Environ 1 000 migrants vivent actuellement le long du canal Saint-Denis, à Aubervilliers, en région parisienne. Crédit : InfoMigrants
Environ 1 000 migrants vivent actuellement le long du canal Saint-Denis, à Aubervilliers, en région parisienne. Crédit : InfoMigrants

En seulement un mois, le nombre de migrants qui vivent dans le camp d'Aubervilliers, en région parisienne, a plus que doublé, passant de 400 mi-juin à environ un millier mi-juillet. Et les arrivées devraient se poursuivre au cours des prochaines semaines, au grand dam des associations qui dénoncent l'échec du système d'accueil français.

Dans le camp d'Aubervilliers, le nombre de migrants a plus que doublé en seulement un mois. Mi-juin, les associations estimaient qu'ils étaient environ 400 à vivre sous le pont de Stains, le long du canal Saint-Denis, dans le nord de Paris. Mi-juillet, d'après un décompte de France terre d'asile (FTDA), ce sont quelque 1 000 migrants qui ont été recensés dans le campement.

"Et en août, ils seront au moins 1 500", prédit Pierre Henry, directeur général de FTDA. "C'est toujours la même chose, on tourne en rond depuis des années", souffle-t-il. "C'est le même cycle infernal qui dure depuis trop longtemps", renchérit Paul Alauzy de Médecins du monde (MdM).

Selon Julie Lavayssière, coordinatrice d'Utopia 56 à Paris, "le camp n'a cessé de grossir depuis son installation mi-mai". Jusqu'à cette date, les migrants qui installaient leur tente sous le pont de Stains étaient systématiquement délogés par la police. "Une partie d'entre eux se sont alors réfugiés sous le pont du Landy, à quelques mètres de là, où étaient déjà présents plusieurs Afghans. Puis, quand le nombre de personnes est devenu plus conséquent, ils sont tous revenus sous le pont de Stains", signale la militante.

De plus en plus de réfugiés statutaires

Comment expliquer que l'on soit passé de 400 à 1 000 migrants dans le camp d'Aubervilliers en si peu de temps ? Les raisons sont multiples, expliquent les acteurs associatifs.

Tout d'abord, on constate un nombre important de primo-arrivants : principalement des Afghans qui arrivent de Grèce mais aussi des Soudanais et des Somaliens qui viennent directement d'Italie. La plateforme téléphonique de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii), qui délivre des rendez-vous pour les demandeurs d'asile en région parisienne, fonctionne au ralenti en raison de la pandémie de coronavirus. Les services des préfectures de Paris et d’Île-de-France ne sont qu'à 25% de leur capacité observée avant la crise sanitaire. Résultat : beaucoup ne parviennent pas à se faire enregistrer et attendent depuis des semaines, voire des mois, dans la rue un hypothétique rendez-vous qui est en théorie synonyme de prise en charge par l'État.

Les associations remarquent également une augmentation des réfugiés statutaires dans les campements. Elles estiment qu'ils représentent environ 20% des habitants du camp d'Aubervilliers. "Beaucoup ont perdu leur travail pendant le confinement et se sont ainsi retrouvés sans logement, faute de pouvoir payer leur loyer", analyse Julie Lavayssière.

Et le camp compte également de nombreux sans-papiers, déboutés de leur demande d'asile et en attente d'un recours et des dublinés.

"Tant qu'on aura des personnes en errance en Europe au titre de Dublin, on ne résoudra pas le problème des personnes à la rue, dont une grande partie sont dans cette impasse juridique", pense Pierre Henry qui milite depuis des années pour une réforme du règlement de Dublin.

"Échec collectif"

Le directeur général de FTA estime que la reformation et l'agrandissement des campements est dû à un "échec collectif". "On doit repenser tout le système d'accueil français et le rendre digne. Le dispositif national d'accueil (DNA) est insuffisant", déclare-t-il.

Reste que des centaines de migrants survivent dans des conditions très précaires sur les trottoirs franciliens. "On remarque beaucoup de personnes en grande détresse psychologique, souvent liée à leurs conditions de vie en France", alerte Paul Alauzy de MdM. La précarité provoque également de la tension entre les migrants. Les équipes de MdM soignent nombre de blessures survenues après des bagarres ou des agressions.

La semaine dernière, un migrant soudanais a même perdu la vie en se noyant dans le canal Saint-Denis. Les causes de sa chute sont pour l'heure inconnues.

"Il y a quatre ans, j'écrivais déjà que les migrants vivaient dans l'urine et la crasse boulevard de la Villette. On les a repoussé à quelques kilomètres, à l'extérieur de Paris, vers les quartiers populaires", note encore Pierre Henry. "Le monde d'après ressemble énormément au monde d'avant, mais qui en doutait ?", déplore-t-il, un brin désespéré.

 

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