Deux jeunes migrants sur le parvis de la gare Saint-Charles à Marseille. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants.
Deux jeunes migrants sur le parvis de la gare Saint-Charles à Marseille. Crédit : Anne-Diandra Louarn / InfoMigrants.

Alors que la fin de la trêve hivernale a été repoussée au 10 juillet en raison de la crise sanitaire, à Marseille la préfecture s'est engagée à ne pas remettre à la rue les migrants hébergés avant la fin de la période estivale.

"Aucune sortie sans solution ne sera effectuée". Dans un entretien accordé jeudi 23 juillet à InfoMigrants, la préfecture des Bouches-du-Rhône assure qu'aucune évacuation de migrants ne sera menée à Marseille avant le 31 août, alors que la trêve hivernale ailleurs en France a pris fin le 10 juillet après avoir été exceptionnellement prolongée en raison de la crise sanitaire. "Une évaluation sociale de chaque personne à l’hôtel est en cours pour la meilleure orientation", ajoute la préfecture précisant que le nombre de personnes à la rue actuellement à Marseille se situe entre 8 000 et 10 000.

Il faut dire que la situation dans la cité Phocéenne est particulièrement inquiétante, notamment depuis le drame de la rue d'Aubagne lorsque l'effondrement de deux immeubles vétustes a provoqué la mort de huit personnes en novembre 2018. Des milliers d'habitants de ce quartier populaire où vivent de nombreux étrangers, migrants et sans-papiers ont été contraints, à la suite de l'accident, de quitter leurs logements menaçant également de s'écrouler.

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Depuis, "460 personnes vivent toujours à l’hôtel" et "les évacuations pour risque de péril grave et imminent depuis l’évènement 'rue d'Aubagne' n'ont pas cessé", indique la préfecture. S'ajoute la crise sanitaire qui est venue davantage compliquer la situation : "Les mises à l’abri à l’hôtel ont connu une très forte augmentation pendant le confinement, puisque 1 046 personnes, correspondant à 650 ménages ont été mis à l’abri à l’hôtel par le Service intégré d'accueil et d'orientation (SIAO) à la date du 30 juin. À ce chiffre, il convient également d’ajouter le nombre de personnes hébergées à l’hôtel suite au 'desserrement' des centres d’hébergement d’urgence, soit 173 résidents."

Au final, le département des Bouches-du-Rhône se félicite tout de même d'être, avec l’Île-de-France, de ceux "ayant ouvert le plus grand nombre de places depuis le début du confinement", affirme encore la préfecture qui dénombre au total 13 062 places dont 3 382 places d’hébergement et 9 680 places de logement accompagné financées par l’État dans le département.

"Des promesses mais le compte n'y est pas du tout"

"On joue sur les mots !", s'insurge Margot Bonnis, coordinatrice de l'Observatoire asile pour le Réseau hospitalité Marseille, jointe par InfoMigrants. "Il n'y a effectivement pas de remise à la rue cet été pour les personnes ayant été mises à l'abri pendant le confinement. Il y a, en revanche, de nombreux cas de personnes qui se retrouvent sans solution au 31 juillet : nous avons par exemple une mère de famille avec deux enfants qui a été hébergée via le 115 début mars, puis prolongée pendant le confinement. Elle sera pourtant dehors à la fin du mois", se désole-t-elle, assurant avoir contacté, en vain, le SIAO et le directeur du 115 pour tenter de plaider le dossier.

"Le plus épuisant pour nous c'est que l'on fonctionne au coup par coup, on ne dispose d'aucune information claire et chaque public est catégorisé", poursuit Margot Bonnis qui confie que les acteurs associatifs à Marseille sont à bout. "Vous avez une règle pour les demandeurs d'asile, une autre pour ceux pris en charge pendant le Covid, encore une autre pour ceux qui ont appelé le 115, etc. Cette mise en oeuvre disparate fait que nous n'avons aucune visibilité alors même que le droit d'accès à un hébergement d'urgence en situation de vulnérabilité devrait être commun à tous".

Associations de défense des droits des migrants et militants ne savent plus à quelle porte frapper. "Ces derniers mois, le coronavirus aidant, nous avons entendu beaucoup de promesses relatives à l’hébergement des plus précaires. Mais le compte n’y est pas du tout", estiment ainsi plusieurs associations dont le Collectif 59 St-Just qui affirme qu'au moins une vingtaine de mineurs isolés sont actuellement sans-abri à Marseille, auxquels s'ajoutent de nombreux jeunes hébergés chez des solidaires. "Nous savons qu’en réalité ils sont beaucoup plus nombreux que cela à dormir dehors, et nous avons le sentiment que la situation se dégrade rapidement. Comme à leur habitude, l’Aide sociale à l’enfance des Bouches-du-Rhônes et l’Addap13 sont totalement démissionnaires et ne lèvent pas le petit doigt pour la grande majorité des nouveaux arrivés : pas même un repas, ou des produits d'hygiène, rien."

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Selon ces mêmes collectifs, les nouveaux arrivants, mineurs comme majeurs, sont toujours plus nombreux ces dernières semaines, depuis que les mesures de confinement ont commencé à être levées à travers l'Europe. "Les places d’hébergement, aussi bien institutionnelles que solidaires, arrivent largement à saturation. Et les squats dans lesquels ces mineurs trouvent abri sont fermés dans des conditions plus que douteuses", ajoute-t-on. St-Just, le plus grand squat de la ville ouvert en décembre 2018, a notamment été évacué dans la précipitation après un incendie aux origines suspectes le 8 juillet. De même, le squat de la rue Breteuil où étaient hébergés 12 mineurs a, quant à lui, été vidé de ses occupants, sans véritable fondement, pour cause de dégradation quelques jours plus tard.

Devant l'inaction du département censé prendre en charge les mineurs, 59 St-Just et les autres collectifs ont lancé, le week-end dernier, un appel à la nouvelle maire écologiste de Marseille, Michèle Rubirola, pour tenter de faire évoluer la situation aussi bien pour les jeunes que pour les adultes. Ils espèrent obtenir un rendez-vous prochainement.

 

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