Un migrant durant une manifestation en faveur d'une régularisation des sans papiers, à Naples le 19 mai 2020. Photo: ANSA / Ciro Fusco
Un migrant durant une manifestation en faveur d'une régularisation des sans papiers, à Naples le 19 mai 2020. Photo: ANSA / Ciro Fusco

Un rapport d'Amnesty International pointe le racisme et les violences subies par les populations marginalisées, dont les migrants, à travers toute l'Europe. Une situation qui n'est pas nouvelle, et qu'InfoMigrants a régulièrement documentée, mais qui a été exacerbée pendant la pandémie de coronavirus, affirme l'ONG.

Alors que les manifestations antiracistes et contre les violences policières secouent plusieurs pays du monde, Amnesty International attire l'attention sur le sort des ''marginalisés'' et des ''minorités ethniques'', dont notamment les migrants. 

Dans un rapport publié mercredi 23 juin, l'ONG affirme que ces personnes subissent ''des violences, des contrôles d’identité discriminatoires, des mesures de mise en quarantaine forcée et des contraventions''. Autant de pratiques jugées discriminatoires qui sont répandues à travers les pays européens, dont la France, l'Espagne, la Belgique, la Grèce et l'Italie. 

Si elles ne sont pas nouvelles, ces pratiques discriminantes - dont InfoMigrants se fait régulièrement l'écho au travers de nombreux témoignages - auraient été exacerbées en temps de Covid. ''Dans le cadre du contrôle du respect des mesures de confinement liées à la pandémie de Covid-19, la police a visé de manière disproportionnée les minorités ethniques et les groupes marginalisés dans toute l’Europe'', écrit Amnesty International.

Confinements à deux vitesses, discrimination dans les magasins

L'ONG se penche particulièrement sur les mesures de quarantaine et de confinement appliquées aux migrants des camps et des foyers d'hébergement, estimant que celles-ci diffèrent, par leur rigueur et leur durée, avec celles imposées au reste de la population des pays concernés.

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''Pendant l’état d'urgence en Serbie, par exemple, les autorités ont imposé un régime spécial visant de manière sélective les centres d’hébergement des personnes réfugiées, migrantes et demandeuses d’asile administrés par le gouvernement, peut-on lire dans le rapport. Elles leur ont appliqué des mesures strictes de quarantaine obligatoire 24 heures sur 24 et ont déployé l’armée pour surveiller le couvre-feu.'' Outre la Serbie, l'Allemagne et Chypre sont visés dans le rapport pour la mise en place de ce genre de ''mesures sélectives''.

Rappelons, toutefois, que cette situation dépasse les frontières de ces pays. En Grèce, les camps d'accueil de migrants sont traités comme des espaces à part : confinés avant le reste de la population, les résidents de ces lieux sont actuellement toujours sous le coup de réglementations strictes, sans que la situation sanitaire à l'intérieur ne l'exige, et ce jusqu'au 5 juillet, soit plus de deux mois après la fin des mesures de confinement dans le reste du pays. Dans le nord de l'Italie, le camp Roya de Vintimille, construit pour faire face à l'afflux de migrants qui ont recommencé à arriver depuis la mi-mai, devrait lui aussi garder portes closes jusqu'à fin juillet.

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''De manière générale, les restrictions disproportionnées en matière de liberté de mouvement qui ciblent les minorités ethniques ou les réfugiés, demandeurs d'asile et migrants, sans preuve que ces personnes représentent une menace objective à la santé publique ou à la sécurité, font porter un poids inutile et disproportionné sur ce groupe et relève de la discrimination'', dénonce encore le rapport.

Au-delà des mesures de confinement, les expériences individuelles de certains migrants dénotent des différences de traitement avec le reste de la population, selon des témoignages. Un migrant originaire d'Afrique de l'Ouest a confié à InfoMigrants avoir été à plusieurs reprises victime de racisme dans les commerces de la ville de Mytilène, sur l'île de Lesbos où il se trouve. ''Avant le confinement, j'ai voulu acheter un cache-nez [pour faire office de protection contre le coronavirus, NDLR], j'ai essayé plusieurs pharmacies mais, à chaque fois, on me disait qu'il n'y en avait pas. Je voyais pourtant plusieurs Blancs en acheter dans ces mêmes magasins...''

Des policiers face à un migrant dans la Seine : ''Tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied''

En temps de Covid, la France, et plus précisément Calais, n'a de son côté pas brillé par sa bienveillance envers les migrants, accuse encore Amnesty. ''Entre le 18 mars et 22 avril, [l'ONG] Human rights observers a dénombré 13 cas d'usage de la force excessif ou arbitraire de la part des forces de l'ordre à l'encontre des migrants'', tance l'ONG, précisant que des violences policières contre les migrants à Calais sont régulièrement dénoncées, hors période de Covid, par les associations sur place.

Des policiers calaisiens ont notamment violenté deux migrants érythréens, le 27 mars, fracturant le bras de l'un d'eux, alors qu'ils se rendaient à une distribution de nourriture en début d'après-midi, rapporte l'ONG. Les deux victimes ont déposé plainte et rapporté les faits à la police des polices (IGPN).

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Une équipe d'Amnesty a également pu consulter et vérifier des dizaines de vidéos ''montrant des agents de police utiliser la force illégalement, alors qu’elle n’était souvent pas nécessaire''. Dans l'une d'elles, Samir, un Égyptien de 27 ans, résidant en France depuis 10 ans, ''est poursuivi par la police avant de se jeter dans la Seine à l’Île-Saint-Denis, le 26 avril 2020'', indique l'ONG. Les policiers le désignent alors par le terme péjoratif de ''bicot'' et rient. ''L’un ajoute : 'Tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied'", poursuit le rapport. Samir est ensuite frappé dans le fourgon de police et est maintenu en garde à vue. Bien qu’il n’ait jamais été inculpé, il a reçu l’ordre de quitter le pays. Les deux policiers identifiés ont été suspendus de leurs fonctions pour insultes racistes.''

En France, plusieurs manifestations en soutien aux migrants ont eu lieu ces dernières semaines dans le sillage du mouvement américain Black Lives Matter. Début juin, une centaine de personnes s'étaient par exemple rassemblées dans la ville de Ouistreham, dans le Calvados, après la publication d'une vidéo montrant une intervention, jugée violente et inutile, de la police contre des migrants soudanais installés sur un trottoir, selon France 3 régions. Les manifestants dénonçaient une multiplication de ces actions musclées et réclamaient la fin du ''harcèlement au faciès''.

 

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