Cinquante migrants secourus par un navire commercial sont bloqués en pleine mer, au large de Malte. Crédit : DR
Cinquante migrants secourus par un navire commercial sont bloqués en pleine mer, au large de Malte. Crédit : DR

Le navire commercial battant pavillon libanais, le Talia, a secouru vendredi 3 juillet 50 migrants en détresse au large de Malte. Le bateau de marchandises, qui devait rejoindre l'Espagne lundi, est depuis bloqué en pleine mer. Malte refuse de laisser débarquer les rescapés sur son sol, réclamant un accord européen de répartition. À bord, les conditions de vie des migrants sont catastrophiques.

"On a fait notre devoir en portant secours à ces migrants, c'est maintenant à l'Union européenne de prendre ses responsabilités." Majed Eid, directeur général de Talia Shipping Line, ne cache pas sa colère et son incompréhension. Son navire commercial, le Talia, a porté secours vendredi 3 juillet à 52 migrants, dont 12 femmes et plusieurs mineurs, en détresse au large de Malte. Depuis, La Valette refuse leur débarquement tant qu'un accord de répartition n'est pas conclu entre les États européens.

Les migrants sont épuisés par des jours en mer sans eau ni nourriture. Crédit : DRAlerté dès vendredi par le Moonbird, l'avion de reconnaissance de l'ONG Sea-Watch, et par Alarm Phone, la plateforme d'aide aux migrants en mer, le Talia n'a pas hésité à secourir ces migrants. "Notre bateau était le seul à proximité de l'embarcation en détresse. Je devais leur porter assistance, c'était mon devoir", explique à InfoMigrants Mohammed, le capitaine du navire commercial battant pavillon libanais. "On était obligés de les prendre en charge, nous n'avons pas eu le choix. Une tempête approchait et ils risquaient de mourir", continue Majed Eid, contacté par InfoMigrants.

Les migrants ont besoin d'une "aide médicale d'urgence"

L'équipage ne pensait cependant pas que la situation s'enliserait. Après le sauvetage, Malte a affirmé au capitaine qu'un navire arriverait rapidement sur les lieux pour prendre en charge ces migrants. Mais "ils ne sont jamais venus", affirme Mohammed.

Face au manque d'informations de La Valette, le Talia s'est donc dirigé vendredi soir vers Lampedusa. Mais les autorités italiennes ont également refusé l'entrée dans leurs eaux au navire commercial. Le bateau de marchandises a donc fait demi-tour et repris la route vers Malte. "Les Maltais nous ont seulement autorisés samedi à rester près du port afin de nous protéger de la tempête", indique le capitaine qui redoutait qu'en raison des mauvaises conditions météorologiques des migrants passent accidentellement par dessus bord.

Ce migrant, trop faible pour marcher tout seul, a été pris en charge par Malte. Crédit : DRDimanche, des médecins maltais sont montés à bord et ont pris en charge deux migrants : un qui souffrait d'allergies sévères et un autre dont la jambe était enflée. Mais selon l'équipage, tous ont besoin d'une "aide médicale d'urgence". Les naufragés souffrent d'insolation, de blessures, de déshydratation… "Plusieurs personnes sont tellement faibles qu'elles ne peuvent pas se déplacer par elles-mêmes", signale encore Mohammed.

Promiscuité, fatigue et stress

Plus les jours passent, plus la situation se complique pour les 50 rescapés restants - principalement originaires de Somalie, mais aussi du Soudan, du Kenya, de Syrie et d’Érythrée - et les 33 membres d'équipage. "Nous sommes 73 sur le bateau, or il n'est pas conçu pour accueillir autant de personnes en même temps", alerte le capitaine. Les migrants dorment à même le sol, sans couvertures, dans l'espace réservé habituellement aux animaux.

La promiscuité, le manque d'informations, la fatigue et le stress provoquent des tensions entre les naufragés. "Les migrants sont épuisés, ils ont passé des jours en mer sans boire ni manger. Les disputes et les bagarres sont inévitables vu leurs conditions de vie", prévient Mohammed.

Les migrants dorment à même le sol. Crédit : DRSi l'équipage distribue à l'heure actuelle nourriture et eau aux migrants, les vivres vont bientôt commencer à manquer. "On leur donne à manger et à boire mais jusqu'à quand ? Dans quelques jours, nous aurons épuisé toutes nos ressources", s'inquiète le capitaine. "Malte nous demande ce dont nous avons besoin mais ce dont nous avons besoin c'est de débarquer ces personnes dans un endroit sûr", insiste-t-il.

Majed Eid, le directeur de la compagnie, est du même avis : "J'ai des contrats à honorer, nous ne pouvons pas rester là. Nous devions arriver en Espagne aujourd'hui (lundi) pour livrer notre marchandise. Des solutions doivent être trouvées et vite !"

 

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