Des migrants dans le camp de Moria, à Lesbos. Crédit : Reuters
Des migrants dans le camp de Moria, à Lesbos. Crédit : Reuters

La Grèce a annoncé, samedi, une nouvelle prolongation des mesures de confinement dans les camps de migrants du pays, alors que le reste de la population grecque est déconfinée depuis le 4 mai.

Le ministère grec des migrations a annoncé, samedi 4 juillet, une cinquième prolongation des mesures de confinement en vigueur dans les camps de migrants du pays depuis le 21 mars. Jusqu'au 19 juillet, les exilés ne peuvent sortir de l'enceinte de leur camp qu'entre 7h et 21h, par petit groupe de moins de 10 et dans la limite de 150 personnes par heure. Le reste de la population grecque, en revanche, est déconfinée depuis plus de deux mois.

Officiellement, le gouvernement grec justifie ces mesures, comme les quatre précédentes, par la nécessité de limiter les risques de contamination au Covid-19. Mais la Grèce a été peu touchée (moins de 200 morts) et plusieurs ONG de défense des droits de l'Homme y voient une excuse pour contrôler et les limiter les déplacements des migrants.

"Ces mesures de confinement que l'on peut qualifier de discriminatoires deviennent de plus en plus difficiles à vivre, d'autant plus que le gouvernement grec est en train de rouvrir le pays au tourisme mais il continue de garder les réfugiés enfermés", soulignait déjà fin juin, Stephan Oberreit, chef de mission en Grèce pour Médecins sans frontières (MSF), interrogé par InfoMigrants.

>> À (re)lire : Covid-19 : "Les migrants dans les camps grecs ne représentent pas un danger, ce sont eux qui sont en danger"

Au sein des camps, l'incompréhension et les frustrations grandissent. "Je n'ai aucune idée de ce qui motive le gouvernement à [étendre le confinement]. Peut-être veut-il en faire des camps fermés ? Mais pourquoi ?", s'interroge Hamoudi, un demandeur d'asile somalien du camp de Vial sur l'île de Chios, rencontré par l'AFP. Le jeune homme de 24 ans affirme que les règles de distanciation sociale ne peuvent être respectées dans les camps surpeuplés et insalubres.

C'est aussi ce qu'à constaté Stephan Obrreit de MSF : "Il est, par exemple, totalement impossible pour un migrant qui présenterait de la fièvre de s'isoler des autres, il n'y a pas la place. Dans certaines zones du camp de Moria (sur l'île de Lesbos, NDLR), à la fin mars, on ne comptait qu'un seul robinet d'eau accessible pour 1 300 personnes. À la fin avril, on dénombrait 210 personnes par toilette et plus de 630 par douche."

Peu de malades du Covid dans les camps de migrants

Pour autant, à l'image du reste du pays, peu de cas de contamination ont été rapportés au sein des camps et aucun décès lié au coronavirus n'y a été recensé. Pourtant, plus de 32 000 demandeurs d'asile s'entassent dans les camps des îles de la mer Égée ne disposant que d'une capacité d'accueil de 5 400 places.

Tentant de désamorcer les tensions avec les communautés locales, le gouvernement a fait transférer des milliers de migrants vers le continent pendant que les premiers touristes de la saison estivale arrivent. "Ils essaient de rendre les réfugiés aussi invisibles que possible pour que les touristes aient envie de revenir", a estimé Jenny Kalipozi, habitante de l'île de Chios et bénévole de longue date au camp de Vial.

Néanmoins, ces transferts de migrants vers le continent avaient déjà commencé à l'automne dernier. Et les premiers cas de contamination au coronavirus dans des camps de migrants se sont déclarés sur le continent, à Ritsona, au nord d'Athènes, fin mars. Quelques cas ont également été dénombrés à Lesbos, mi-mai, sans provoquer de contagion de masse.

MSF n'est pas rassuré pour autant, notamment car, selon Stephan Oberreit, les migrants qui continuent d'affluer actuellement sont mal pris en charge : "Il n'y a pas suffisamment de tests de dépistage pour tout le monde, pas de circuits de quarantaine où les gens potentiellement infectés ne seraient pas mélangés aux autres, etc. On est donc très inquiets car on ne sait pas à quel point les nouveaux arrivants peuvent apporter le virus à Moria. On aimerait que le système soit plus efficace et que les tests soient systématiques avant l'entrée dans le camp."

 

Et aussi