Ibrahima, réfugié guinéen, en pleine réalisation d'une veste à l'atelier Renaissance, mardi 21 juillet. Crédit : Tiffany Fillon / InfoMigrants
Ibrahima, réfugié guinéen, en pleine réalisation d'une veste à l'atelier Renaissance, mardi 21 juillet. Crédit : Tiffany Fillon / InfoMigrants

À Villejuif, en région parisienne, l'association Renaissance forme à la haute couture des personnes sans emploi, dont des demandeurs d'asile et des réfugiés. Encadrés par une équipe de professionnels de la mode, ces salariés apprennent à créer des pièces de luxe à partir d'autres vêtements. Une formation tournée vers l'intégration, tout en sensibilisant à l'écologie.

"Mon rêve, c'est de coudre une robe pour la femme de Zinedine Zidane". Passionné de football, Ibrahima ne vit en France que depuis deux ans mais a déjà un objectif bien précis : faire de la couture son métier. Comme lui, à l'atelier de l'association Renaissance, situé à Villejuif, en région parisienne, les salariés sont tous en réinsertion professionnelle. Certains sont des chômeurs de longue durée, d'autres sont des jeunes sans diplôme et d'autres encore sont des demandeurs d'asile ou des réfugiés.

Formés par Philippe Guilet - qui a travaillé huit ans pour le styliste mondialement connu Jean-Paul Gaultier - une dizaine d'hommes et de femmes apprennent, depuis septembre, les techniques de la haute couture.

C'est le cas d'Ibrahima. Âgé de 32 ans, il a fui son pays natal en 2018 pour des raisons politiques. À l'atelier Renaissance, le Guinéen d'origine a découvert l'upcycling, un concept fondé sur la transformation de vêtements ou de tissus usagés en de nouvelles pièces. "Ici, je peux exprimer ma créativité différemment", explique le jeune homme, réfugié en France. "Je dois chercher des solutions pour associer des matières différentes", poursuit-il.

Ibrahima a cr une jupe  partir de chemises offertes par le groupe Aroports de Paris Crdit  T Fillon

Un engagement social et écologique

Créée en 2019, l'association, subventionnée par des partenaires privés (groupe Kering, Seqens, Apes) et publics (Agence de la transition écologique, ministère de la Culture), a fait le pari de concilier insertion professionnelle et écologie. "Le but de ces couturiers est de déconstruire des vêtements pour créer de nouveaux modèles en suivant une démarche zéro déchet", précise Philippe Guilet, fondateur et directeur artistique de Renaissance, qui imagine et dessine les modèles.

Si des vêtements ont été offerts par le groupe Aéroports de Paris (ADP), la majorité des modèles récupérés proviennent de dons de particuliers. "Des femmes qui s'habillent chez des créateurs nous donnent les pièces qu'elles ne portent plus", indique le directeur artistique. Provenant des grandes marques comme Sonia Rykiel, Jean-Paul Gaultier ou encore Fendi, elles servent ensuite de matière première à de futurs modèles.

Pour pouvoir intégrer rapidement ce principe éco-responsable, les candidats doivent au préalable "savoir coudre à la main et à la machine" et avoir un "bon esprit d'équipe", prévient Philippe Guilet. L'association, qu'il compare à une "famille", s'enrichit notamment grâce à ces femmes et ces hommes venus de différents pays. "Les personnes que nous formons ont un savoir-faire authentique. Mais pour l'exploiter, il faut qu'elles comprennent comment le milieu de la haute couture fonctionne en France", ajoute Philippe Guilet.

Pour Ibrahima, resté plusieurs mois sans emploi, cette formation a contribué à lui redonner confiance en lui. "C'était compliqué pour moi quand je suis arrivé. Mais Philippe [Guilet] m'a soutenu. Il explique bien ce que je dois faire et il me parle doucement", rapporte Ibrahima, qui a déjà eu une dizaine d'années d'expérience dans la mode.

Le début "d'une nouvelle vie"

À quelques mètres de la table de travail d'Ibrahima, Petimat découpe des minuscules morceaux de tissu violet. Elle se dit changée depuis qu'elle est arrivée à l'atelier. "Pour moi, c'est une renaissance", lance cette Russo-Tchèque, en affichant un large sourire. "Cette formation m'a ouvert les portes d'une nouvelle vie. Partir de vêtements pour en créer d'autres, c'est tout nouveau pour moi", poursuit cette femme âgée de 39 ans.

Employée dans un atelier de couture en Tchétchénie, Petimat a fui la guerre pour rejoindre la Tchécoslovaquie en 2004. Neuf ans plus tard, elle a décidé de partir en France pour y retrouver une partie de sa famille. D'abord femme de ménage pendant un an, cette passionnée de couture a connu le projet Renaissance grâce à Pôle Emploi et l'association Emmaüs.

Après avoir "recommencé de zéro", Petimat s'estime désormais plus "sûre d'elle". "C'est une très bonne professionnelle, l'une des meilleures de notre promotion", se réjouit Philippe Guilet. Appliquée et minutieuse, En l'espace d'une semaine, une nappe brodée s'est ainsi transformée, dans les mains de Petimat, en une longue robe en dentelle. Cette pièce faisait partie des 34 présentées lors du défilé de l'association, le 3 février à l'Institut du monde arabe, à Paris. Petimat présente fièrement les modèles qu'elle a fabriqués cette année, malgré la fermeture de l'atelier pendant le confinement.

Petimat pose prs dune robe ralise  partir dune nappe prsente au dfil de lassociation le 3 fvrier 2020 Crdit  T Fillon

Costumes de scènes et robes de mariée

Dans quelques jours, la formation touchera à sa fin pour les apprentis. Mais pour eux, d'autres perspectives se dessinent. En fin d'année, les vêtements issus du projet Renaissance seront vendus aux enchères à Paris et l'argent récolté sera reversé à l'association. Certains salariés, dont Petimat, participeront à la création de costumes pour la pièce "Chat en poche" de Muriel Mayette-Holtz, présentée en décembre au Théâtre national de Nice. De son côté, la créatrice de robe de mariée Celestina Agostino souhaite employer "cinq ou six membres de la promotion dans son atelier", d'après Philippe Guilet.

Malgré ces projets prometteurs, Petimat aimerait retrouver l'atelier en septembre. "Si je reste chez Renaissance, je serais très heureuse", affirme-t-elle. Un souhait partagé par Ibrahima, qui dit "porter Renaissance dans son coeur". "J'aimerais rester aux côtés de Philippe [Guilet] pour un jour, devenir comme lui", espère-t-il, concentré sur un ancien pantalon transformé en veste. Une pièce en pleine renaissance, comme son créateur.

***Pour candidater à la prochaine promotion de Renaissance : contact@renaissance-project.org

 

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