Les obstacles administratifs et la crainte de représailles intimide les réfugiés érythréens en Allemagne | Photo: Picture-alliance/dpa/arifoto UG/M.Reichel
Les obstacles administratifs et la crainte de représailles intimide les réfugiés érythréens en Allemagne | Photo: Picture-alliance/dpa/arifoto UG/M.Reichel

La loi allemande prévoit la possibilité pour un réfugié de faire venir son ou sa partenaire et ses enfants en Allemagne. Mais pour les Erythréens, le regroupement familial s'avère souvent impossible.

Une personne qui obtient le statut de réfugiée en Allemagne est autorisée à faire venir son époux, épouse ou partenaire, tout comme les enfants de moins de 18 ans dans le cadre de la loi sur le regroupement familial.

Mais pour les Erythréens, qui représentent le plus grand groupe de réfugiés africains en Allemagne, les obstacles restent nombreux.

En 2019, les ambassades allemandes en Ethiopie, au Soudan et au Kenya ont reçu près de 1.650 demandes de visa de la part de famille érythréennes qui souhaitent être réunies. Si ces demandes se font dans des pays voisins, cela tient au fait que l’ambassade d’Allemagne en Erythrée ne dispose pas d’un bureau de visa. 

Sur ces quelque 1.650 demandes, seules 48 % ont été acceptées, selon une réponse du gouvernement à une question posée au Parlement fédéral allemand par le parti de gauche Die Linke.

D’une part, les agents consulaires "soupçonnent systématiquement" les certificats de mariage issus par les églises en Erythrée d’être des faux, affirme Ulla Jelpke, députée de Die Linke.

Le ministère allemand des Affaires étrangères assure cependant ne pas avoir eu d’autre choix que de rejeter ces certificats. "A cause de la variété de formats de documents qui existent, il n’y a pas de moyen sûr pour les ambassades allemandes de vérifier l’exactitude formelle et textuelle des certificats de mariage religieux érythréens", affirme la réponse adressée au Parlement. 

Cela oblige les réfugiés ou leurs époux et épouses de s’adresser à des officiels en Erythrée afin de faire enregistrer leur mariage et se voir délivrer un document reconnu par le gouvernement allemand. 

"Ces conditions à remplir sont insupportables et doivent être changées le plus vite possible", affirme Ulla Jelpke.

Le prsident rythren Isaias Afwerki  gauche est accueilli par le premier ministre thiopien Abiy Ahmed en 2018 alors que les deux pays tentent de rchauffer leurs relations  Photo  Picture-allianceAP PhotoMAyene

Car il existe de nombreuses raisons pour expliquer la défiance des réfugiés érythréens vis à vis de leur propres autorités consulaires et pourquoi ils préfèrent ne pas les approcher. Tout d'abord, l'Erythrée est considéré comme étant l'un des pays les plus répressifs au monde.

Le président Isaias Afewerki se sert des risques de conflit avec l’Ethiopie voisine pour justifier sa gestion autoritaire, dont la suspension de médias indépendants, la répression de dissidents et le tristement célèbre service militaire national lors duquel beaucoup sont réduits pendant plusieurs années à des travaux forcés et souffrent d’abus physiques.

Malgré la signature d’un accord de paix avec l’Ethiopie en 2018, la situation n’a pas évolué.

"La démocratie et l’Etat de droit ne sont pas garantis, le système politique est répressif. Il n’y a pas de liberté de la presse et la société civile est marginalisée. Les droit humains sont sévèrement restreints", affirme un rapport du ministère allemand des Affaires étrangères.

Fin 2018, plus de 507.000 Erythréens ont ainsi fui leur pays, soit un peu moins de 10 % de la population totale, selon les chiffres du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

Selon un rapport de Human Rights Watch en 2020, "quitter le pays sans permission est illégal et les individus qui tentent de fuir risquent être abattus par balle, tués ou arrêtés".

Ce contrôle de l’Etat s’opère aussi à l’étranger. Ainsi, les réfugiés sont peu enclins à l’idée d’approcher leurs services consulaires, par peur de représailles contre leurs familles restées au pays.

Plus de 40000 Erythrens disposant du statut de rfugi vivent en Allemagne  Photo  Picture-alliancedpaSGollnow

La "taxe sur la diaspora"

A cette peur s’ajoute la crainte de la "taxe sur la diaspora", qui est un impôt pour les Erythréens vivant à l’étranger, qui sont cessés s’acquitter d’une taxe de 2 % sur leurs revenus à reverser à l’Etat érythréen.

"Si quelqu’un se rend à l’ambassade de l’Erythrée en Allemagne pour obtenir des documents, la personne n’est pas directement menacée physiquement. Mais il arrive que la pression soit exercée sur les proches restés au pays ou que la personne soit obligée de payer la taxe sur la diaspora", explique Nicole Hirt, experte de l’Erythrée à l’institut allemand GIGA.

L’ambassade érythréenne en Allemagne confirme en effet que ses citoyens sont censés payer ce qu’elle appelle une "contribution solidaire" et a confirmé que les Erythréens ne peuvent accéder aux services de l’Etat s’ils ne paient pas la taxe. 

Pour le gouvernement allemand, "la perception de la taxe de reconstruction par l’Erythrée ne viole pas la loi allemande et ne parait pas fondamentalement déraisonnable". 

La "déclaration de repentance" 

L’ambassade de l’Erythrée obligerait aussi ses citoyens vivant à l’étranger à faire une "déclaration de repentance" dans laquelle ils reconnaissent que leur fuite était illégale et acceptent de pouvoir être punis s’ils retournent en Erythrée. 

Ce dispositif aussi n’est pas considéré comme problématique par les Affaires étrangères allemandes. "Le gouvernement fédéral n’a pas de preuves que la signature de la soi-disante 'déclaration de repentance' aggrave fondamentalement à la position légale des signataires ou que leurs proches soient exposées à des risques de représailles en Erythrée."

L’ambassade d’Erythrée à Berlin a assuré à la DW que la déclaration est un document des autorités migratoires du pays qui vise à prévenir la migration clandestine et le fait de le signer ne résulte pas automatiquement en sanction. 

Néanmoins, en 2016, Sheila Keetharuth, l’ancienne Rapporteuse spéciale sur la situation des droits de l'homme en Erythrée, a mis en garde contre cette déclaration de repentance qui donnerait un "blanc-seing" aux autorités érythréennes pour violer les droits des réfugiées retournant au pays.

De longs délais d’attente

Il arrive aussi que les réfugiés et leurs familles rencontrent des problèmes plus ordinaires. Réussir à voir un agent consulaire peut prendre du temps : le temps d’attente moyen est de 14 mois à Nairobi, de 13 mois à Addis Abeba et de dix mois à Khartoum. 

"Ces temps d’attente interminables doivent être raccourcis en urgence", estime Ulla Jelpke de Die Linke.

Les autorités consulaires érythréennes nous ont répondu qu’elles "ont les temps d’attente à l’œil" et font tout pour améliorer la situation, notamment en renforçant le personnel.

En attendant, les réfugiés érythréens et leurs familles continuent à garder leur mal en patience.


Auteur : Daniel Pelz

Traduction : Marco Wolter

Source: dw.com

 

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