Ces deux rescapés attendent à bord de l'Ocean Viking depuis le 25 juin. Crédit : SOS Méditerranée / Flavio Gasperini
Ces deux rescapés attendent à bord de l'Ocean Viking depuis le 25 juin. Crédit : SOS Méditerranée / Flavio Gasperini

L'Ocean Viking, qui a porté assistance en Méditerranée à 118 migrants fuyant la Libye, a déjà formulé "trois demandes" à l'Italie et à Malte pour se voir attribuer un port de débarquement. Aucune réponse n'a été reçue pour l'instant, a indiqué lundi SOS Méditerranée, l'ONG qui affrète le navire, s'inquiétant d'une montée des tensions à bord.

Malgré des appels répétés aux autorités italiennes et maltaises, l'Ocean Viking, de l'ONG française SOS Méditerranée, fait toujours du sur place en mer, dans l'attente de pouvoir débarquer ses rescapés. "Nous avons formulé trois demandes, vendredi matin, samedi et aujourd'hui (lundi) en fin de matinée, mais nous n'avons pas eu de réponse, même pas un accusé de réception" de la part des autorités concernées, a déploré lundi 29 juin la porte-parole de SOS Méditerranée, Laurence Bondard, auprès d'un journaliste de l'AFP embarqué à bord de l'Ocean Viking.

"C'est inacceptable et illégal au regard du droit maritime international qui est très clair : toute personne sauvée en mer doit pouvoir être débarquée le plus rapidement possible dans un lieu sûr", a ajouté la porte-parole du navire qui a relancé ses opérations le 22 juin après trois mois d'arrêt lié à la crise sanitaire.

La première opération de sauvetage s'est déroulée mercredi à la croisée des eaux territoriales maltaises et italiennes, tandis que la seconde a eu lieu quelques heures plus tard dans les eaux maltaises, selon l'ONG. Au total, 118 personnes ont été secourues.

L'accostage de bateaux de migrants reste soumis à de strictes règles en raison de l'épidémie du coronavirus. Vingt-huit migrants, sur les 209 secourus en Méditerranée par l'ONG allemande Sea-Watch puis placés en quarantaine sur un ferry touristique dans un port sicilien, ont ainsi été testés positifs au Covid-19 la semaine dernière. Les autorités maltaises ont mis en place un système similaire de quarantaine en mer sur des bateaux de tourisme.*

Un homme en isolement évacué d'urgence du navire

Du côté de l'Ocean Viking, un protocole stricte a été mis en place avec notamment une évaluation médicale et la prise de température dès l'arrivée des rescapés à bord. L'un d'entre eux, un Pakistanais qui avait été placé à l'isolement, a dû être évacué, lundi soir, vers un navire des garde-côtes italiens pour raisons médicales, a indiqué sur Twitter SOS Méditerranée.

Pour autant, la situation est de plus en plus tendue à bord. Laurence Bondard insiste sur l'urgence de débarquer les migrants qui "commencent à être anxieux", a-t-elle fait savoir. Car en plus de la longue attente en mer et de l'incertitude autour du coronavirus, certains migrants ont commencé à menacer de sauter à l'eau pour rejoindre les côtes à la nage. Leur revendication fait l'unanimité sur le bateau : "On veut parler à nos familles. Je suis resté longtemps en mer, je n'ai pas prévenu la famille qui doit penser que je suis mort. Je suis sûr que mes enfants se disent 'papa est mort'", explique à l'AFP Saïd, un Égyptien de 35 ans au bord des larmes.

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Avec les esprits qui s'échauffent, des rumeurs font aussi leur apparition : "Les Bangladais à bord auraient accès à un réseau wifi et pourraient secrètement être en lien avec leur famille", rapporte l'AFP. "Soyez patients", leur a répété l'équipe de SOS Méditerranée, dont plusieurs membres se sont succédé sur le pont pour déminer la frustration. Et éviter de revivre les scènes improbables vécues sur d'autres bateaux d'où des migrants à bout de patience se sont déjà jetés à l'eau par le passé pour tenter de rallier la terre à la nage.

Dans l'immédiat, décision a été prise de donner plus d'espace en ouvrant par exemple un conteneur servant habituellement d'abri aux femmes - il n'y en a qu'une à bord, cette fois, avec son mari.

 

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