Sol Escobar, deuxième en partant de gauche, avec ses collègues du Cambridge Assessment Refugee Support Committee | Photo : avec l'aimable permission de Sol Escobar
Sol Escobar, deuxième en partant de gauche, avec ses collègues du Cambridge Assessment Refugee Support Committee | Photo : avec l'aimable permission de Sol Escobar

Sol Escobar milite pour les droits des réfugiés au Royaume-Uni. Début 2019, elle s’était rendue à Calais pour prêter main forte aux bénévoles. Ce voyage l’a convaincue qu’il fallait davantage raconter les parcours des réfugiés et des migrants au grand public.

"Les histoires de réfugiés sont faites de souffrances, de difficultés, mais aussi de résilience et de succès", explique Sol Escobar, qui dirige le Cambridge assessment refugee support committee (CARSC) au Royaume-Uni. 

Sol semble pleine d’énergie et d’enthousiasme quand nous la contactons lors de la Semaine des réfugiés - un événement pendant lequel elle et son équipe organisent des discussions en ligne et des forums afin que migrants et réfugiés puissent partager leurs histoires avec le grand public. 

"C’est avec les échanges que vous combattez les préjugés", explique-t-elle. "Je tente de transformer ma rage et ma tristesse en action positive", explique-t-elle.

En journée, la responsable travaille pour le Cambridge assessment, un département non-enseignant de l’université de Cambridge, qui propose des examens et certificats en langues étrangères. Avec ses collègues, ils s’occupent d’un groupe de soutien aux réfugiés au sein du département et, sont aussi bénévoles quelques heures par semaine pour des organisations caritatives de la ville.

Le Cambridge Convoy Refugee Action Group  Calais  Photo  avec laimable permission de Sol Escobar

"Un ascenseur émotionnel"

Le comité de soutien aux réfugiés a été créé l'an dernier par Sol quelques jours avant la Semaine des réfugiés. L'idée lui est venue début 2019 lors d’un voyage à Calais, dans le nord de la France.

Elle part alors en tant que bénévole pour l’ONG Cambridge convoy refugee action group (CAMCRAG), qui aide notamment les migrants dans la région, et tri des produits dans un entrepôt de Calais. Cette expérience a été un tournant. "J'ai vécu mon retour en Angleterre comme un ascenseur émotionnel. Heureusement, le CAMCRAG assure des séances de conseils", dit-elle. "En revenant, lorsque je parlais à mes collègues de travail, je leur disais tout le temps : 'Vous ne comprenez pas [ce que vivent les migrants de Calais] car vous ne l’avez pas vue ! Vous ne savez pas de quoi je parle.'" 

Sol Escobar décide de se servir de sa "rage" et de sa "tristesse" pour raconter ce qu’elle a vécue à Calais. "J’ai commencé avec mon compagnon Pete. Nous avons lancé un séminaire à l’heure du repas de midi" - Pete était aussi du voyage à Calais, le couple travaille ensemble. Le but de ce ce rendez-vous était de raconter aux autres leur expérience. Un couple de collègues, convaincu, est lui aussi parti à Calais avec la CAMCRAG. À partir de là, constatant le vivier de bénévoles potentiels, Sol a commencé à faire les choses "de façon plus organisée".

"Ce que vous donnez à un réfugié montre ce que vous pensez d’eux" : Ce message qui est affiché dans les entrepôts de Help Refugees au Royaume-Uni où sont collectés les dons.

Un entrept  Calais  Photo  avec laimable permission de Sol EscobarC’est une façon de rappeler à chacun qu’il faut bien trier les dons et s’assurer que les articles sont dans "un bon état et de bonne qualité" parce que "si vous ne les donneriez pas à un ami, vous ne devriez pas les distribuer." Les bénévoles doivent savoir que si des réfugiés ou des migrants reçoivent des articles "sales ou dans un mauvais état, cela déshumanise encore plus les gens".

La Refugee week

En 2019, pendant la Refugee week au Royaume-Uni, Sol et son équipe avait fait participer plusieurs réfugiés pour qu’ils racontent en personne leur parcours. 

Cette année, à cause de la pandémie de Covid-19, ces événements ont été  organisés en ligne sous forme de webinaires et de forums. 

Pour Sol, malgré cette logistique mois chaleureuse, l’important reste les histoires que ces personnes ont à raconter. "Faciliter cette conversation a un effet important sur les gens. Après cela, les gens sont mieux parés et mieux outillés pour comprendre les journaux ou pour apprécier une information en ayant entendu des témoignages de première main."

Et d’après Sol, "une fois que les gens en prennent conscience, il veulent aider, parce que comment faire autrement ?"

Sol Sinead Nils Meseret Abdullah Paul and Juliet pendant la Refugee week en 2019  Photo  avec laimable permission de Sol Escobar

Certains de ses collègues supervisent par exemple des cours d’anglais sur la plateforme en ligne "Future Learn". Des bénévoles de Cambridge Assessment aident des réfugiés à préparer leur examen d’anglais. L’accès à ces cours est gratuit grâce au concours de plusieurs universités.

D’autres collègues étaient déjà bénévoles pour donner des cours individuels pour des familles de réfugiés avant que la pandémie ne mette tout en pause. Cambridge Assessment a cependant réussi à faire don de plusieurs ordinateurs portables pour permettre à certaines familles de continuer ces cours à distance.

Sol Escobar entrain de rcuprer des tentes en 2019 pour quelles puissent encore servir  Calais  Photo  avec laimable permission de Sol Escobar

Pendant la Refugee week, le comité de soutien a diffusé un documentaire,  racontant l’histoire d’Ayman, un jeune homme de Syrie, qui a fini par arriver clandestinement au Royaume Uni caché à l’intérieur d’une valise dans une voiture. Cela faisait 13 mois qu’il essayait en vain de quitter Calais en sautant sur des trains, en s’accrochant à des camions ou en sautant sur des bateaux. 

Ce sont des histoires comme celle d’Ayman qui ont poussé Sol Escobar à diffuser son message. 

Elle est toujours bénévole à Calais. Toutes les six semaines, elle suit un convoi qui quitte Cambridge "le vendredi soir après le travail et revient le dimanche". "Parfois, nous sommes une dizaines, parfois une trentaine." Le groupe se voit comme un soutien qui permet de soulager les "bénévoles de longue durée" à Calais. 

Là aussi, le confinement dû au coronavirus a interrompu les voyages, mais Sol espère qu’ils reprendront en septembre.

La police entrain de dmanteler un campement  Calais le 31 octobre 2019  Photo  Mehdi Chebil

Agression de la police

En arrivant à Calais, les bénévoles de Cambridge reçoivent généralement un briefing sur les groupes de réfugiés qui ont éventuellement été évacués par la police, sur ceux qui ont passé une nuit à l’hôpital ou ont simplement besoin davantage d’aide. 

Les évacuations par les policiers sont fréquentes. "Ils se rendent à ces campements, prennent les tentes et les sacs de couchage et frappent parfois les migrants. Et puis à chaque fois, les associations locales y retournent pour redistribuer des tentes et des couvertures. Ils veulent que l’environnement soit aussi hostile que possible pour que personne ne s’y établisse et pour qu’un camp comme la 'jungle' de Calais ne se recrée pas.  Les migrants font face à la violence policière de façon régulière". 

Différence de traitements

Sol Escobar est originaire d’Uruguay et se décrit comme la "définition parfaite d’une migrante économique". Elle a vécu dans cinq pays et parle six langues. 

Sol estime être un bon exemple qui témoigne de la différence de traitement entre migrants selon leur pays d’origine. 

"Personne ne me demande jamais pourquoi je ne suis pas resté dans le premier pays dans lesquels j’ai vécu", ironise-t-elle. Elle estime qu’elle le doit au fait d’être blanche et de "ressembler" à une Européenne, d’avoir fait carrière, d’avoir pu faire des études au Royaume-Uni.

"Beaucoup de réfugiés et de migrants que j’ai pu rencontrer ont davantage de diplômes que moi", note-t-elle.

Sol voudrait que l’intégration ne soit pas une voie à sens unique, dans laquelle seuls les migrants apprendraient de leur nouveau pays d’accueil. 

Sol  lentrept de Help Refugees  en mars 2019  Photo  avec laimable permission de Sol EscobarTraduction et adaptation : Marco Wolter

 

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