet le mois prochain.

Martelant le discours tenu par Nicosie depuis des mois, Nicos Nouris a rappelé que Chypre, avec sa population de moins d'un million, détenait la plus grande proportion de migrants par habitant en Europe. Environ trois migrants sur quatre accueillis sur cette petite île, européenne depuis 2004, arrivent via la partie nord du territoire sous occupation turque, avant de traverser une zone tampon contrôlée par les Nations unies pour entrer dans la partie sud reconnue par la communauté internationale.

 

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