Vue du camp de Moria, à Lesbos, en juin 2020. Crédit : Picture alliance
Vue du camp de Moria, à Lesbos, en juin 2020. Crédit : Picture alliance

Amadou Diallo a été accepté par l'Institut d'Études politiques de Paris pour la rentrée de septembre. Mais ce jeune Guinéen, qui vit en Grèce depuis près de quatre ans, est bloqué dans l'attente d'une réponse de sa demande d'asile. Après la publication d'un article relatant son histoire, l'ambassade de France à Athènes a déclaré chercher une solution pour qu'il puisse venir étudier à Paris.

C'est un article du quotidien français Le Monde qui va peut-être changer le destin d'un jeune migrant guinéen bloqué en Grèce. Amadou Diallo, 20 ans, a été admis à l'Institut d'Études politiques de Paris (Sciences Po) pour la prochaine rentrée mais l'examen de sa demande d'asile a été retardé par l'épidémie de coronavirus et pourrait l'empêcher de se rendre en France.

>> À (re)lire : Grèce : des demandeurs d'asile manifestent contre la lenteur du traitement des dossiers

"Je suis bloqué ici, en Grèce, à la porte de mes rêves", a déclaré la semaine dernière le jeune Guinéen au journal. Son histoire racontée par Le Monde a immédiatement suscité l'émotion sur les réseaux sociaux. La ministre française déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa, s'est même fendu d'un tweet dans lequel elle affirme que "le ministère français de l'Intérieur est mobilisé en lien avec la diplomatie française et les autorités grecques, dans le but de trouver une solution : la France est prête à l'accueillir".

Pris en charge par une ONG

Arrivé mineur en octobre 2016 sur l'île grecque de Lesbos, Amadou, qui a perdu ses parents encore enfant, a fui son pays où il se sentait persécuté. L'adolescent parvient à échapper aux conditions effroyables du camp de Moria, à Lesbos, où s'entassent des milliers de migrants, en se cachant dans un ferry pour la capitale grecque.

À Athènes, il survit quelques jours dans la rue avant de dormir dans un foyer pour sans-abris. Puis, l'adolescent rencontre des membres de l'ONG Home project qui le prennent en charge. "Avant, ma préoccupation était de couvrir mes besoins primaires, de trouver de la nourriture, d’avoir un lieu pour dormir. Mais une fois que j’ai été pris en charge, j’ai repris une vie normale et j’ai recommencé à me projeter dans le futur", explique le Guinéen au Monde.

Grâce à un travail dans un hôtel l'été et au soutien de l'ONG, il intègre le lycée franco-hellénique Eugène Delacroix à Athènes. Son attrait pour les relations internationales le pousse à postuler à Sciences Po Paris où il sera admis.

"Je suis désespéré"

Mais l'avenir du jeune homme est suspendu au jugement de la cour d'appel d'Athènes et à une procédure interminable. "Après trois ans de procédure, et deux appels rejetés, je suis désespéré…", confiait-t-il au journal français avant d'apprendre que l'audience prévue le 8 juillet pour statuer sur sa demande d'asile a de nouveau été reportée. Elle aura lieu au mois de septembre, après la rentrée universitaire de Sciences Po. Et la décision finale ne pourrait être connue que dans plusieurs mois.

>> À (re)lire : Moussa, 16 ans, bloqué sur une île grecque : "Je voulais simplement jouer au foot"

L'article du Monde, et les réactions qu'il a suscitées en haut lieu, pourraient cependant aider Amadou à reprendre espoir. L'ambassade de France à Athènes dit "travailler à une solution avec le gouvernement grec", indique l'AFP. Selon son avocate, Anna-Maria Kountouri, "Amadou pourrait se rendre en France avec un laissez-passer délivré par l'ambassade de France à Athènes ou bien attendre d'obtenir l'asile en Grèce et ensuite voyager avec son passeport". "Mais cette deuxième solution prendrait évidemment plus de temps", a-t-elle précisé à l'AFP.

Une pétition a été lancée par des élèves de Sciences Po demandant au gouvernement français de faire en sorte qu'Amadou puisse débuter sa scolarité dont les frais seront financés par la bourse Émile Boutmy dont il est bénéficiaire. En quelques heures, plus de 1 800 personnes l'avaient signée. Amadou, contacté par l'AFP, a déclaré être "très ému" par cette vague de soutiens.

 

Et aussi