Des tensions ont eu lieu vendredi à Calais pendant l'évacuation d'un campement de migrants. Crédit : Reuters
Des tensions ont eu lieu vendredi à Calais pendant l'évacuation d'un campement de migrants. Crédit : Reuters

Dans la matinée de vendredi, les forces de l'ordre ont procédé à Calais au démantèlement d'un campement abritant quelque 500 migrants. Les associations dénoncent une "évacuation violente" et une opération "inutile".

"L'évacuation a été très violente". Yolaine Bernard, bénévole de l'association Salam, n'en revient pas. Vendredi 10 juillet au matin, plus de 500 migrants ont été expulsés de leur campement insalubre situé dans la zone industrielle des Dunes, à Calais.

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"Au total, 519 personnes isolées, réparties dans 16 bus, ont été prises en charge et transportées vers des centres situés dans la région Hauts-de-France et d'autres régions françaises", précise la préfecture du Pas-de-Calais dans un communiqué. "Treize personnes (familles et mineurs) ont été orientées vers des centres d'hébergement et de réadaptation sociale. Enfin, vingt personnes en situation irrégulière ont été interpellées en vue d'un placement en retenue administrative", ajoute-t-elle.

"Chasse à l'homme"

Ce démantèlement est l'un des plus importants organisés à Calais ces derniers mois, voire depuis la disparition de la "jungle" en 2016, comme le note le quotidien régional La Voix du Nord.

"Normalement, les exilés ont le choix de monter dans les bus. Ce matin, ils ont été encerclés comme des animaux et forcés de le faire", signale Yolaine Bernard, présente lors de l'évacuation, même si les forces de l'ordre ont maintenu les membres associatifs et les journalistes à distance. "On a assisté à une véritable chasse à l'homme", estime cette militante.

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Des tensions ont alors été observées entre migrants et forces de l'ordre. Certains migrants ont refusé de monter dans les bus et ont jeté des pierres en direction des policiers, qui ont riposté par des jets de gaz lacrymogène. Plusieurs personnes ont été interpellées, affirme La Voix du Nord.

Selon les autorités, l'occupation de deux terrains de "manière illicite et prolongée par des migrants en l'absence de toute autorisation des propriétaires", dans la zone des Dunes, occasionnait "de sérieux problèmes de sécurité, de salubrité et de tranquillité, en particulier pour les riverains situés juste à proximité et aux alentours."

Colère des associations

"La maire de Calais avait appelé l'attention des services de l'État sur ces difficultés. Les propriétaires des terrains concernés ont saisi le président du Tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer", qui a rendu deux ordonnances d'expulsion le 10 juin, affichées jeudi par voie d'huissier sur les terrains occupés, poursuit la préfecture. "À la suite à l'accord du ministre de l'Intérieur," le préfet du Pas-de-Calais "a décidé d'octroyer le concours de la force publique sur ce secteur".

Mais les associations, qui se disent "en colère" après ce démantèlement, insistent sur l'inutilité d'une telle évacuation, à l'instar de l'organisation L’Auberge des Migrants qui intervient depuis 2008 auprès des exilés dans le Calaisis et le nord de la France.

"C'est toujours pareil. Comme d'habitude, on va les voir revenir dans la ville d'ici quelques jours. Tout cela n'a aucun sens", souffle, impuissante, Yolaine Bernard. Après le démantèlement, les bénévoles ont distribué des petits-déjeuners à environ 300 migrants ayant échappé à l'opération. "Mais on pense qu'ils sont beaucoup plus, nous n'avons pas réussi à atteindre tout le monde", alerte-t-elle.

 

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