Deux migrants se sont jetés à l'eau depuis l'Ocean Viking après sept jours d'attente en mer. Crédit : SOS Méditerranée / Flavio Gasperini
Deux migrants se sont jetés à l'eau depuis l'Ocean Viking après sept jours d'attente en mer. Crédit : SOS Méditerranée / Flavio Gasperini

Au 7e jour bloqués en mer, deux migrants se sont jetés à l'eau, jeudi, depuis le navire humanitaire Ocean Viking de l'ONG SOS Méditerranée pour tenter de rallier les côtes européennes à la nage tandis que l'attribution d'un port de débarquement se fait encore attendre. Un troisième a été empêché de sauter par d'autres migrants. Les trois hommes font partie des 180 rescapés secourus par l'Ocean Viking les 25 et 30 juin.

"C'est la première fois en quatre ans et demi (d'opérations de secours en mer par l'ONG SOS Méditerranée) qu'il se passe quelque chose comme ça". Nicholas Romaniuk, coordinateur des secours à bord de l'Ocean Viking, et l'équipage sont sous le choc : deux migrants se sont jetés à l'eau, jeudi 2 juillet, dans l'espoir de rejoindre les rives européennes à la nage. Voulant les imiter, un troisième migrant a été stoppé juste à temps par d'autres rescapés du navire humanitaire qui attend l'attribution d'un port sûr depuis plus d'une semaine.

Cinq demandes de débarquement ont été faites auprès des autorités italiennes et maltaises entre samedi et mardi. Aucune réponse ni même aucun accusé de réception n'ont été reçus, selon l'équipage qui avait procédé au sauvetage des 180 migrants à bord lors de quatre opérations distinctes menées les 25 et 30 juin. Depuis, les rescapés attendent de connaître leur sort sans possibilité de prévenir leur famille et dorment sur le pont du navire, entassés dans des conteneurs à même le sol.

"Il était midi environ lorsqu'un premier migrant à bout de patience, sous une chaleur accablante, a plongé dans la Méditerranée, tandis qu'un deuxième l'a suivi et qu'un troisième a été empêché de sauter par ses compagnons d'infortune", rapporte un journaliste de l'AFP présent à bord. Il a fallu plusieurs minutes de négociations entre les deux hommes, qui s'étaient éloignés d'une centaine de mètres, et l'équipage pour les convaincre de remonter à bord d'un petit bateau rapide mis à l'eau par les marins-sauveteurs. L'incident a duré environ 45 minutes.

"Intentions suicidaires et extrême fatigue mentale"

Actuellement, "cinq personnes parmi les 180 rescapés ont fait part d'intentions suicidaires. Certains montrent des signes d'agitation, de dépression et d'extrême fatigue mentale", selon l'équipage de l'Ocean Viking qui a partagé son inquiétude sur Twitter. "La détresse mentale provoquée par leur calvaire en Libye et la situation actuelle est insoutenable pour beaucoup de rescapés à bord."

Pour tenter de désamorcer la situation, une équipe est passée de groupe en groupe pour échanger et dialoguer sur leurs frustrations. "Je préfère mourir et que ma famille sache que je suis mort, plutôt que d'être là et qu'elle ne sache pas si je suis mort ou vivant", a expliqué, en déchirant son T-shirt noir, un Marocain, troisième personne à avoir tenté de se jeter à l'eau. Plus loin, un Pakistanais relativise : "On est sortis de l'enfer de la Libye, SOS Méditerranée nous a secourus, on est en vie. Alors qu'on reste un jour, 5 jours ou 15 jours, qu'est-ce que ça peut faire ?"

>> À (re)lire : "En Méditerranée, on peut mourir une fois. En Libye, nous mourrons tous les jours"

L'Ocean Viking a repris le 29 juin dernier ses opérations après trois mois d'arrêt en raison de la situation sanitaire, sur fond d'explosion des traversées de la Méditerranée centrale, entre les côtes libyennes et tunisiennes, d'une part, et Malte ou l'Italie, de l'autre. Alors que l'Ocean Viking s'enfonce dans l'impasse, la Mare Jonio et le Sea Watch 3, en revanche, ont pu débarquer les dizaines de migrants secourus après seulement quelques heures à quelques jours d'attente, renforçant l'incompréhension des rescapés de SOS Méditerranée.

En janvier 2019, une trentaine de migrants secourus par le Sea Watch 3 avaient passé environ trois semaines en mer avant d'être autorisés à débarquer. Un épisode qualifié de "record de la honte" par plusieurs ONG.

Ce n'est pas la première fois que des migrants secourus par un navire humanitaire se jettent à l'eau par désespoir. Plusieurs hommes se trouvant à bord de l'Open Arms, de l'ONG espagnole Proactiva, avaient notamment fait le même geste en août 2019 après 17 jours d'attente en mer.

 

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