Vue de la capitale maltaise, La Valette. Crédit : Picture alliance
Vue de la capitale maltaise, La Valette. Crédit : Picture alliance

Alors que le sans-abrisme est illégal à Malte, un petit groupe de migrants s'est mis à dormir dehors, à proximité des contreforts de La Valette, la capitale maltaise. Ils ont été contraints de quitter leur centre d'hébergement pour faire de la place aux nouveaux arrivants, mais ne parviennent pas à se loger par eux-mêmes.

Au moins une douzaine de migrants, principalement des demandeurs d'asile africains, ont commencé à dormir à la rue depuis quelques jours aux portes de la ville fortifiée de La Valette, la capitale de Malte. Le quotidien local Times of Malta rapporte que le groupe a été expulsé de l'un des rares centres d'hébergement (open center) présents sur cette petite île européenne d'à peine 500 000 habitants. Certains d'entre eux attendent toujours que leur dossier d'asile soit instruit, tandis que d'autres affirment faire l'objet d'une procédure de transfert vers un pays européen tiers, dans le cadre des accords de répartition européens trouvés au fur et à mesure des sauvetages de migrants effectués en Méditerranée.

En théorie, les demandeurs d'asile à Malte peuvent bénéficier d'une place en centre d'hébergement pour une durée allant jusqu'à un an en accord avec AWAS, l'agence gouvernementale dédiée aux migrants. Pendant cette période, les demandeurs d'asile sont censés trouver une source de revenus stable leur permettant de subvenir à leurs besoins une fois qu'ils quitteront le centre d'hébergement.

Mais en pratique, les migrants à Malte peinent à s'intégrer et à mener une vie normale. Bien que les demandeurs d’asile aient le droit de travailler, la plupart sont cantonnés dans des emplois très physiques, dans la construction ou la restauration. La procédure d'embauche est également un véritable sacerdoce administratif pour l’employeur qui choisit donc bien souvent une main d’oeuvre au noir plutôt que de se lancer dans des mois de paperasse pour obtenir un permis de travail à renouveler chaque année.

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Sans emploi stable ni officiel, il est quasiment impossible de se loger dans le parc privé pour des demandeurs d’asile qui ne perçoivent au mieux que 120€ d’aide par mois. "Il n’y a aucune régulation du marché locatif à Malte, les loyers sont très chers et le sans-abrisme est illégal", explique Claudia Taylor-East, directrice de l'ONG SOS Malta, rencontrée par InfoMigrants fin 2019.

Une situation qui donne lieu à de nombreux abus et à l’apparition de plus en plus de marchands de sommeil sur l’île. Des étables où dormaient à même le sol une centaine de migrants africains ont d'ailleurs été évacuées par la police l'été dernier. Les migrants, incapables de se loger par leurs propres moyens, payaient 100€ par mois pour vivre dans des conditions déplorables. Le marché n’étant pas contrôlé, le propriétaire du lieu n’a jamais été inquiété par la justice.

"Nous avons un vrai problème d’inclusion sociale et de xénophobie"

L'ONG Aditus, qui confirme que des migrants sans-abri ont commencé à investir les rues de La Valette, reclame plus de places d'hébergement. Elle appelle également à la mise en place de programmes gouvernementaux, comme par exemple des logements sociaux, qui encourageraient les migrants à quitter les centres d'hébergement et ainsi faire de la place aux nouveaux arrivants. Or, pour l'heure, seuls les réfugiés statutaires et les personnes bénéficiant de la protection subsidiaire ont droit à une maigre aide au loyer.

"Les migrants restent longtemps dans les centres d'hébergement non pas par choix mais parce qu'ils ne peuvent pas partir. Plusieurs d'entre eux ont un emploi, mais soit il ne paie pas assez pour couvrir leur loyer, soit il ne s'agit pas de contrats à long-terme", se désole Neil Falzon, le directeur d'Aditus, interrogé par le Times of Malta. "Les propriétaires ne sont pas disposés à signer un bail avec des personnes occupant un emploi précaire. D'autres sont incapables de trouver un logement car certains propriétaires refusent de louer à des Noirs ou des musulmans", ajoute-t-il.

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"Nous avons un vrai problème d’inclusion sociale, de racisme et de xénophobie", reconnaissait déjà fin 2019, Fabrizio Ellul, porte-parole du Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU, lors d'un entretien avec InfoMigrants. "En 2018, le gouvernement a commencé à mettre en place une politique migratoire en créant un département d’intégration au sein du ministère des Affaires européennes et de l’Égalité. C’est un bon pas en avant, mais les débarquements successifs de migrants secourus par des navires humanitaires créent de la tension car les centres d'hébergement sont surpeuplés et la population maltaise est inquiète", affirmait-il, appelant lui aussi le gouvernement à créer plus de places d'hébergement.

Défiant l'interdiction de dormir dans la rue, les migrants sans-abri de La Valette ont déployé une banderole créée à l'aide d'un drap blanc sur lequel a été peint : "Voici notre problème : Nous sommes expulsés du centre d'immigration et nous n'avons pas de logement." De quoi attirer l'attention sur leur situation mais aussi, comme le souligne le Times of Malta, faire grincer des dents certains habitants qui n'avaient encore jamais vu de migrants sans-abri dans leur pays.

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