Un homme secouru à bord de l'Ocean Viking, le 29 juin 2020 | Photo : Flavio Gasperini/ SOS Mediterranee via Twitter
Un homme secouru à bord de l'Ocean Viking, le 29 juin 2020 | Photo : Flavio Gasperini/ SOS Mediterranee via Twitter

180 secourus en mer se trouvent à bord de l'Ocean Viking, recueillis lors de quatre opérations distinctes jeudi dernier et mardi. La plupart viennent du Pakistan, du Bangladesh et d'Erythrée. Deux d'entre eux à bout de patience ont sauté à l'eau jeudi avant d'être secourus. Certains ont accepté de raconter à l'AFP leur histoire et les atrocités vécues en Libye.

Des Pakistanais, mais aussi des Bangladais, des Sud-Soudanais ou des Ghanéens font partie des 180 personnes secourues deux opérations distinctes menées jeudi dernier et mardi par le navire humanitaire Ocean Viking, affrété par SOS Méditerranée.

Depuis, le bateau attend le feu vert d'un port européen pour faire débarquer les migrants, que ce soit en Italie ou à Malte.

Ce jeudi, à bout de patience et sous une forte chaleur, deux d'entre eux se sont jetés à l'eau pour tenter de rejoindre les rivages européens à la nage, avant d'être secourus.

C'est inhabituel, écrit l'agence de presse française AFP, qu'autant de Pakistanais décident de quitter la Libye et risquent leur vie en tentant de traverser la mer Méditerranée en bateau. Mais ce qu'ils ont vécu en Libye les a poussés à se lancer, raconte certains survivants à bord de l'Ocean Viking. Ils expliquent avoir été réduits à l'esclavage, qu'ils ont été torturés, maltraités et kidnappés 

Esclave en Libye

Un premier groupe avait été secouru à une trentaine de kilomètres au large Lampedusa, dans la zone de recherche italienne. Le deuxième groupe a été sauvé dans une zone sous responsabilité maltaise. D'après l'AFP, chaque migrant a payé autour de 2.000 dollars pour pouvoir prendre place sur une embarcation de fortune en bois.

Imran a travaillé sur des chantiers de construction. Il vient du Pakistan et a 30 ans. "Pour eux (les Libyens), nous ne sommes pas des êtres humains", a-t-il confié à l'AFP. "Tous les Pakistanais présents sur ce bateau ont été détenus pendant leur passage en Libye."

Imran, comme beaucoup de personnes du groupe, est "venu en Libye pour travailler" mais ce qu'il a obtenu en arrivant dans le pays était "la guerre, la torture et l'extorsion". Imran est lui-même passé par Dubaï dans le but de trouver ensuite du travail dans la construction en Libye. Il explique que les abus ont démarré à peine sorti de l'aéroport. "J'ai été vendu à quelqu'un qui m'a enfermé. Nous étions 35 ou 40, entassé dans une chambre, nous n'avions pas le droit de sortir."

"A peine assez de nourriture pour survivre"

Un autre homme, Naeem, a vécu une expérience similaire. Il explique qu'on lui donnait à peine suffisamment de nourriture pour "rester en vie, pas une bouchée de plus". Il finit par réussir à s'échapper, mais lorsque Naeem se rend à la police, celle-ci ne fait rien pour lui venir en aide, au contraire. "La police m'a ramené chez les kidnappeurs", raconte-t-il. "C'était pire. Pas une seule personne ne nous a aidés en Libye. Je n'ai pas trouvé la moindre bonne âme dans tout le pays."

D'autres hommes à bord de l'Ocean Viking ont expliqué comment leurs proches ont été ruinés par leurs ravisseurs qui les ont extorqués de rançons allant jusqu'à 10.000 dollars. "Ils viennent en groupe", raconte Mohammad Arshad qui affirme avoir travaillé pendant deux ans dans la ville portuaire de Khoms. "Ils peuvent vous attraper n'importe où, au travail, dans la rue. Puis ils vous bandent les yeux, vous frappent et appellent vos parents en leur disant : 'si vous ne payez pas, il va mourir'".

Electrocutions

Arslan Ahmid a 24 ans et dit qu'il ne peut trouver les mots justes pour décrire ce qu'il a dû subir. "Ils utilisent aussi des chocs électriques. Ou alors on vous affame, pendant des jours, et si vous voulez boire, c'est de l'eau des toilettes. La torture, les souffrances que j'ai dû vivre, je ne peux pas mettre de mots dessus."

Arslan a vécu sept ou huit mois en Libye avant de décider de payer près de 2.000 dollars pour avoir une place sur un bateau. "Ici en mer Méditerranée, on peut mourir une fois. En Libye, nous mourrons tous les jours.", confie-t-il, après un long moment de silence, au reporter de l'AFP.

Naeem acquiesce et estime qu'il vaut mieux "se noyer que de rester en Libye". Lorsqu'on lui a dit qu'il irait en Europe et ne retournerait pas en Libye, il a commencé à s'imaginer "une seconde vie". Naeem dit avoir pris la mer en connaissance de cause. "mais la mort, nous l'avons déjà vue de très près." Un autre homme, Mudassar Ghalib, décrit l'opération de sauvetage de l'Océan Viking comme "le jour le plus heureux de ma vie".


Mais avant de pouvoir démarrer cette "seconde vie", il faut prendre son mal en patience, puisque les ports italiens et maltais restent fermés et imposent des mesures sanitaires strictes avant tout accostage et pour toute personne ayant traversé la Méditerranée en raison de la pandémie de Covid-19.

La semaine dernière, 28 migrants secoués par le navire allemand Sea-Watch 3 ont été testés positifs au nouveau coronavirus et ont été placés en quarantaine sur un ferry dans un port de Sicile.


Avec AFP

Traduction : Marco Wolter

 

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